15/01/2013

Chronique de dérives en cascades — 3

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

Épisodes  1 et 2 : Sr Fausta, soeur orésienne depuis quinze ans a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres. Elle s'envole pour la Terre Sainte mais la communauté la renvoie au bout de six mois. Elle échoue alors dans une communauté de Wallonie, très pauvre humainement et près de fermer.

 

Durant tout une année, Sr Fausta partage le quotidien des soeurs de St Hilaire. Elle n'a pas d'emploi particulier, elle donne un coup de main, à gauche et à droite, surtout à la cuisine. Comme la vie a perdu beaucoup de sa régularité, il n'est pas difficile de se faire une place dans une communauté au bord de l'éclatement. 


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Bientôt le mandat de la prieure atteint son terme, le vicaire épiscopal chargé des affaires canoniques à l'évêché réunit les soeurs. Depuis plusieurs années elles ont des supérieures de remplacement. Que vont-elles faire ? Il y a cette "jeune" soeur, venue pour aider, elle n'a pas encore quarante ans. Jusque là, elle donne satisfaction, elle fait son possible, elle se dévoue auprès des aînées. Si les soeurs entérinent le transfert, on pourra l'élire à la tête de la communauté. 

 

Et c'est ce qui arrive. Le délégué de l'évêché n'a aucune idée du passé de Sr Fausta, des troubles qu'elle a causés ailleurs. La communauté qui l'accueillie non plus, d'ailleurs. Entre le nord et le sud, il y a la barrière de la langue. Au nord, c'est la branche masculine et son provincial qui fait office de liaison entre les communautés de l'ordre. Au sud, cette branche est en voie d'extinction, elle ne s'occupe pas des soeurs qui ont d'avantage de rapports avec l'évêché.

 

 

Durant le premier mandat de supérieure, un mandat de trois ans, les choses se passent plutôt bien. Sr Fausta commence à réorganiser peu à peu la vie communautaire qui s'était décomposée. Elle y va progressivement, par petites touches. Elle fait venir un nouveau médecin, fraîchement sorti de la faculté, qui prescrit des traitements plus appropriés. Elle organise des réunions communautaires, propose quelques travaux de rafraîchissements, pour la chapelle. Les religieuses sont encore alertes, même si elles ne sont plus de première  jeunesse. Elles apprécient, pour la plupart, cette redynamisation, le soin que l'on apporte à leur santé...

 

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Les choses auraient pu bien se passer si Sr Fausta avait gardé en tête qu'elle était là pour permettre à la communauté de finir en beauté. Mais une parole d'encouragement d'un évêque peu au courant d'affaires qu'il  délègue à un de ses vicaires est prise pour ce qu'elle n'est pas par la religieuse. Cela devient un but, une idée fixe, un plan démentiel ... accueillir des novices.

 

 

Si les candidates ne se bousculent pas (encore) au portillon, Sr Fausta a déjà accueilli au quartier des hôtes, une femme qu'elle a connue dans l'institut séculier qui l'a hébergée, Caroline. Caroline est neurasthénique, elle a besoin de repos. Sr Fausta lui propose de devenir la portière laïque du monastère. Elle secondera la tourière, Sr Sophie, marquée par le poids des ans. Caroline travaillera au pair, sans véritable rémunération.

 

Crédit photos : photo personnelle, CulturePub

 

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15,  épisode 16 ,appendice

 

 

13/01/2013

Et ceux qui veulent partir ? On les en empêche ?

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C'est la question qu'on vient de me poser, il n'y a pas longtemps. Empêcher physiquement quelqu'un de partir relèverait de la séquestration et tomberait sous le coup de la loi.

Donc non, on ne peut pas empêcher un religieux de s'en aller, s'il veut quitter sa congrégation, son monastère. Mais parfois, il y a des pressions. En général, la personne qui s'en va est en crise et cela peut peser sur l'ambiance de la communauté. Mais certaines personnes bien intentionnées croient qu'on peut résoudre la crise, avec un soutien approprié, des bons conseils, etc.

Il peut arriver que les supérieurs ne veulent pas voir la vérité en face : un moine sort nuitament rejoindre sa maîtresse, une religieuse perd la foi dans des éléments essentiels du catholicisme, une autre se sert de sa position d'économe pour puiser dans la caisse ... on temporise, on pense que le temps va arranger les choses, ...

Mais le temps n'arrange rien, il faut se rendre à l'évidence. Dans le meilleur des cas, la communauté ou la congrégation trouve un arrangement avec le ou la sortante. On lui remet un pécule de départ, on s'assure que le sortant à un endroit où aller.

Dans d'autres cas, il y aura des pressions pour temporiser, montrer les inconvénients qu'entraînera la sortie, on rechignera à aider financièrement le membre sortant, on coupera tout dialogue avec lui, le considérant comme un étranger. Cela peut arriver, mais ce n'est pas la norme. En général, les choses se passent plutôt bien. Les supérieurs finissent par se rendre compte que le départ est la meilleure solution pour tout le monde et surtout qu'il faut respecter le chemin de tout un chacun.

 

Crédit photos: The nun's story WB, capture d'écran