22/04/2014

Echanges à propos de différents instituts et discernement.


 

 

Bonne Pâque à vous :)

J'apprécie beaucoup votre blog très instructif ! connaissez vous le site de la pastorale Nouvelle Croyance et Dérive sectaire ? Cela devrait vous intéresser. Beaucoup de documents intéressants.

Est ce que vous avez une avis/quelque chose à faire partager au sujet de la fraternité de Thibériade et de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre ? J'ai deux amis différents d'un groupe de discernement de vocation qui sont intéressés par eux, j'aimerai me faire une opinion d'un point de vue extérieur.

Écrit par : Colombe | 19/04/2014

 

 Interview du fondateur de Tibériade

 


Je ne connaissais pas ce site. Je viens d'y faire un tour. Il y a de bonnes choses et d'autres desquelles je me démarque.
Je pense qu'une instance catholique devrait se limiter à un seul terrain :soit lutter contre les mouvements sectaires à l'intérieur de son Eglise soit à l'extérieur de son Eglise, mais pas les deux à la fois.


Je ne connais la communauté de Tibériade que par ouï-dire, même si j'ai eu l'occasion de rencontrer son fondateur ou quelques uns de ses membres.
La fondation se situe dans la mouvance du renouveau charismatique, avec un accent franciscain. Il y a un désir de retour à la nature, à un certain dépouillement, à la simplicité. Un autre aspect est celui du témoignage et de l'évangélisation en empruntant un langage actuel et accessible.

Tout n'a pas été rose dans les débuts. Le fondateur a dû faire face à de nombreuses défections, il y a vingt-cinq ans. Mais il a eu la sagesse de se faire aider.
D'autres religieux, d'instituts plus anciens, se sont proposés pour prendre en charge la formation des nouveaux membres et cela a donné des bases plus solides.
Je ne peux vous en dire davantage.

Je ne connais pas l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre. Je viens de faire un tour sur la toile pour me renseigner et je vois qu'il s'agit d'un de ces mouvements qui se situent dans la vague restauratrice, pour laquelle je n'ai aucune sympathie.

Bonnes fêtes de Pâques.

Écrit par : chélidoine | 19/04/2014

 Témoignage d'une soeur de Tibériade
 

 

 

 

Merci pour les commentaires :)

J'avais jeté un coup d'oeil sur les adoratrices du coeur royal etc... parce que j'ai une grande affection pour St François de Sales. Mais leur vision de la liturgie n'est pas/plus la mienne, je resterai fidèle aux visitandines et aux oblates de St françois de sales :-) (mes excuses à tous les autres instituts salésiens que j'oublie !)

Sainte fête de pâques !

Écrit par : Colombe | 20/04/2014

 

Autant je peux situer les Visitandines, autant l'institut que vous venez de citer semble s'évertuer à rester translucide sur la toile. Un nom à rallonge, un habit très voyant ... serait-ce tout ce dont le surfeur lambda est autorisé à savoir ? J'ai bien fini par trouver une "interview" sur une vidéo d'une jeune novice mais on n'en apprend pas plus.
Ce qui est mis en avant, ce n'est pas le charisme de l'institut (contemplatif ? missionnaire ? horaire type ? ) mais des saints patrons et des dévotions assez en décalage avec notre époque.
Saint François de Sales vivait avec son époque et la fondation des Visitandines était aussi bien de son temps. Le nom "Visitation" fait référence à une péricope biblique. C'est ancré dans l'évangile.
Maintenant, je ne présume pas de la sincérité ni de la qualité de vie de prière des membres de ce nouvel institut ; je ne les connais pas.
Mais je ne peux que regretter qu'après la redécouverte de la bible par les catholiques amorcée dans la dernière moitié du siècle dernier, on en retourne à des pratiques fondées sur des révélations privées, fussent-elles reconnues comme fiables par les instances ecclésiastiques. Pour rappel, même approuvée, une révélation privée n'est pas article de foi.

