22/09/2012

Au risque de s'y retrouver — un peu de vocabulaire

Qu'est-ce que c'est la différence entre un ordre et une congrégation ?

Pourquoi une abbaye, un abbé, une abbesse, s'appellent comme ça ?

Un monastère et un couvent, c'est la même chose ?

Soeur cloîtrée, qu'est-ce que ça veut dire ?

Et tant d'autres questions encore ...

 

Pour y répondre, je dois me lancer dans un petit aperçu historique.  Des pages et des pages seraient nécessaires pour tout raconter et, n'étant pas de cette profession, je ne vais pas faire oeuvre d'historien. Ce qui suit est donc succinct et peut-être un peu simpliste, mais j'espère que ce sera accessible au plus grand nombre.

 

Si certains instituts religieux s'appellent ordre et d'autre congrégation, c'est pour des raisons historiques. Actuellement, l'Eglise catholique romaine ne fait plus de différences entre les deux. Autrefois on disait : dans les ordres ont fait des voeux solennels, et dans les congrégations des voeux simples. Cette distinction a aussi disparu également depuis 1983. Il n'existe plus que les voeux temporaires et les voeux perpétuels.

 

code de droit canonique.jpg

Un religieux, une religieuse, c'est quelqu'un qui a prononcé trois voeux: obéissance, pauvreté et chasteté. Et cela au terme d'une formation qu'on appelle un noviciat. Chez les bénédictins et tous ceux qui suivent la règle de Benoît de Nursie, on prononce d'autres voeux: obéissance, conversion de moeurs et stabilité de lieu. Autrement dit: obéir à l'abbé, le supérieur; vivre chrétiennement et ne pas changer de monastère.

 

Au début du moyen-âge, les religieux étaient surtout des moines et des moniales, c'est à dire que le premier job était de prier. C'est ce qu'on appelle la vie contemplative. Les moines ou les moniales vivent dans un bâtiment qu'on appelle "monastère".  Pourtant, des moines et des moniales vont parfois, au cours des siècles, être amenés à exercer un apostolat, comme enseigner ou même tenir un hôpital. Parce que le monastère est aussi un lieu d'accueil du pèlerin, du voyageur et aussi le lieu où se concentre la culture.

 

hopital à la rose 1.jpg

En 1215, le quatrième concile de Latran, c'est à dire des évêques qui se sont réunis avec le pape à un endroit de Rome qui s'appelle le Latran, ont pris pas mal de décisions, et l'une d'elle disait: on n'invente plus de nouvelles règles religieuses, il faudra se contenter de celles qui existent déjà. On interdit aussi de fonder de nouveaux ordres religieux.

 

Pourtant certains arrivent tout de même à avoir des dérogations: les carmes prouvent qu'ils ont reçu leur "formule de vie" en 1210. Elle est révisée et devient la règle de 1247. Claire d'Assise parvient à faire approuver la sienne en 1253  alors qu'on lui avait imposé, dans une premier temps, celle de Benoît de Nursie. D'autres vont parvenir à déroger à cette interdiction dans les siècles qui suivront : les annonciades, les jésuites, etc.

 

Jeanne_de_Valois domaine public.jpg

D'autres nouveaux instituts de femmes se verront imposer de devenir un ordre. C'est ainsi que les premières ursulines qui formaient un institut séculier avant la lettre se verront obligées de vivre cloîtrées. Et si François de Sales avait rêvé d'une simple congrégation (groupe) de femmes visitant les malades, les canons (règles) du Concile de Trente obligeront les Visitandines à garder la clôture et à devenir un ordre contemplatif (consacré à la prière).

 

Le cloître, c'est une galerie couverte, fermée ou non, qui donne sur un préau au centre du bâtiment où vivent des religieux. Par extension, cela a désigné le bâtiment lui-même et se cloîtrer a voulu dire: entrer dans un cloître, dans un monastère. Car quand une telle maison s'appelle cloître, c'est qu'elle est soumise à la clôture. Non pas la barrière qui empêche les vaches d'aller paître ailleurs ^^, mais le fait qu'une telle maison de religieux soit fermée à qui n'en fait pas partie. Une soeur que je connaissais, disait, non sans malice: "La clôture, c'est simple: nous ne sortons pas de chez nous et les autres n'entrent pas chez nous".

 

hopital à la rose 2.jpg

La clôture n'existe pas au début de la vie religieuse, mais les scandales et les guerres font qu'elle finit par s'imposer, surtout aux femmes. Scandales, puisqu'il faut séparer, dans certains instituts mixtes, les moines d'avec les nonnes. Les guerres où il faut protéger les nonnes du manque de "considération" des soudards.  La clôture est d'abord adoptée librement puis finalement imposée à la fin du XIIIe siècle pour se renforcer au XVIe. Ce concept de séparation avec le monde extérieur se matérialise avec des hauts murs, des grilles, de lourdes portes fermées à clé.

