30/09/2012

Au risque de s'y retrouver — un peu de vocabulaire bis

Je regardais un reportage sur Arte quand j'ai entendu la phrase suivante (je cite de mémoire)

Mgr Lefebvre fait entrer des religieux dans les ordres à Econe, le séminaire qu'il a fondé.

 

Un séminaire forme des prêtres, pas des religieux.

Devenir prêtre et entrer dans les ordres sont deux choses différentes.

 

  Laïc Clerc
 Séculier Simple fidèle

 Diacre permanent

Prêtre (curé de paroisse)

Évêque

Consacré

 Religieux/se

Personne qui fait des voeux

Clerc régulier

religieux ordonné diacre,

prêtre ou évêque

 

 

Entrer dans les ordres veut dire se consacrer à Dieu dans un ordre ou une congrégation pour y prononcer les voeux de pauvreté, chasteté et obéissance (ou obéissance, conversion de moeurs, stabilité de lieu), après un noviciat qui dure de un à deux ans.

Pour devenir un prêtre dans le catholicisme romain, il faut être un homme et suivre une formation qui dure environ sept ans, dans une école pour futurs prêtres qu'on appelle "séminaire". Au terme de cette formation, l'évêque donne un sacrement qui s'appelle "ordination" pour que cet homme devienne prêtre.

 

Dans la plupart des congrégations et des ordres masculins, comme les jésuites, les dominicains, etc. la majorité des religieux, une fois leur noviciat terminé, suivent une autre formation pour pouvoir être ordonnés prêtre.

Le religieux qui ne devient pas prêtre était autrefois appelé "frère lais" ce qui signifie, "frère laïc".

Il existe des congrégations masculines où devenir prêtre est une exception: les frères des écoles chrétiennes, les frères maristes, etc.

Dysfonctionnement. 1

L'histoire que vous allez lire est vraie. Seuls les noms ont été changé pour préserver la réputation des innoncents.

Elle se déroule dans la dernière décennie du XXe siècle. Dosithée rentre à dix-neuf ans chez les soeurs de sainte Tulipe, un ordre contemplatif, à Senneville.  Si elle connaît plus ou moins la spiritualité de l'ordre, elle ignore tout des usages qui règnent dans les monastères de cet institut.

 

Il se fait que le couvent de Senneville a été fondé quatre cents ans auparavant par une compagne de sainte Tulipe, la bienheureuse Pivoine. Les soeurs conservent avec piété ses reliques, son manteau et de menus objets dont elle se servait. Mais elles conservent également les vieilles traditions, soucieuses de ne bouger qu'un minimum face aux changements du temps, comme si "ne rien changer" était une vertu.

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Dositée prend donc l'habit au terme de six mois de postulat et devient soeur Gudélie. Elle a une compagne de noviciat, soeur Scariberge. Toutes deux suivent la même formation, portent les mêmes habits lourds et ravaudés et ne se rendent à aucune des formations organisées par les associations de contemplatives. On leur dit tout de go que la clôture chez les soeurs de sainte Tulipe est plus sévère que chez les autres moniales et que c'est un obstacle pour suivre une quelconque formation extra-muros, même si elle est cautionnée par les autorités ecclésiastiques.

 

Pourtant les autres monastère de l'ordre de sainte Tulipe le font bien et envoient leurs novices à ce genre de session. La communauté de Senneville a la réputation d'être fort conservatrice. On porte l'habit à l'ancienne, on tient à une grille au grillage serré, etc. Soeur Gudélie souffre des remarques déplacées de sa propre supérieure. Celle-ci l'a poussé à entrer jeune au couvent, malgré les conséquences que cela pouvaient entraîner en cas de non persévérance. Chaque fois que la jeune nonne commet un manquement, la supérieure, très âgée, se plaint ainsi: "On ne devrait jamais admettre des enfants de couple de divorcés! —  les parents de Dosithée sont séparés .— Ils ne savent pas ce que c'est la fidélité!". Oui, une pécadille, un oubli est considéré comme une "infidélité", mais le manque de délicatesse ne semble pas en être une aux yeux de mère Euprexie.

 

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Il n'y a pas que ces remarques blessantes. La vieille mère Euprexie est très proche d'une nonne déséquilibrée et très jalouse, soeur Impère, qui lui voue une amitié exclusive. Cette nonne monopolise sa supérieure. Si celle-ci s'entretient un peu trop longtemps à son goût avec une autre soeur, elle lui fait une scène.  Mère Euprexie tente de noyer le poisson, elle demande à soeur Gudélie de faire preuve de patience. C'est que soeur Impère peut se montrer violente. Un jour, elle débarque dans la cuisine et menace la jeune novice avec un couteau. Elle la poursuit à travers la pièce en grognant "Je vais te faire la peau!". Cela n'affecte pas plus que ça mère Euprexie qui enjoint soeur Gudélie à la patience et au sang froid. Mais comment garder son calme en de telles circonstances ?