Écrit par : chélidoine | 21/04/2014

 

Leur site est plutôt complet, non ? La page du diocèse d'Evry est plutôt bien faite aussi : http://evry.catholique.fr/Oblates-de-St-Francois-de-Sales . Le charisme de l'institut est plutôt clair, apostolique, dans les écoles et maisons de retraites. Il est plutôt normal de mettre le fondateur en avant. Il y a une "journée type" sur le site ( http://sosfs.com/~oblatess/fr/vie-communautaire.html ).
Que je sache, elle n'est pas fondée sur une révélation privée. Ou alors on ne m'en a pas parlé.
Je ne suis pas du genre à aimer le traditionalisme, ni les révélations privées (Ni des révélations tout court. si vous avez entendu parlé de l'abbé de Nantes et de la Contre Réforme Catholique, j'ai grandit dedans - à vous dégoûter du chapelet, de la messe, de la religion, de tout. C'est un mouvement sectaire traditionaliste. Un institut dont vous parlez (de la sainte face, je crois, avec l'habit blanc + coeur de Charles de Foucault), est issus de ce mouvement. J'ai eu la chance d'avoir un accès à la vie normale (école publique, amies, etc...), ce qui m'a épargné de croire ou de me faire avoir par ses stupidités. L'ambiance des mariophanies, apocalyptiques à la Medjugorge, Menduria, et hagiographies sans fin de femmes toutes plus stigmatisées les unes que les autres, je connais, et non merci.
Lorsque j'ai rencontré ses soeurs, elles m'ont semblées être des soeurs apostoliques "classique", j'y ai retrouvé le même esprit que chez les soeurs de Saint Joseph ou les Salésiennes de Don Bosco chez qui j'ai fait quelques séjours. Elles n'étaient pas non plus comme certains instituts recruteurs ("Finissez vos études, même si ça doit vous prendre 6 ans, vous aurez un diplôme... Prenez votre temps, discernez, attendez." ont elles dit). il y a l'habit, juste, que je trouve dommage. J'ai tendance à penser qu'une chemise, une jupe, et une croix suffisent, comme chez les deux instituts cités plus hauts (qui m'attireraient, mais je crains que ce ne soit pas possible avec ma très mauvaise santé).

 Écrit par : Colombe | 22/04/2014

 

 

Une fois n'est pas coutume, je reviens sur cet échange de commentaires pour approfondir la question.

Quand je parlais d'institut translucide, d'absence de journée type et de e révélations privées, je ne faisais pas allusion aux oblates de St François de Sales que je ne connaissais pas, mais de l'institut au sujet duquel j'avais été consulté en premier lieu : les adoratrices du coeur royal.

Faute d'en savoir plus, je dois me baser sur les seuls éléments visibles : un institut féminin fondé au début de ce siècle qui adopte un habit imité de celui des visitandines (XVIIe siècle) avec un manteau d'un bleu plutôt vif ; qui suit le rite tridentin (XVIe siècle) qui ne dit à peu près rien de lui (charisme, horaire ?) et qui semble resté dans l'ombre de la branche masculine.

Le nom de l'institut ne se réfère pas à un saint fondateur, un lieu, une péricope biblique, mais à une pratique de dévotion héritée des révélations de Marguerite Alacoque (sacré coeur) avec des accents propres au XIXe siècle. (coeur royal)

Dans une vidéo de prise d'habit d'une jeune novice, on l'entend dire qu'elle est un "rien" qui prie pour les prêtres. On apprend aussi qu'elle salue une statue de Jésus avant d'aller travailler. Quel travail effectue-t-elle ? ! Alors que le prêtre appelle cette statue "sacré-coeur", la petite nonne le reprend et dit "coeur royal" car Jésus est "le roi de la maison". Pour information, la fête du Christ-Roi a été instituée en 1925.

N'en sachant pas davantage, je ne m'étendrai pas là-dessus.

Je viens d'aller consulter le site des Oblates de Saint François de Sales. L'institut paraît sain et solide. Il a gardé l'empreinte de son origine monastique. L'habit reste classique, sans être suranné, mais il est compatible avec l'exercice d'un apostolat. 

 

J'ai eu l'occasion de rencontrer un autre institut salésien qui était présent dans ma paroisse d'origine pendant mon adolescence : les sœurs salésiennes missionnaires de Marie immaculée. Il s'agit à l'origine d'un institut de catéchistes, fondés au XIXe siècle dans la spiritualité salésienne. Les sœurs que j'ai connues portaient une robe chasuble grise, une croix en sautoir, avec un chemisier blanc.