 

hopital à la rose 3.jpg

Parce qu'on leur a imposé la clôture, toutes les soeurs deviennent des moniales. Cela arrange très bien celles qui vivent une vie purement contemplative, c'est à dire qui partagent leur temps entre la prière et l'artisanat. Mais cela complique les choses de celles qui tiennent un hôpital ou une école. Certaines vont accueillir des pensionnaires à l'intérieur de la clôture. Les hospitalières vont tout de même poursuivre leur oeuvre charitable dans l'hôpital attenant à leur cloître mais certaines finiront par renoncer à tout apostolat pour mener une vie purement contemplative.

 

hopital à la rose 4.jpg

Les décisions des différents conciles ne vont pas mettre un frein à la naissance d'autres instituts de vie consacrée. Pour offrir une vie religieuse qui ne soit pas obligatoirement monastique à des femmes qui veulent s'adonner à un apostolat, une oeuvre charitable, s'ouvre une autre possibilité: les congrégations. Congrégation est un mot qui signifie "rassemblement", "regroupement". Des femmes se mettent ensemble, parfois sous la houlette d'un prêtre, pour répondre à un besoin de l'époque et du lieu où elles se trouvent : soigner les malades, enseigner aux enfants pauvres. Elles portent un uniforme, un costume propre à leur congrégation et se font appeler "soeurs"

 

Ces femmes ne font pas de voeux comme les moniales, ou du moins, les voeux qu'elles prononcent sont d'abord considérés comme des voeux privés, sans valeur juridique pour l'Eglise à laquelle elles appartiennent : une formule pieuse qui ne lie pas celle qui la prononce avec la même force et la même contrainte que ce qui lie une moniale. Par la suite, les autorités ecclesiastiques finissent par les reconnaître et les appellent "voeux simples", en opposition aux voeux solennels des moniales.  Elles ne sont pas non plus astreintes aux mêmes prières, aux mêmes (longs) offices, à moins que le fondateur ou la fondatrice en ait décidé autrement.

 

Missel romain Lionel Alorge.jpg

C'est que, à côté des congrégations apostoliques, qui s'adonnent à de bonnes oeuvres, des congrégations contemplatives vont aussi voir le jour, surtout au XIXe siècle. Et certaines demanderont à accéder au statut de moniales et en adopteront la clôture stricte. Les congrégations féminines apostoliques reçoivent aussi une forme de clôture, mais moins sévère, adaptée aux oeuvres auxquelles elles s'adonnent.

 

Toutes ces canons, c'est à dire ces lois d'Eglise, qui s'accumulent, s'abrogent, se mitigent ou se confirment au cours des siècles ont besoin d'être remises en ordre. C'est ce que fait le code de droit canonique en 1917. Ce code définit ainsi la clôture majeure, la clôture mineure, les voeux solennels et les voeux simples. Mais en 1983 ce code est mis à jour. C'est qu'entre temps, le concile Vatican II, et l'aggiornamento, qu'il a entraîné a modifié pas mal de choses. La seule distinction entre les voeux c'est qu'ils sont temporaires ou perpétuels. On n'y parle plus d'ordre ou de congrégation mais d'instituts de vie consacrée.

 

J'ai parlé plus haut d'institut séculier. De quoi s'agit-il ? Ce sont des personnes qui, au terme d'une formation au sein d'un institut, prononcent les trois voeux de religion mais ne mènent pas de vie communautaire. Chacun ou chacune vit chez soi et continue à vivre la vie de tous les jours, avec un travail, comme tout le monde et un temps consacré à la prière. Les membres de ses instituts se rencontrent régulièrement pour des formations ou des animations spirituelles.

 

Male_-_Sint-Trudoabdij_2  auteur LimoWreck.jpg

Le dictionnaire vous apprendra qu'un abbé ou une abbesse est le ou la supérieur(e) d'une abbaye et que l'abbaye est un monatère dirigé par un abbé ou une abbesse. Ce qui vous fera tourner en rond. Abbé (d'un mot qui veut dire "père")  est tout simplement le terme par lequel on désigne le supérieur dans certains ordres, notamment, mais pas toujours, là où on suit la règle de Benoît de Nursie. C'est l'importance du monastère qui le fera passer du stade de prieuré à abbaye chez les bénédictins et les cisterciens. Le prieur, d'un mot latin qui veut dire "premier", est le suppérieur d'un prieuré. Les chartreux n'ont pas d'abbayes.

Bien qu'ils suivent la règle d'Augustin d'Hippone, les prémontrés vivent aussi dans une abbaye. Et la supérieure d'un couvent de clarisses est appelée abbesse, sans doute parce que les premières d'entre elles suivirent d'abbord la règle de Benoît de Nursie.

 

Angelico_incontro_tra_san_francesco_e_san_domenico.jpg

Et le mot couvent ? C'est ainsi qu'on désigne la maison où vivent des religieux, des religieuses qui ne sont pas forcément moines ou moniales. C'est le terme qu'on emploiera pour les ordres dits mendiants comme les augustins, les dominicains, les franciscains, etc.

 

Crédit photos : Code de droit canonique, amazon.fr ; Jeanne de Valois, domaine public ; missel romain, Lionel Allorge, wikimedia commons ; Abbaye Sint Trudo, LimoWreck, wikimedia commons; Lessines, hôpital ND à la rose, auteur du blog; rencontre de François et Dominique, Fra Angelico, domaine public.

 

 

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.