 

Un soir, soeur Gudélie surprend soeur Impère en train de marmotter des prières devant une statue de la vierge qu'elle a coiffée du grand voile noir que les soeurs revêtent pour la messe. Et quand, un peu après, elle veut se retirer dans sa cellule, sa petite chambre, pour s'y reposer, elle y trouve soeur Impère étalée sur sa propre couche.  Elle n'a pas d'autre solution d'attendre ailleurs le prochain office pour déloger l'importune.

 

Heureusement, les soeurs de Senneville ont gardé un grain de bon sens. Les autorités ecclésiastiques sont alertées, l'évêché dépêche un représentant. On écoute les soeurs, à part, les unes après les autres. Soeur Impère est sécularisée et mère Euprexie est déposée de ses fonctions.

 

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Quand l'association des soeurs tulipiennes organisent une session de formation pour les plus jeunes de ses membres, soeur Gudélie et soeur Scariberge ont enfin l'occasion de rencontrer d'autres soeurs de leur tranche d'âge et d'autres communautés. Elles réalisent qu'il y a moyen de vivre le charisme de leur ordre d'une autre manière et décident de changer de communauté.

 

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Au monastère des tulipiennes de Margeville, mère Potamienne apprend que deux petites nonnes ont changé de communauté. Elle s'offusque d'un tel désordre, écrit à Rome pour fustiger la présidente de leur association. Elle l'accuse de ne pas garder la clôture et de mener les tulipiennes à trahir leur charisme. Son emprise est telle qu'elle conduit sa communauté à cécider par vote de se retirer de l'association.

 

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Quelques années plus tard, les soeurs de Margeville décident de déménager dans un endroit plus calmes. La plupart d'entre elles sont très âgées, y compris mère Potamienne. Celle-ci, coupée de l'association, se trouve seule devant les démarches à faire pour construire un autre monastère. Elle se fait grugée par l'entrepeneur qui abuse de sa naïveté pour construire quelque chose de démesurer, qu'il pourra ultérieurement transformer en hôtel.

 

Quand il a mené la commuanuté de Margeville à sa ruine, il la traîne devant les tribunaux. Les soeurs se dispersent dans les différentes communautés tulipiennes du pays. Mère Potamienne trouvera asile dans un couvent d'un autre ordre.

 

Crédit photo: The Nun's story, W.B.

27/09/2012

La nonne dans la mythologie télévisuelle. Episode 3


 

Comment ne pas parler de l'inénarrable "Sister Act" ?  C'est bien dommage  que je n'ai pas pu retrouver l'analyse tout en finesse qui était parue dans mon quotidien lors de la sortie de ce film, en 1992. On y disait, en substance, qu'il s'agissait d'une comédie de série B qui accumulait tous les poncifs du genre: mère supérieure pète-sec, soeur à la voix aussi impressionnante que son tour de taille, la petite novice toute mignonne. Mais, qu'au second degré, on pouvait y voir l'évolution de la vie religieuse effectuée après le concile Vatican II : évolution de la musique liturgique, ouverture vers le monde, adaptation du rythme de vie au profit de l'apostolat.

 

C'était assez bien vu. Les poncifs sont nombreux et le tout pèche par manque de crédibilité pour notre plus grand amusement. Deloris Van Cartier, chanteuse de cabaret, a été témoin d'un meurtre. La police la cache dans un couvent pour la protéger jusqu'au procès. La mère supérieure n'accepte sa présence qu'à cause d'un gros don qui lui permettra d'éviter la fermeture de son établissement. Elle lui impose de s'habiller et de se comporter comme une nonne puis la présente à la communauté comme une religieuse venant d'un autre couvent "d'avant-garde".  Mais la chanteuse excentrique accumule des gaffes. La supérieure décide de lui confier la chorale du couvent. Avec le résultat que vous avez pu constater sur la vidéo.

 

Cacher un témoin protégé dans un couvent ? Il y a assez de séries télé qui vous expliqueront comment les marshalls, aux Etats-Unis parviennent à assurer la sécurité des témoins sans recourir à de telles extrémités. Il y a un saint Clarence mais pas de sainte Clarence, que ce soit de Concorde, de Concordia, ou d'ailleurs. Les murs dans les couvents ne sont pas forcément défraîchis et seule une minorité de nonnes portent encore une coiffe aussi amidonée. Les évêques ou les aumôniers n'ont pas non plus tout à dire dans les couvents. Je doute qu'un évêque aurait le temps de jouer les chapelains pour la messe dominicale conventuelle. Quand un couvent ferme, ce n'est pas souvent par manque de moyens financiers mais plutôt par manque d'effectifs ou pour des raisons de graves disfonctionnement.