Demander à une candidate de finir ses études, d'obtenir un diplôme ou une aptitude professionnelle, de prendre le temps de discernement est un indice de fiabilité.

 

Concernant les révélations privées, les mystiques stigmatisés et thaumaturges, etc. des saints canonisés ont refusés de se déplacer pour aller voir certains de ces "phénomènes", arguant qu'ils trouvaient davantage Dieu dans la prière que dans des manifestations extraordinaires.

 

Medjugorje mériterait un billet à lui tout seul. Je vais me contenter de dire que les gens de l'endroit ni croient plus depuis belle lurette et que l'attitude des "voyants" y est pour beaucoup. Il est navrant de voir des prêtres et des prélats sauter à pieds joints au-dessus des directives de l'évêque du lieu sous de "pieux" prétextes.    

18/04/2014

Pour la semaine sainte


 

 

 


16/04/2014

Chronique de dérives en cascade épisode 16. Errances

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, sœur orésienne depuis trente ans a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Des religieuses quiitent le couvent et se plaignent. Pourtant le monastère continue à en accueillir des novices, parfois sans réelle vocation,  qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Elle se révèle âpre au gain, agrandit et embellit exagérément les bâtiments et impose une liturgie fastueuse. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse et susceptible et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. À l'intérieur du couvent, il n'y a qu'une loi, la sienne, et elle varie selon ses sautes d'humeur. Mais les choses changent. Un indult de Rome ne lui permet plus d'assumer un nouveau mandat de supérieure. Elle a beau lutter et comploter, il faut bien accepter que Rome, nomme supérieure sœur Pauline. Mère Fausta, jalouse de son pouvoir, la persuade qu'elle n'est pas à la hauteur et la pousse à démissionner après six mois.  Une visite canonique a lieu . Un an après la nomination de Mère Pauline, le couperet tombe : sœur Fausta doit partir. Elle emmène avec elle sœur Pauline et sœur Alexandra, qui pourtant a plusieurs fois douté de sa vocation mais avec qui elle entretient une relation trouble. Plutôt que de se soumettre à ce qu'on demande d'elles, les trois nonnes se font séculariser et emménagent dans un lieu de pèlerinage. Un peu plus tard, les nonnes de Saint-Hilaire décident de fermer leur couvent et de se disperser. 

Errances

 

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Au sanctuaire de Wittekerk, les trois ex-nonnes continuent à porter indument leur habit. Elles font la cuisine, dressent les tables et nettoient pour les pèlerins qu'accueillent les pères souriceaux.  Un couple qui fréquentaient assidument Saint-Hilaire les prévient que Sœur Valérie cherche à les rejoindre. En effet, la jeune femme ne peut se faire à l'idée qu'elle n'a pas la vocation. Elle veut à tout prix être sœur orésienne et, puisque le couvent de Sainte-Barbe ne veut pas l'admettre à la profession perpétuelle, elle veut rejoindre son "Jésus vivant". Sœur Pauline va donc la chercher avec un membre de sa famille, là où elle est, c'est à dire dans un lieu de retraite spirituelle.

 

Dès qu'elle débarque, on la revêt de l'habit religieux. Mais la jeune femme doit rapidement déchanter. Dans cet endroit, les trois ex-nonnes ne vivent pas la vie des orésiennes. Elles s'entassent dans les deux pièces, sans porte ni fenêtre qu'on leur a concédées. Leur rythme et leur style de vie n'a rien de contemplatif. Valérie se rend compte qu'elle ne peut pas vivre dans ses conditions et elle cherche à s'en aller. Mais "sœur" Fausta fait pression sur elle. Partir serait trahir Jésus, comme divorcer d'avec lui. La jeune femme est épuisée, les conditions d'hébergement sont épouvantables, elle vit tout cela comme dans un brouillard.

 

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Les fausses religieuses cherchent un endroit et des fonds pour faire construire un monastère. Eh oui ! Même si elles sont plus orésiennes, elles veulent fonder un monastère de leur ordre. Elles ont déjà acquis l'évêque du lieu, Mgr Deschuur, à leur cause. A lui aussi, elles ont raconté qu'elles ont été chassées de chez elle par leur évêque. L'abbé Legris a bien contacté ce monseigneur pour lui faire part de ses inquiétudes, le prélat n'en a cure. L'ex-nonne ne l'a-t-elle pas présentée comme un empêcheur de tourner en rond, un de ces prêtres séculiers qui n'y connaissent rien en matière de vie religieuse et se mêle de choses qui ne comprennent pas ?

