24/03/2014

Chronique de dérives en cascade épisode 14. Sic transit gloria mundi

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Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, sœur orésienne depuis  vingt-cinq ans a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Quand des novices et une sœur conventuelle quittent le monastère, les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques. Pourtant le monastère continue à accueillir des candidates qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Âpre au gain, elle se lance dans des projets grandioses d'agrandissement et embellissements des bâtiments. Elle développe une liturgie splendide mais trop lourde pour le mode de vie du couvent. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse de ses jeunes candidates et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. Les personnes qui se présentent au noviciat sont accueillies avec complaisance et sans trop de discernement. C'est qu'à l'intérieur du couvent, il n'y a qu'une loi, la sienne et elle varie selon ses sautes d'humeur.  Si Mère Fausta prend sur certains points de vue la voie de l'ouverture post-conciliaire, elle se montre, sur certains points, attachées à des pratiques d'un autre âge.

 

Sic transit gloria mundi

Les constitutions des sœurs orésiennes prévoient qu'une supérieure soit élue pour trois ans, renouvelable une fois. Après deux mandats, elle doit céder sa place à une autre. Si elle est toutefois réélue une troisième fois, il lui faut une permission de Rome qui doit confirmer l'élection.  C'est ce qu'on appelle, en langage de canoniste, une postulation. La situation de St-Hilaire qui se relève de ses cendres, a justifié que cette postulation lui soit accordée pendant cinq mandat. Cependant, Mgr Lebouc, le prélat chargé des religieuses dans l'évêché a bien signifié à Mère Fausta que cette fois sera la dernière. Il lui incombe la tâche de former les jeunes sœurs capitulantes à prendre la relève. Mère Fausta a donc fait comprendre à la communauté qu'elle voulait dans son conseil sœur Alexandra et sœur Pauline. Celles-ci ont donc été élues conseillères.

Au début des années nonante, Mgr Lebouc prend sa retraite et quitte l'évêché. Il laisse la place à un prêtre encore jeune et dynamique, l'abbé Legris qui devient alors vicaire épiscopal, c'est à dire assistant de l'évêque. Sœur Marie-Noëlle et Sœur Martine viennent de faire profession solennelle, elles sont désormais membres du chapitre et ont droit de vote. Mère Fausta n'a pas cru bon de prévenir la communauté, au début du ce dernier mandat, que la postulation ne pourrait être renouvelée si elle devait être réélue. Elle en a tout de même touché un mot à celles qui viennent de quitter le noviciat. La date des élections approchant, elle recommande aux jeunes sœurs d'envisager qu'une autre puisse devenir supérieure à sa suite.

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Mais qui pourrait prendre sa place ? Sœur Alexandra ? Son comportement emporté, ses colères, ses manières et ses fugues l'écartent d'office. Sœur Pauline, alors ? C'est une excellente religieuse, gentille, serviable, humble, mais ... Mais il y a un mais, ou plutôt, on en invente un. C'est qu'elle est si peu sûr d'elle-même ... Et quand l'une de sœurs consultées aborde ce point, Mère Fausta enchaîne  : dans telle ou telle circonstance sœur Pauline a réagi ou comme cela, c'est bien la preuve qu'elle n'a pas les nerfs pour endosser ce rôle. Et chaque fois que sœur Pauline prend, aux yeux de Mère Fausta, la "mauvaise" décision, qu'elle a la "mauvaise" réaction, Mère Fausta commente, auprès des plus jeunes "Tu vois ça, si elle était supérieure ?

 

Mère Fausta avertit l'abbé Legris que les élections vont bientôt avoir lieu et qu'il y aura sans doute postulation. Le fait que la supérieure en titre anticipe le résultat des élections ne manque pas d'étonner le vicaire épiscopal. Il prend rendez-vous et se présente au couvent pour écouter une par une toutes les sœurs capitulantes. Le prêtre est étonné toutes les sœurs chanter d'un seul chœur les louanges de la supérieure. Tout est parfait, il n'y a pas de soucis, elle est la seule à même de tenir cet emploi. D'un seul chœur ou presque. Sœur Denise en a gros de voir sa supérieure manquer souvent à la charité fraternelle, c'est qu'elle se peut se montrer dure en parole. L'ancienne se risque à s'en plaindre un tout petit peu au visiteur, mais c'est bien la seule.