 

Faire dire le benedicite n'est pas une marque de bienvenue. Le silence règne à table chez les nonnes qui "ne font que prier et bosser", à moins d'une occasion exceptionnelle où on autorise une récréation au réfectoire. La nourriture au réfectoire est tout à fait mangeable, sinon toutes les nonnes tomberaient malade. Une supérieure qui impose un jeûne à une de ses soeurs comme pénitence, publiquement de surcroît, se trouverait un jour ou l'autre démise de ses fonctions. Les nonnes cloîtrées n'ont pas d'argent de poche à leur disposition en permanence et ne guêtent pas les allées et venues de leur consoeurs nuitament dans les couloirs pour ensuite faire le mur et aller danser dans les bars . Pas plus qu'un membre de la pègre est forcément d'origine italienne et qu'un homme de main aurait des scrupules à exécuter une nonne.  Donc, laissons tomber le premier degré, intéressons-nous plutôt à la métaphore.

 

En effet, à partir des années soixante, les soeurs soumises à un régime monastique qui n'étaient adapté à leur apostolat ont laissé tomber le carcan qui les enserrait pour s'ouvrir au monde qui les entourrait. Les horaires ont été adapté, le mode de vie simplifié. L'amour du prochain est redevenu la première des règles. Les soeurs sont sorties de leur quatre murs pour s'impliquer dans la vie de tous les jours. Elles se sont fait proches et accessibles pour ceux qui avaient besoin d'elles. Elles se sont impliquées dans la vie de leur quartier, de leur paroisse. Les recueils de cantiques ont été dépoussiérés. De nouveaux rythmes ont fait leur apparition. La musique contemporaine a trouvé son chemin dans les églises.

 

Bien sûr certains mettront en avant que cette mise à jour a entraîné certains excès pour justifier un retour de balancier comme on en observe actuellement. Cependant un règlage ne peut pas se faire au détriment de certaines avancées.

 

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Passons maintenant à la célèbre soeurthérèse.com! Clin d'œil Je ne vais pas me répéter : nous sommes loin de la réalité de la vie monastique et, si vous avez lu mon article précédent, vous savez à présent pourquoi. Les producteurs et scénaristes qui phantasment souvent sur le caractère des supérieures, sur les habits des nonnes, sur leur voeux, etc. semblent ignorer qu'il y a chez les religieux deux grandes orientations et que selon qu'on suit l'une ou l'autre, le mode de vie est sensiblement différent.

 

Des nonnes qui partagent leur vie entre la prière et l'artisanat sont des moniales contemplatives et sont soumises par leur Eglise à un régime de claustration qu'on appelle "clôture". Même si on lit, çà et là, que Dominique Lavenant connaît bien la vie religieuse — permettez-moi d'émettre des doutes — la bonne soeur qu'elle incarne n'aurait pas le droit, dans la vraie vie, de se promener dans la nature pour mener des enquêtes. Même sa supérieure n'aurait pas, canoniquement, selon les lois de son Eglise, la latitude de le lui permettre. Et de même Gérard n'aurait pas le droit d'aborder son ex-femme dans les couloirs du couvent puisqu'il devrait la voir, comme tout le monde, au parloir.

 

Nous nageons donc en plein folklore. Mais je pense que les membres de la police pourraient en dire autant des méthodes de l'inspecteur Bonaventure.  Rigolant

 

22/09/2012

Au risque de s'y retrouver — un peu de vocabulaire

Qu'est-ce que c'est la différence entre un ordre et une congrégation ?

Pourquoi une abbaye, un abbé, une abbesse, s'appellent comme ça ?

Un monastère et un couvent, c'est la même chose ?

Soeur cloîtrée, qu'est-ce que ça veut dire ?

Et tant d'autres questions encore ...

 

Pour y répondre, je dois me lancer dans un petit aperçu historique.  Des pages et des pages seraient nécessaires pour tout raconter et, n'étant pas de cette profession, je ne vais pas faire oeuvre d'historien. Ce qui suit est donc succinct et peut-être un peu simpliste, mais j'espère que ce sera accessible au plus grand nombre.

