07/03/2014

La lettre de soeur Lucia Vetruse était un texte de monsignor Alfredo Contran.

Je viens d'éditer un billet écrit il y a deux ans. Je vais reprendre les informations et les publier à nouveau, ici, car on ne les trouve pas sur la toile en français, seulement en italien ou en espagnol.

 

J'avais gardé un vague souvenir d'une lettre écrite par une novice, au début des années nonante (quatre-vingt-dix) violée lors de la guerre de Yougoslavie, une lettre très belle et émouvante. Elle circule encore dans différents médias et il ne vous sera pas difficile d'en retrouver le texte en ligne. L'ennui, c'est que, faute d'en savoir davantage, ceux qui la publient n'en indiquent pas le véritable auteur.

 

La lettre commence par ces mots :

"Je m'appelle Lucia Vetruse, je suis une des novices violées par les milices serbes. Je veux vous raconter ce qui m'est arrivé ainsi qu'aux sœurs Tatiana et Sandria. permettez-moi de ne pas vous donner de détails. Permettez-moi de ne pas vous donner de détails. Ce fut une expérience atroce qui ne peut être partagée qu'avec Dieu, à la volonté de qui je me suis livrée quand je me suis consacrée à lui par les trois vœux."

 

Cette lettre fut publiée, dans certains quotidiens et, notamment, dans le journal La Croix. Quelques temps plus tard, parut un démenti : la lettre était un faux, écrite par un prêtre (de Bosnie a-t-on écrit) qui voulait sensibiliser l'opinion au sort des femmes de sa région.

Le temps passant, ma mémoire avait du mal à retrouver certains détails qui m'aurait permis de retrouver la trace de cette histoire sur la toile. Je pensais qu'il s'agissait d'une novice croate alors qu'elle était bosniaque. Mais aujourd'hui, en introduisant d'autres termes dans un moteur de recherche, j'ai découvert, enfin, le fin mot de l'histoire.

 

Il était une fois un prêtre, non pas bosniaque mais italien, qui avait écrit une lettre où il mettait en scène une novice bosniaque violée. La jeune nonne avait fait le choix de casser l'enchainement de la haine, d'élever l'enfant dont elle serait peut-être enceinte, en lui apprenant à aimer. Ce prêtre s'appelait monsignor Alfredo Contran et il signa la lettre de son nom d'auteur, puisqu'il s'agissait bien d'une composition littéraire.  Ce texte lui valu d'ailleurs un prix.

 

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On ne sait trop comment, quelques distraits bien intentionnés oublièrent de lire le nom de l'auteur ou de le mentionner et publièrent la lettre comme s'il s'agissait d'une authentique missive, comme si cette novice avait bel et bien existé. Aussi certains se mirent même en tête de faire venir l'infortunée à Rome afin qu'elle y rencontrât le pape ! Le prêtre écrivain-journaliste ne manqua pas de relever l'erreur, mais entre temps, la lettre avait été reprise, publiée, traduite et diffusée un peu partout dans le monde. Cet "un peu partout dans le monde" ne fut pas toujours mis au courant du démenti.

Malheureusement ce fin mot de l’histoire , je ne l'ai pas trouvé en français. Il y a bien des extraits d'un livre numérisé par Google, Poker menteur, de Michel Collon, qui cite deux passages de La libre Belgique, mais sans creuser davantage.

 

 

Vous verrez ici la lettre publiée en espagnol avec son véritable nom d'auteur. Dans les archives du Corriere della sera (3 avril 94), on lira l'interview de l'auteur de la lettre. Je suis bien incapable de vous la traduire en français, mais il y a des traducteurs automatiques en ligne qui pourront vous aider à la comprendre. Monsignor Alfredo Contran est décédé en 2007, son œuvre lui a survécu. Sur ce, concluons par l'adage italien : se non è vero è bene trovato.

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