27/09/2012

La nonne dans la mythologie télévisuelle. Episode 3


 

Comment ne pas parler de l'inénarrable "Sister Act" ?  C'est bien dommage  que je n'ai pas pu retrouver l'analyse tout en finesse qui était parue dans mon quotidien lors de la sortie de ce film, en 1992. On y disait, en substance, qu'il s'agissait d'une comédie de série B qui accumulait tous les poncifs du genre: mère supérieure pète-sec, soeur à la voix aussi impressionnante que son tour de taille, la petite novice toute mignonne. Mais, qu'au second degré, on pouvait y voir l'évolution de la vie religieuse effectuée après le concile Vatican II : évolution de la musique liturgique, ouverture vers le monde, adaptation du rythme de vie au profit de l'apostolat.

 

C'était assez bien vu. Les poncifs sont nombreux et le tout pèche par manque de crédibilité pour notre plus grand amusement. Deloris Van Cartier, chanteuse de cabaret, a été témoin d'un meurtre. La police la cache dans un couvent pour la protéger jusqu'au procès. La mère supérieure n'accepte sa présence qu'à cause d'un gros don qui lui permettra d'éviter la fermeture de son établissement. Elle lui impose de s'habiller et de se comporter comme une nonne puis la présente à la communauté comme une religieuse venant d'un autre couvent "d'avant-garde".  Mais la chanteuse excentrique accumule des gaffes. La supérieure décide de lui confier la chorale du couvent. Avec le résultat que vous avez pu constater sur la vidéo.

 

Cacher un témoin protégé dans un couvent ? Il y a assez de séries télé qui vous expliqueront comment les marshalls, aux Etats-Unis parviennent à assurer la sécurité des témoins sans recourir à de telles extrémités. Il y a un saint Clarence mais pas de sainte Clarence, que ce soit de Concorde, de Concordia, ou d'ailleurs. Les murs dans les couvents ne sont pas forcément défraîchis et seule une minorité de nonnes portent encore une coiffe aussi amidonée. Les évêques ou les aumôniers n'ont pas non plus tout à dire dans les couvents. Je doute qu'un évêque aurait le temps de jouer les chapelains pour la messe dominicale conventuelle. Quand un couvent ferme, ce n'est pas souvent par manque de moyens financiers mais plutôt par manque d'effectifs ou pour des raisons de graves disfonctionnement.

 

Faire dire le benedicite n'est pas une marque de bienvenue. Le silence règne à table chez les nonnes qui "ne font que prier et bosser", à moins d'une occasion exceptionnelle où on autorise une récréation au réfectoire. La nourriture au réfectoire est tout à fait mangeable, sinon toutes les nonnes tomberaient malade. Une supérieure qui impose un jeûne à une de ses soeurs comme pénitence, publiquement de surcroît, se trouverait un jour ou l'autre démise de ses fonctions. Les nonnes cloîtrées n'ont pas d'argent de poche à leur disposition en permanence et ne guêtent pas les allées et venues de leur consoeurs nuitament dans les couloirs pour ensuite faire le mur et aller danser dans les bars . Pas plus qu'un membre de la pègre est forcément d'origine italienne et qu'un homme de main aurait des scrupules à exécuter une nonne.  Donc, laissons tomber le premier degré, intéressons-nous plutôt à la métaphore.

 

En effet, à partir des années soixante, les soeurs soumises à un régime monastique qui n'étaient adapté à leur apostolat ont laissé tomber le carcan qui les enserrait pour s'ouvrir au monde qui les entourrait. Les horaires ont été adapté, le mode de vie simplifié. L'amour du prochain est redevenu la première des règles. Les soeurs sont sorties de leur quatre murs pour s'impliquer dans la vie de tous les jours. Elles se sont fait proches et accessibles pour ceux qui avaient besoin d'elles. Elles se sont impliquées dans la vie de leur quartier, de leur paroisse. Les recueils de cantiques ont été dépoussiérés. De nouveaux rythmes ont fait leur apparition. La musique contemporaine a trouvé son chemin dans les églises.

 

Bien sûr certains mettront en avant que cette mise à jour a entraîné certains excès pour justifier un retour de balancier comme on en observe actuellement. Cependant un règlage ne peut pas se faire au détriment de certaines avancées.

 

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Passons maintenant à la célèbre soeurthérèse.com! Clin d'œil Je ne vais pas me répéter : nous sommes loin de la réalité de la vie monastique et, si vous avez lu mon article précédent, vous savez à présent pourquoi. Les producteurs et scénaristes qui phantasment souvent sur le caractère des supérieures, sur les habits des nonnes, sur leur voeux, etc. semblent ignorer qu'il y a chez les religieux deux grandes orientations et que selon qu'on suit l'une ou l'autre, le mode de vie est sensiblement différent.

 

Des nonnes qui partagent leur vie entre la prière et l'artisanat sont des moniales contemplatives et sont soumises par leur Eglise à un régime de claustration qu'on appelle "clôture". Même si on lit, çà et là, que Dominique Lavenant connaît bien la vie religieuse — permettez-moi d'émettre des doutes — la bonne soeur qu'elle incarne n'aurait pas le droit, dans la vraie vie, de se promener dans la nature pour mener des enquêtes. Même sa supérieure n'aurait pas, canoniquement, selon les lois de son Eglise, la latitude de le lui permettre. Et de même Gérard n'aurait pas le droit d'aborder son ex-femme dans les couloirs du couvent puisqu'il devrait la voir, comme tout le monde, au parloir.

 

Nous nageons donc en plein folklore. Mais je pense que les membres de la police pourraient en dire autant des méthodes de l'inspecteur Bonaventure.  Rigolant

 

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