30/09/2012

Dysfonctionnement. 1

L'histoire que vous allez lire est vraie. Seuls les noms ont été changé pour préserver la réputation des innoncents.

Elle se déroule dans la dernière décennie du XXe siècle. Dosithée rentre à dix-neuf ans chez les soeurs de sainte Tulipe, un ordre contemplatif, à Senneville.  Si elle connaît plus ou moins la spiritualité de l'ordre, elle ignore tout des usages qui règnent dans les monastères de cet institut.

 

Il se fait que le couvent de Senneville a été fondé quatre cents ans auparavant par une compagne de sainte Tulipe, la bienheureuse Pivoine. Les soeurs conservent avec piété ses reliques, son manteau et de menus objets dont elle se servait. Mais elles conservent également les vieilles traditions, soucieuses de ne bouger qu'un minimum face aux changements du temps, comme si "ne rien changer" était une vertu.

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Dositée prend donc l'habit au terme de six mois de postulat et devient soeur Gudélie. Elle a une compagne de noviciat, soeur Scariberge. Toutes deux suivent la même formation, portent les mêmes habits lourds et ravaudés et ne se rendent à aucune des formations organisées par les associations de contemplatives. On leur dit tout de go que la clôture chez les soeurs de sainte Tulipe est plus sévère que chez les autres moniales et que c'est un obstacle pour suivre une quelconque formation extra-muros, même si elle est cautionnée par les autorités ecclésiastiques.

 

Pourtant les autres monastère de l'ordre de sainte Tulipe le font bien et envoient leurs novices à ce genre de session. La communauté de Senneville a la réputation d'être fort conservatrice. On porte l'habit à l'ancienne, on tient à une grille au grillage serré, etc. Soeur Gudélie souffre des remarques déplacées de sa propre supérieure. Celle-ci l'a poussé à entrer jeune au couvent, malgré les conséquences que cela pouvaient entraîner en cas de non persévérance. Chaque fois que la jeune nonne commet un manquement, la supérieure, très âgée, se plaint ainsi: "On ne devrait jamais admettre des enfants de couple de divorcés! —  les parents de Dosithée sont séparés .— Ils ne savent pas ce que c'est la fidélité!". Oui, une pécadille, un oubli est considéré comme une "infidélité", mais le manque de délicatesse ne semble pas en être une aux yeux de mère Euprexie.

 

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Il n'y a pas que ces remarques blessantes. La vieille mère Euprexie est très proche d'une nonne déséquilibrée et très jalouse, soeur Impère, qui lui voue une amitié exclusive. Cette nonne monopolise sa supérieure. Si celle-ci s'entretient un peu trop longtemps à son goût avec une autre soeur, elle lui fait une scène.  Mère Euprexie tente de noyer le poisson, elle demande à soeur Gudélie de faire preuve de patience. C'est que soeur Impère peut se montrer violente. Un jour, elle débarque dans la cuisine et menace la jeune novice avec un couteau. Elle la poursuit à travers la pièce en grognant "Je vais te faire la peau!". Cela n'affecte pas plus que ça mère Euprexie qui enjoint soeur Gudélie à la patience et au sang froid. Mais comment garder son calme en de telles circonstances ?

 

Un soir, soeur Gudélie surprend soeur Impère en train de marmotter des prières devant une statue de la vierge qu'elle a coiffée du grand voile noir que les soeurs revêtent pour la messe. Et quand, un peu après, elle veut se retirer dans sa cellule, sa petite chambre, pour s'y reposer, elle y trouve soeur Impère étalée sur sa propre couche.  Elle n'a pas d'autre solution d'attendre ailleurs le prochain office pour déloger l'importune.

 

Heureusement, les soeurs de Senneville ont gardé un grain de bon sens. Les autorités ecclésiastiques sont alertées, l'évêché dépêche un représentant. On écoute les soeurs, à part, les unes après les autres. Soeur Impère est sécularisée et mère Euprexie est déposée de ses fonctions.

 

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Quand l'association des soeurs tulipiennes organisent une session de formation pour les plus jeunes de ses membres, soeur Gudélie et soeur Scariberge ont enfin l'occasion de rencontrer d'autres soeurs de leur tranche d'âge et d'autres communautés. Elles réalisent qu'il y a moyen de vivre le charisme de leur ordre d'une autre manière et décident de changer de communauté.

 

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Au monastère des tulipiennes de Margeville, mère Potamienne apprend que deux petites nonnes ont changé de communauté. Elle s'offusque d'un tel désordre, écrit à Rome pour fustiger la présidente de leur association. Elle l'accuse de ne pas garder la clôture et de mener les tulipiennes à trahir leur charisme. Son emprise est telle qu'elle conduit sa communauté à cécider par vote de se retirer de l'association.

 

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Quelques années plus tard, les soeurs de Margeville décident de déménager dans un endroit plus calmes. La plupart d'entre elles sont très âgées, y compris mère Potamienne. Celle-ci, coupée de l'association, se trouve seule devant les démarches à faire pour construire un autre monastère. Elle se fait grugée par l'entrepeneur qui abuse de sa naïveté pour construire quelque chose de démesurer, qu'il pourra ultérieurement transformer en hôtel.

 

Quand il a mené la commuanuté de Margeville à sa ruine, il la traîne devant les tribunaux. Les soeurs se dispersent dans les différentes communautés tulipiennes du pays. Mère Potamienne trouvera asile dans un couvent d'un autre ordre.

 

Crédit photo: The Nun's story, W.B.

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