 

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Quand l'abbé Legris questionne les religieuses au sujet des autres candidates possibles, il perçoit le malaise de la communauté au sujet de sœur Alexandra et devine à travers les non-dits qu'elle pose problème. Vers la fin de l'après-midi, Mère Fausta avertit sœur Martine que sœur Marie-Noëlle est entrée au parloir et qu'elle est la suivante. La jeune nonne attend donc son tour dans le couloir où donne la porte du parloir. L'attente se prolonge. Mère Fausta passe par là une première fois, puis une seconde, elle s'étonne que sœur Marie-Noëlle ne soit pas encore sortie. A l'intérieur, Marie-Noëlle ronge son frein. Cet abbé Legris connaît sa famille et s'enquiert de ses nouvelles. Il prolonge les digressions et la jeune nonne se demande quand elle va bien pouvoir dire ce qu'elle a à dire. Quand elle peut enfin entamer le vrai sujet de conversation, on frappe à la porte, Mère Fausta entre. Elle fait remarquer sur un ton doucereux que d'autres sœurs attendent et qu'elle aimerait que monsieur l'abbé puisse aussi voir les novices.

 

Dehors, sœur Martine est estomaquée, elle trouve ce geste déplacé et elle craint qu'il donne une mauvaise impression de sa supérieure. Il est vrai que ce n'est pas la première fois qu'elle fait preuve de sans-gêne.  L'abbé Legris comprend que quelque chose d'anormal se passe dans ce couvent. Quand sœur Marie-Noëlle sort du parloir, Mère Fausta lui demande ce qu'elle a bien pu raconter. Lasse d'avoir sa supérieure constamment sur le dos, elle lui répond seulement : "Je prépare les élections". Les jours suivants, Mère Fausta la met sous pression et la harcèle, elle la soupçonne d'avoir médit d'elle et la suspicion devient rapidement contagieuse. Pour les jeunes nonnes du couvent sœur Marie-Noëlle s'est comporté comme Judas envers Mère Fausta.

 

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Une fois rentré à l'évêché, l'abbé Legris, débarque chez Mgr Jambois, l'évêque et lui déclare tout de go :" Il n'y a aucune liberté, là-bas". C'est un coup dur pour l'évêque qui avait une si haute opinion de Saint-Hilaire. Le vicaire, en consultant l'indult (= faveur du saint-siège, permission) de postulation, se rend compte que celle-ci a été accordée pour la dernière fois et qu'elle ne peut plus être renouvelée. Sur ces entrefaites, il reçoit un coup de téléphone de Mère Fausta, lui apprenant que sœur Alexandra a quitté le couvent. En effet, peu après sa visite, sœur Alexandra a décidé de s'en aller. Elle s'est retirée à l'hôtellerie d'une abbaye amie. Mère Fausta s'emberlificote et s'enfonce dans des explications douteuses : sœur Alexandra est déjà partie une fois. Ou deux ! Avec sa permission ... Oui, elle admet qu'il y a des problèmes avec cette sœur, son caractère, etc. Elle harcèle véritablement le prêtre en lui téléphonant sur son lieu de travail, à son domicile, tard le soir ... Et de conversation téléphonique en conversation téléphonique, elle charge de plus en plus sœur Alexandra, faisant d'elle un bouc émissaire, afin de se sauvegarder. Loin de la défendre, comme elle le faisait précédemment, elle relève dans ses conversations avec l'une ou l'autre jeune sœur que c'est à cause d'elle que Ria et Magda sont parties.

 

Si Mère Fausta n'avait pas révélé à la communauté, après les dernières élections qu'elle ne pourrait plus être réélue, c'était pour préserver la quiétude des sieurs âgées, prétend-elle. Mise au pied du mur, elle doit bien, à présent, convoquer les nonnes pour leur faire part de cette clause. Pourtant, elle assure que, si l'on vote encore pour elle, Rome accordera, encore une fois, la postulation.

 

L'abbé Legris rend visite à sœur Alexandra. Celle-ci se ferme comme une huitre et refuse de lui parler. Moins d'une semaine après avoir quitté Saint-Hilaire, la nonne change d'avis et revient. Le vicaire épiscopal propose qu'on lui fasse suivre une psychothérapie et entame son enquête. Il va interroger les responsables pour la vie religieuse dans le diocèse. Le chanoine Albin le met en contact avec Mère Louise, elle qui a reçu les confidences d'une ancienne novice, d'une ancienne stagiaire et d'une transfuge de Saint-Hilaire. Le clerc constitue un dossier assez solide mais postpose les élections, histoire que le temps fasse son œuvre et que les choses se tassent.

