23/08/2012

Signes extérieurs. Habit ou déguisement ?

 

Il n'y a pas très longtemps, je suis tombée sur une page Facebook (crazy4nuns) dont l'auteur s'amuse à publier des photos et parfois des vidéos, de religieuses en habit souvent fort traditionnels, ou abandonnés depuis belle lurette.

De fait, l'habit religieux peut exercer une sorte de fascination sur certaines personnes. On peut trouver des pages comme celle-ci qui constitue des petits musées des costumes religieux — et ceux des nonnes a plus de succès que ceux des moines— souvent désuets et disparus de la circulation.

Mais quel est l'origine de l'habit religieux ?

Le premier ermite ne s'est pas lancé dans une recherche de modiste pour savoir quelle tenue il allait adopter. Il a pris les vêtements des gens de son temps et il les a adaptés à son mode de vie en les simplifiant.

A l'origine, l'habit religieux ne diffère pas des vêtements des gens de l'époque où la communauté est fondée, si ce n'est une plus grande simplicité, un souci de se démarquer des effets de mode.

Dans l'antiquité gréco-latine, le voile est le signe distinctif de la femme mariée. Quoi de plus naturel que celle  qui se consacre à Dieu l'adopte, puisqu'elle n'est plus libre pour un engagement marital ?

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De fait, si on compare certaines tenues antiques ou médiévales et celles des moniales dont l'ordre a été fondé au moyen-âge, on verra qu'il n'y a pas de grandes différences entre leurs vêtements et ceux de leurs contemporaines.

Quand un pape décide qu'on n'écrira plus de nouvelles règles et qu'on ne fondera plus de nouveaux ordres religieux, certains trouvent un moyen de contourner l'interdit en adoptant une règle facilement adaptable et en regroupant les femmes voulant se consacrer à Dieu, tout en se dévouant à une oeuvre charitable, dans des "congrégations". Elles feront des voeux simples, que leur Eglise mettra du temps à reconnaître comme de vrais voeux.

Ces femmes adoptent aussi le costume des femmes de leur temps et, le plus souvent, elles adaptent la coiffe pour y fixer un voile.

Il y aura, au fil des siècles, des évolutions curieuses, comme le bonnet des femmes de Paris qui deviendra, avec le temps, une cornette monumentale à un tel point qu'il faudra en réglementer les dimensions.

La révolution française va venir bouleverser la vie religieuse. Ce qui allait de soi pendant des siècles devient tout à coup honni, tabou. Ce qui était tenu pour vénérable et honorable est interdit, persécuté.

Une fois la tempête passée, les anciens instituts essaient tant bien que mal de se relever et d'autres voient le jour. Une multitude de congrégations nouvelles fleurissent pour répondre à la fois aux besoins de la population, en matière de soins et d'enseignement et à celui-ci de "réparer" pour les fautes commises.

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Certains instituts reprennent le principe de l'habit inspiré de celui des femmes de l'époque, d'autres copient celui des anciens ordres monastiques. Les catholiques de cette époque considèrent, souvent à tort, que la vie religieuse peu avant la révolution française était peu fervente et relâchée. Ils prennent le moyen-âge comme référence, un moyen-âge qu'ils connaissent mal et idéalisent. Cette période est considérée comme l'âge d'or de leur Eglise et  la vie religieuse se lance dans un mouvement de restauration. L'architecture néo-gothique a le vent en poupe.

Vers la moitié du XXe siècle, un peu après la fin de la seconde guerre mondiale, les congrégations commencent à remettre leur tenue vestimentaire en question. Les vêtements hérités des siècles passés, qui se fondaient dans la masse, à l'époque, sont devenus affreusement désuets et ridicules. Certains ne sont tout simplement pas pratiques et adaptés aux oeuvres caritatives. 

Le concile Vatican II sonne l'heure de l'aggiornamento, un mot italien qui signifie: mise à jour. Les habits se simplifient, se racourcissent, les coiffes engoncées disparaissent. Une décennie plus tard, certaines congrégations féminines abandonnent le port du voile. Des vêtements civils, très simples, une croix en sautoir propre à l'institut, parfois une alliance, tiennent lieu de signes distinctifs.

Deux liens:

Voici une soeur en tenue sobre à côté des mannequins en ancien costume.

Et voici les costumes de transition.

 

 

 

religieuse,habit religieux religieuse,habit religieux

 

 

 

 

 

 Les soeurs des écoles chrétiennes de Vorselaar  à une cinquantaine d'années de distance

 

L'habit monastique évolue peu et plus lentement. En général, on garde l'habit, même si on le raccourcit. Parfois, la guimpe médiévale se réduit à un col blanc et le voile prend des proportions plus réduites. Certains monastères n'apportent que des modifications minimes, d'autres attendent la fin du siècle pour apporter des adaptations plus conséquentes, d'autres encore ne franchissent pas le pas.

 

religieuse,habit religieux

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Même si l'occident se désole sur la pénurie des vocations qui sévit après une période anormalement prolixe, de nouvelles formes de vie consacrée voient le jour après les années soixante.

Et c'est là que je pose ma question ironique, celle qui s'affiche en titre de l'article: habit ou déguisement ?

 religieuse,habit religieuxParce que, dans ces nouvelles communautés qu'on voit fleurir de nos jours, certaines en reviennent ... à l'habit médiéval, ou plutôt à la relecture de l'habit médiéval opérée en fin de XIXe siècle, début  XXe, comme s'il s'agissait de l'ultime référence.

Et ce qui est plus aberrant encore : de jeunes communautés qui se lancent dans l'apostolat, l'évangélisation, l'animation pastorale adopte un habit pseudo-médiéval, pensant, de bonne foi, qu'il s'agit du prototype de l'habit religieux.

Quel sens cela a-t-il d'adopter une telle tenue de nos jours ? Faire passer le message qu'être religieuse est une idée moyenageuse?

 

 

Crédit photos:  Madeleine Sophie Barrat, carmélites brésiliennes : wikimedia commons ; Mère Placide : soeurs de charité de Jésus et de Marie  ; l'évolution de l'habit religieux des sscm :  le patrimoine immatériel et religieux du Québec ; zusters der christelijke scholen (vorselaar), kerknet.be ;karmel emmaüs ; Notre-Dame des prêcheurs, dessin d'après photo FB

 

 

 

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