31/10/2012

Chronique de dérives en cascades — 2

 

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l'appelerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

Épisode précédent : Sr Fausta, soeur orésienne depuis quinze ans a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres. On lui conseille de rejoindre une communauté de son ordre en Terre Sainte.

 

 

L'institut séculier dans lequel séjourne Sr Fausta depuis quelques temps, a pour particularité d'organiser des retraites spirituelles, notamment en Terre Sainte. Et l'on conseille à la nonne de profiter de cette occasion qui ne se représentera pas avant longtemps. C’est ainsi qu’elle visite avec un groupe de retraitants-pèlerins les lieux où vécut Jésus et qu’elle fait la connaissance d’un missionnaire que nous appellerons le Père Innocent. Il fait partie d’une compagnie de prêtres consacrée aux missions et effectue cette retraite à son retour d’Afrique.

 

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Au terme de ce petit périple consacré à la méditation, Sr Fausta se cloître à nouveau dans un couvent de son ordre. Les sœurs vivent très pauvrement et doivent économiser le moindre sou, une chose qui n’est pas trop au goût de Sr Fausta. Elle soulève le tollé à plusieurs reprises dans cette communauté qu’elle juge d’arrière-garde, en proposant des solutions dispendieuses. Avant même la fin de l’année d’essai, le couvent décide de la renvoyer d’où elle vient, en déclarant que cette femme n’a pas de vocation pour la vie qu’elles mènent.

 

La province des Flandres  (c'est-à-dire les communautés de cet ordre établies dans cette région) se trouve à nouveau avec ce problème sur les bras, six mois après avoir cru en être débarrassée. Le père provincial, qui fait aussi office d’assistant spirituel des sœurs de Belgique méridionale, trouve une solution. Il vient chercher Sr Fausta à l’aéroport et la conduit dans une communauté perdue au fin fond de l’Ardenne belge. La nonne à problèmes quitte donc son aire géographique et linguistique, où sa réputation est irrémédiablement perdue, pour en intégrer une autre, où elle est une parfaite inconnue. Les sœurs francophones font confiance à leur assistant et ne cherche pas à en savoir davantage sur cette nonne. Elle s’est portée volontaire pour la Terre Sainte mais ne s’est pas adaptée à la communauté, ce sont des choses qui arrivent, n’est-ce pas ?

 

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Et puis le monastère qui va la recevoir est dans un bien triste état. Sr Fausta vient « pour aider ». On oublie que cette formule est appliquée un peu trop vite aux fauteuses de trouble. Des sœurs qui viennent pour les aider, le couvent St Hilaire en a vu défiler et pas toujours des meilleurs. Le père Bavo, l’assistant, ne s’embarrasse pas de fiorittures pour lui peindre la triste réalité : « Tu es infirmière, prends soin de tes sœurs, soigne-les, et quand elles seront décédées, on fermera le monastère. »

 

Quand on y réfléchit, les sœurs ne sont pas si âgées mais elles ont beaucoup souffert. Un peu après la fin du concile Vatican II, un groupe de quatre nonnes a quitté le couvent pour fonder un monastère sans clôture. Malheureusement, elles ont mis la charrue avant les bœufs, elles n’ont pas attendu d’avoir la permission pour quitter leur clôture. Le responsable ecclésiastique, Mgr Lebouc riposte avec une grande sévérité : il fait renvoyer les quatre fugitives. Elles sont sécularisées et il est défendu aux nonnes du couvent qu’elles ont quitté de communiquer avec elles.

 

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La communauté s’est trouvée quasiment décapitée, car parmi les quatre novatrices se trouvaient la supérieure et sa suppléante, ainsi que la plus jeune de la communauté. Pour soutenir ce couvent en difficulté, on a envoyé une nonne pour faire office de supérieure. Elle s’y est prise très maladroitement, avec raideur et excès d’autorité. Une fois son mandat de trois ans rempli, elle a rejoint sa communauté d’origine. Une autre supérieure a été dépêchée d’un autre monastère. Elle y a déjà rempli cet office. Elle se montre bonne, prévenante et bienveillante. Mais voilà, l’âge est là, et la brave mère commence à souffrir du poids des ans.

 

Sr Fausta débarque donc dans une communauté en pleine déliquescence. Les sœurs vivotent, se débrouillent comme elles peuvent. Quelques-unes sont en mauvaise santé, physique et parfois mentale. Autrefois le monastère a fondé le premier monastère de l’ordre en Afrique noire. Il y a envoyé ses meilleurs éléments. Certaines sœurs n’ont pas supporté le climat, le déracinement, et sont revenues au pays avec des séquelles. L’une ou l’autre de celles qui se sont proposées pour aider ce couvent en difficulté est dans une situation similaire à Sr Fausta. Elles sont là parce qu’on ne veut plus d’elles ailleurs. Mais contrairement à celles-ci, la religieuse flamande a un atout de poids : son charme, sa force d’attraction. Elle a tiré la leçon de son séjour en Terre Sainte. Etre gentille avec tout le monde pendant plusieurs mois n’est pas un problème pour elle. Tant que ça ne se prolonge pas au-delà de quelques années.

 

Crédit photos: Primatskapelle, libre de droits; Culturepub, captures d'écran.

 

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