 

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Il revient cependant à Saint-Hilaire, accompagné du chanoine Albin, pour interroger une nouvelle fois les religieuses. Il veut savoir si la prieure a mis la communauté au courant de la clause du dernier indult et si le retour de sœur Alexandra s'est bien passé. Cette fois, il entend toutes les sœurs, même les novices.  Mère Fausta ne manque pas de prendre celles-ci à part pour les "préparer" à ce qu'elles devront dire. De fait sœur Valérie arrive devant lui tétanisée. "Parlez, ma sœur, vous ne risquez rien, dit le vicaire", mais la jeune nonne n'ose pas donner son opinion, elle se contente de lui dire qu'il n'y a rien à dire et que tout est parfait. Quand l'abbé Legris demande à sœur Marie-Noëlle si tout s'est bien passé après sa visite, elle non plus n'ose rien dire du harcèlement ni de la cabale dont elle a été victime ; elle lui ment et répond que les sœurs ont été très charitables envers elle. 

 

Les élections ont lieu. Sans surprise, Mère Fausta est réélue à la quasi majorité des voix. Quasi. Parce que Mère Fausta sait qu'on ne vote pas pour soi-même. Parce qu'une seconde voix, autre que la sienne, lui fait également défaut. Cela la rend malade ; elle se répand en jérémiades, en privé. "Il n'y a plus d'unité dans la communauté" pleurniche-t-elle. Sœur Marie-Noëlle a peur qu'on la soupçonne. De fait, elle fait profil bas et assure son entier soutien à Mère Fausta. Ne serait-ce pas la doyenne, sœur Marie-Gérard, quasi nonagénaire, qui se serait trompée dans ses papiers? suggère-t-elle Les nonnes ont en effet reçu des petits papiers avec le nom de toutes leurs consœurs, en plusieurs exemplaire, avant de se rendre au chapitre pour voter. Elles ont mis ces petits papiers avec le nom de celles pour qui elles voteraient dans une enveloppe. "Non, ce n'est pas sœur Marie-Gérard, assure Mère Fausta, j'ai contrôlé son enveloppe avant qu'elle n'entre au chapitre."

 

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L'abbé Legris envoie son rapport au saint-siège avec le résultat des élections. La tension qui règne dans la communauté est trop forte pour sœur Alexandra qui est déjà mal à l'aise dans sa vie religieuse depuis plusieurs années. Cette fois, elle emprunte la voiture de la communauté, file droit vers l'évêché et demande directement sa sécularisation. Plus question qu'on essaie, encore une fois, de la récupérer. Si Mère Fausta se lamente sur la sœur qu'on vient de perdre, elle ne manque pas de faire peser sur elle la responsabilité des tensions que traverse la communauté. Certes, elle est attachée à elle, mais quand il faut se protéger, autant charger une autre.

 

Après en avoir parlé avec le conseil, Mère Fausta suggère que la nonne opte plutôt vers l'exclaustration, c'est à dire un congé temporaire hors clôture qui la maintient dans son état de religieuse. Sœur Alexandra accepte et s'absente donc de la communauté pour un an. La nonne part pour la Terre Sainte où elle travaillera comme volontaire. L'indult d'exclaustration revient de Rome alors qu'elle a déjà quitté le pays. Le document étant en latin, l'abbé Legris le traduit puis l'envoie au couvent. Le document stipule que, si sœur Alexandra persévère dans sa vocation, elle ne pourra pas rentrer à Saint-Hilaire, elle devra choisir un autre couvent du même ordre.

 

Mère Fausta consulte le code de droit canonique à la bibliothèque et n'y lit aucun empêchement au retour d'un membre exclaustré. Les constitutions elles-mêmes assurent qu'une nonne peut revenir au monastère au terme de l'exclaustration. Elle accuse donc l'abbé Legris d'avoir falsifié la traduction plutôt que de s'incliner devant la clause de l'indult.  Et elle ne manque pas de poursuivre cette campagne de dénigrement auprès des plus jeunes nonnes.