 

Si certains instituts religieux s'appellent ordre et d'autre congrégation, c'est pour des raisons historiques. Actuellement, l'Eglise catholique romaine ne fait plus de différences entre les deux. Autrefois on disait : dans les ordres ont fait des voeux solennels, et dans les congrégations des voeux simples. Cette distinction a aussi disparu également depuis 1983. Il n'existe plus que les voeux temporaires et les voeux perpétuels.

 

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Un religieux, une religieuse, c'est quelqu'un qui a prononcé trois voeux: obéissance, pauvreté et chasteté. Et cela au terme d'une formation qu'on appelle un noviciat. Chez les bénédictins et tous ceux qui suivent la règle de Benoît de Nursie, on prononce d'autres voeux: obéissance, conversion de moeurs et stabilité de lieu. Autrement dit: obéir à l'abbé, le supérieur; vivre chrétiennement et ne pas changer de monastère.

 

Au début du moyen-âge, les religieux étaient surtout des moines et des moniales, c'est à dire que le premier job était de prier. C'est ce qu'on appelle la vie contemplative. Les moines ou les moniales vivent dans un bâtiment qu'on appelle "monastère".  Pourtant, des moines et des moniales vont parfois, au cours des siècles, être amenés à exercer un apostolat, comme enseigner ou même tenir un hôpital. Parce que le monastère est aussi un lieu d'accueil du pèlerin, du voyageur et aussi le lieu où se concentre la culture.

 

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En 1215, le quatrième concile de Latran, c'est à dire des évêques qui se sont réunis avec le pape à un endroit de Rome qui s'appelle le Latran, ont pris pas mal de décisions, et l'une d'elle disait: on n'invente plus de nouvelles règles religieuses, il faudra se contenter de celles qui existent déjà. On interdit aussi de fonder de nouveaux ordres religieux.

 

Pourtant certains arrivent tout de même à avoir des dérogations: les carmes prouvent qu'ils ont reçu leur "formule de vie" en 1210. Elle est révisée et devient la règle de 1247. Claire d'Assise parvient à faire approuver la sienne en 1253  alors qu'on lui avait imposé, dans une premier temps, celle de Benoît de Nursie. D'autres vont parvenir à déroger à cette interdiction dans les siècles qui suivront : les annonciades, les jésuites, etc.

 

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D'autres nouveaux instituts de femmes se verront imposer de devenir un ordre. C'est ainsi que les premières ursulines qui formaient un institut séculier avant la lettre se verront obligées de vivre cloîtrées. Et si François de Sales avait rêvé d'une simple congrégation (groupe) de femmes visitant les malades, les canons (règles) du Concile de Trente obligeront les Visitandines à garder la clôture et à devenir un ordre contemplatif (consacré à la prière).

 

Le cloître, c'est une galerie couverte, fermée ou non, qui donne sur un préau au centre du bâtiment où vivent des religieux. Par extension, cela a désigné le bâtiment lui-même et se cloîtrer a voulu dire: entrer dans un cloître, dans un monastère. Car quand une telle maison s'appelle cloître, c'est qu'elle est soumise à la clôture. Non pas la barrière qui empêche les vaches d'aller paître ailleurs ^^, mais le fait qu'une telle maison de religieux soit fermée à qui n'en fait pas partie. Une soeur que je connaissais, disait, non sans malice: "La clôture, c'est simple: nous ne sortons pas de chez nous et les autres n'entrent pas chez nous".

 

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La clôture n'existe pas au début de la vie religieuse, mais les scandales et les guerres font qu'elle finit par s'imposer, surtout aux femmes. Scandales, puisqu'il faut séparer, dans certains instituts mixtes, les moines d'avec les nonnes. Les guerres où il faut protéger les nonnes du manque de "considération" des soudards.  La clôture est d'abord adoptée librement puis finalement imposée à la fin du XIIIe siècle pour se renforcer au XVIe. Ce concept de séparation avec le monde extérieur se matérialise avec des hauts murs, des grilles, de lourdes portes fermées à clé.

 

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Parce qu'on leur a imposé la clôture, toutes les soeurs deviennent des moniales. Cela arrange très bien celles qui vivent une vie purement contemplative, c'est à dire qui partagent leur temps entre la prière et l'artisanat. Mais cela complique les choses de celles qui tiennent un hôpital ou une école. Certaines vont accueillir des pensionnaires à l'intérieur de la clôture. Les hospitalières vont tout de même poursuivre leur oeuvre charitable dans l'hôpital attenant à leur cloître mais certaines finiront par renoncer à tout apostolat pour mener une vie purement contemplative.

 

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Les décisions des différents conciles ne vont pas mettre un frein à la naissance d'autres instituts de vie consacrée. Pour offrir une vie religieuse qui ne soit pas obligatoirement monastique à des femmes qui veulent s'adonner à un apostolat, une oeuvre charitable, s'ouvre une autre possibilité: les congrégations. Congrégation est un mot qui signifie "rassemblement", "regroupement". Des femmes se mettent ensemble, parfois sous la houlette d'un prêtre, pour répondre à un besoin de l'époque et du lieu où elles se trouvent : soigner les malades, enseigner aux enfants pauvres. Elles portent un uniforme, un costume propre à leur congrégation et se font appeler "soeurs"

 

Ces femmes ne font pas de voeux comme les moniales, ou du moins, les voeux qu'elles prononcent sont d'abord considérés comme des voeux privés, sans valeur juridique pour l'Eglise à laquelle elles appartiennent : une formule pieuse qui ne lie pas celle qui la prononce avec la même force et la même contrainte que ce qui lie une moniale. Par la suite, les autorités ecclesiastiques finissent par les reconnaître et les appellent "voeux simples", en opposition aux voeux solennels des moniales.  Elles ne sont pas non plus astreintes aux mêmes prières, aux mêmes (longs) offices, à moins que le fondateur ou la fondatrice en ait décidé autrement.

 

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C'est que, à côté des congrégations apostoliques, qui s'adonnent à de bonnes oeuvres, des congrégations contemplatives vont aussi voir le jour, surtout au XIXe siècle. Et certaines demanderont à accéder au statut de moniales et en adopteront la clôture stricte. Les congrégations féminines apostoliques reçoivent aussi une forme de clôture, mais moins sévère, adaptée aux oeuvres auxquelles elles s'adonnent.

 

Toutes ces canons, c'est à dire ces lois d'Eglise, qui s'accumulent, s'abrogent, se mitigent ou se confirment au cours des siècles ont besoin d'être remises en ordre. C'est ce que fait le code de droit canonique en 1917. Ce code définit ainsi la clôture majeure, la clôture mineure, les voeux solennels et les voeux simples. Mais en 1983 ce code est mis à jour. C'est qu'entre temps, le concile Vatican II, et l'aggiornamento, qu'il a entraîné a modifié pas mal de choses. La seule distinction entre les voeux c'est qu'ils sont temporaires ou perpétuels. On n'y parle plus d'ordre ou de congrégation mais d'instituts de vie consacrée.

 

J'ai parlé plus haut d'institut séculier. De quoi s'agit-il ? Ce sont des personnes qui, au terme d'une formation au sein d'un institut, prononcent les trois voeux de religion mais ne mènent pas de vie communautaire. Chacun ou chacune vit chez soi et continue à vivre la vie de tous les jours, avec un travail, comme tout le monde et un temps consacré à la prière. Les membres de ses instituts se rencontrent régulièrement pour des formations ou des animations spirituelles.

 

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Le dictionnaire vous apprendra qu'un abbé ou une abbesse est le ou la supérieur(e) d'une abbaye et que l'abbaye est un monatère dirigé par un abbé ou une abbesse. Ce qui vous fera tourner en rond. Abbé (d'un mot qui veut dire "père")  est tout simplement le terme par lequel on désigne le supérieur dans certains ordres, notamment, mais pas toujours, là où on suit la règle de Benoît de Nursie. C'est l'importance du monastère qui le fera passer du stade de prieuré à abbaye chez les bénédictins et les cisterciens. Le prieur, d'un mot latin qui veut dire "premier", est le suppérieur d'un prieuré. Les chartreux n'ont pas d'abbayes.

Bien qu'ils suivent la règle d'Augustin d'Hippone, les prémontrés vivent aussi dans une abbaye. Et la supérieure d'un couvent de clarisses est appelée abbesse, sans doute parce que les premières d'entre elles suivirent d'abbord la règle de Benoît de Nursie.

 

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Et le mot couvent ? C'est ainsi qu'on désigne la maison où vivent des religieux, des religieuses qui ne sont pas forcément moines ou moniales. C'est le terme qu'on emploiera pour les ordres dits mendiants comme les augustins, les dominicains, les franciscains, etc.

 

Crédit photos : Code de droit canonique, amazon.fr ; Jeanne de Valois, domaine public ; missel romain, Lionel Allorge, wikimedia commons ; Abbaye Sint Trudo, LimoWreck, wikimedia commons; Lessines, hôpital ND à la rose, auteur du blog; rencontre de François et Dominique, Fra Angelico, domaine public.

 

 

 

 

 

 

21/09/2012

Pause musicale

 

 

 

Claude Goudimel: Du fond de ma pensèe doulce.

 


 

Le Miserere d'Allegri interprété par le Trinity College Cambridge






Huub Oosterhuis  De steppe zal bloeien (la steppe fleurira)