 

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Les mois passent car l'administration romaine est lente à réagir. Claudine prend l'habit dans cette communauté pourtant agitée. Hélène a déjà fait un an de noviciat. Mère Fausta veut la proposer à la profession. Les raisons qu'elle donne ne sont ni claires, ni convaincantes : sœur Hélène n'est plus très jeune, elle semble prête à s'engager, etc. Les autres quadragénaires qui sont passées par là ont pourtant toutes fait deux ans de noviciat et non un seul. Pourquoi faire une exception? Mère Fausta prétend qu'il ne s'agit pas d'une exception puisque, selon le droit, un an de noviciat est suffisant. Elle arrive à convaincre le chapitre et sœur Hélène est admise à la profession temporaire. Elle émettra ses vœux au mois de septembre.

 

Au cours du mois de juillet, l'abbé Legris reçoit enfin la décision du saint-siège. Sœur Pauline est nommée supérieure et Mère Fausta première conseillère. Il convoque les deux nonnes pour leur faire part de la nouvelle. Mère Fausta ne veut rien entendre, elle proteste et tempête. Sœur Pauline refuse sa nomination. Devant une telle réaction, l'abbé Legris préfère ne pas insister, il veut leur laisser le temps de se faire à l'idée. Du coup Mère Fausta en déduit qu'il lui reste encore un espoir, un recours et elle le laisse entendre à la communauté. Mais un mois plus tard, le vicaire les convoque à nouveau : il n'y a pas à tergiverser, la décision romaine est là, il faut s'y plier.

 

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L'ancienne supérieure tempête, elle fait même une véritable crise d'hystérie dans le bureau de l'évêque. Elle pousse de tels cris que les chanoines sortent de leur bureau pour voir ce qui se passe. Monseigneur Jambois reste interdit. Ainsi donc, cette supérieure qui lui faisait une si bonne impression est capable de se comporter de la sorte ? Mère Fausta essaie de négocier, qu'au moins on lui laisse jusqu'au mois de septembre, qu'elle puisse recevoir la profession de sœur Hélène. L'abbé Legris refuse catégoriquement. Il faudra bien plier. Elle va retrouver sœur Pauline qui s'est retirée à la chapelle et qui refuse toujours sa nomination. "Accepte, lui dit-elle, sinon on fera venir une supérieure d'un autre couvent, ou alors on fermera le couvent." C'est ainsi qu'à contre cœur, sœur Pauline devient Mère Pauline.

 

Les deux nonnes rentrent au monastère, au soir. La communauté se rassemble après le souper. "Je remercie les sœurs de toutes les gentillesses qu'elles ont dites sur moi!" s'exclame amèrement Mère Fausta. "Six pages de rapport ! Après toutes les bontés que j'ai eues pour vous !" Sœur Valérie est en larmes, son Jésus vivant a été destitué. Ses pleurs en agacent plus d'une.  Mère Pauline s'empresse de nommer Mère Fausta au poste de maîtresse des novices.

 

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Lorsque sœur Hélène prononce ses vœux, c'est Mère Pauline qui les reçoit. Mère Fausta tire la tête durant toute la cérémonie. Au lien d'aller entourer la jeune professe, comme c'est l'usage, au moment où elle émet sa profession, elle reste à l'arrière de la chapelle, près d'un instrument de musique "pour donner le ton", prétexte-t-elle. A la vérité, elle ne digère pas qu'une autre reçoive les vœux d'une sœur.

 

Mère Pauline prend une sage décision : envoyer Mère Fausta en repos quelques jours. Durant son absence, le climat est serein et la nouvelle supérieure semble bien avoir la communauté en main. Mais ce qui aurait dû être la vie ordinaire à Saint-Hilaire ne dure que peu de temps. Mère Fausta revient, amère et critique. Rien de ce que ne fait Mère Pauline ne trouve grâce à ses yeux. Sœur Martine est choquée de voir celle qui prêchait si bien l'esprit de foi et l'obéissance se montrer plus prompte à mettre des bâtons dans les roues à la supérieure que de la seconder. Et pourtant, le charme qu'exerce Mère Fausta est telle que la jeune nonne ne veut pas voir clair à son sujet.

 

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Au lieu d'imposer son autorité, Mère Pauline s'écrase devant Mère Fausta, se sentant à la fois coupable et incapable.  La première conseillère reprend peu à peu des rôles qui sont dévolus à la supérieure, comme de présider les réunions communautaire. Un jour, Mère Pauline fait servir des œufs à la coque et réintroduit les petites cuillères au réfectoire pour pouvoir les manger, ces petites cuillères que Mère Fausta avait fait ranger six ans auparavant parce qu'elles étaient inutiles à ses yeux. Quand la première conseillère s'aperçoit de la décision de Mère Pauline, elle lui fait une scène. "Tu détruis tout ce que j'ai fait !" s'exclame-t-elle. Devant une Mère Pauline qui se répand en excuses, elle refuse de prendre place au réfectoire, se sert dans le frigo et s'en va manger, seule dans une pièce à part.

 

Face à une telle situation, Mère Pauline somatise, elle est à bout de nerfs. Elle ne voulait pas de ce poste, Mère Fausta l'a obligée de l'accepter et elle le lui reproche de toutes les façons possibles. Les tensions dans la communauté sont énormes. Les deux nonnes contactent les pères de leur ordre pour qu'ils "les protègent contre l'évêque". Elles vont même jusqu'à contacter un des conseiller de leur père général, le père Bénigne, pour qu'il vienne faire la visite canonique de leur communauté. Le religieux se trouve en voyage quand il se reçoit le fax. Il trouve le contenu de la missive fort étrange : personne ne se nomme lui-même visiteur d'une communauté. Lors d'un passage dans la région, il s'arrange pour rencontrer l'ancienne et la nouvelle supérieure. Il leur conseille d'accepter l'ordre des choses, de patienter. Dans trois ans, Mère Fausta pourra être réélue. Mais celle-ci n'accepte pas d'être mise de côté. 

 

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Comme Mère Pauline se sent de plus en plus mal, Mère Fausta lui tient un fallacieux discours : Dieu ne veut pas que tu perdes ta santé, démissionne ! C'est ainsi qu'après moins de six mois de mandat, la nouvelle supérieure présente sa démission à l'évêque. Celui-ci n'est pas dupe de la manœuvre, il ne peut accepter ; il demande lui aussi une visite canonique. Deux demandes pour une visite canonique dans une même communauté, porte l'affaire à un niveau supérieur à la congrégation pour les religieux. Là aussi la lenteur de l'administration se fait sentir, ce n'est qu'au printemps qu'un père orésien se présente au couvent pour effectuer cette visite.

 

Mère Fausta veut qu'on ait une bonne impression de la communauté. Elle convie les prédicateurs habituels pour qu'ils soient là lors de cet événement. Le père Louis refuse carrément. Il est lui-même religieux et se rend très bien compte du caractère anormal de la situation. Il a compris quel poids écrase Mère Pauline. Son refus entraine la rupture avec Mère Fausta qui s'emploie à le désigner comme "peu sûr" aux jeunes sœurs. Le père Forteroche, un des confesseurs, devient également suspect à ses yeux, puisqu'il lui a osé lui demander "Est-ce le couvent de Jésus ou est-ce le couvent de soeur Fausta ?"

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De fait, le visiteur, le père Judicaël trouve étrange cette présence de plusieurs prédicateurs et confesseurs à l'hôtellerie quand il débarque à Saint-Hilaire. Il rassemble la communauté, donne une petite conférence puis écoute une à une toutes les sœurs. Toute la communauté chante la même chanson : Mère Pauline est dépassée, Mère Fausta doit reprendre les rennes. A une exception près : sœur Hélène trouve le comportement de l'ancienne supérieure déplacé et le lui dit. Le père Judicaël visite également l'intérieur du monastère et y trouve des extensions du bâtiment fraichement construites. Au terme de sa visite, il se contente de dire qu'il ne lui revient pas de donner les conclusions puisqu'il a été mandaté par le saint-siège.

 

Cette conclusion se fait attendre, elle aussi, si bien qu'il s'écoule une année entre la nomination de Mère Pauline et le dernier épisode de cette saga. Entre temps, soeur Alexandra qui ignorait la clause de l'indult la concernant est revenue à Saint-Hilaire et a repris la vie communautaire. Un jour de septembre, un coup de téléphone annonce la visite du Père Bénigne et de l'Abbé Legris, ils viendront leur faire part de la décision romaine. "Alors nous pouvons chanter Alleluia ?" demande Mère Pauline, au téléphone. Le Père Bénigne lui répond qu'il ne peut rien dire avant d'être sur place. Mis au courant de la démarche de son confrère, le père Bavo s'exclame "Heureusement qu'il y a des grilles au parloir !"

 

Crédits photos : photos personnelles ; The Nun story, WB ; la vera storia della Monaca di Monza ; La religieuse, Nicloux ; The Black Narcissus.

 

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