 

Fausta envoie Valérie se reposer dans un hôtel avec les cassettes audio des conférences du père Edouard-Philibert Auguste, pour mieux l'endoctriner. Durant ce temps, le trio trouve un autre endroit d'hébergement à la maison mère des pères souriceaux. Une bienfaitrice leur prête un chalet à la campagne. Si l'endroit est idyllique, les fausses nonnes n'y passent guère de temps, elles y sont juste pour dormir. Le reste de la journée, elles le passent sur les routes, visitant bienfaiteurs et bâtiments, pour pouvoir mener leur projet de fondation à bien.

 

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Valérie en a assez d'être si souvent trimballée en voiture. Si Fausta veut la convaincre qu'elle doit se renoncer pour Jésus, Pauline et Alexandra sont plus lucides sur l'état de la jeune femme. Elles convainquent leur "supérieure" de la laisser s'en aller. Elle veut l'envoyer à la maison mère des sœurs souricettes, mais Valérie refuse.  La jeune femme atterrit dans une petite communauté bénédictine. Un père belge de passage la prend en pitié. Il a entendu parler de Saint-Hilaire et lui déconseille fortement de retourner auprès de Fausta. Elle veut devenir orésienne ? N'y aurait-il pas, au pays, un couvent qui veuille l'accueillir ? Oui, il y a une communauté de quelques sœurs fort âgées qui veulent bien d'un renfort. Valérie va les rejoindre.

 

Les démarches des trois errantes finissent par aboutir. Elles se trouvent de riches bienfaiteurs pour mener à bien leur projet et arrivent à émouvoir les pères de l'Abbaye Mordicus Dei sur leur sort. Elles se trouvent une maison dans un petit village, à Rommelgem, et se font bâtir un monastère grâce aux fonds récoltés. Les pères souriceaux viennent leur dire la messe. Mais dans cet endroit reculé du monde, les réformes du concile Vatican II sont mal passées. Les prêtres célèbrent l'eucharistie en tournant le dos au peuple, les fidèles reçoivent la communion sur la langue, à genoux. Quant aux moines du Mordicus Dei, ils ont obtenu la permission de dire la messe en latin, à la mode de grand-maman. Mais qu'importe pour Fausta si le soutien vient des conservateurs, tant qu'elle a ce qu'elle veut : de l'argent pour se construire un couvent, même si elle n'est plus religieuse.

 

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La maison accueille maintenant deux vieilles nonnes d'âge canonique, puis une première novice. La jeune fille est abusée par les apparences et pense qu'elle est dans un véritable couvent, alors que la communauté n'est pas encore une association de fidèles. De plus, elle a déjà été refusée ailleurs à cause de sa mauvaise santé. Entre temps, Valérie a refait des vœux temporaires dans le monastère où elle a échoué. Mais les quelques vieilles soeurs qu'il compte encore meurent les unes après les autres et le couvent doit fermer. Sœur Valérie n'a pas oublié Fausta ; elle la hante encore et, malgré tout ce qu'elle a déjà essuyé d'elle, après toutes ces expériences négatives, le charme qu'exerce l'ancienne supérieure joue encore, la trentenaire qui veut à tout prix se cloîtrer s'en va la rejoindre.

 

Si l'aliénation affective est réelle, le malaise de sœur Valérie n'en est pas moins grand. Elle est bien cette fois, dans un véritable couvent avec un mode de vie plus contemplatif. Cependant, elle se sent de plus en plus mal dans sa peau, mal à l'aise dans son habit. Elle repense à ce que lui a dit Mère Louise et se rend compte qu'il y a du vrai : cette Fausta a beaucoup trop d'influence sur elle, pourtant elle ne parvient pas à trancher. La novice entrée avant elle sombre dans la dépression. Sœur Valérie est sur les nerfs et pense sérieusement à s'en aller, pour de bon, cette fois. Mais chaque fois qu'elle aborde la question avec la "supérieure", celle-ci la convainc avec des arguments de son industrie : Jésus a permis que tu sois la seule de Saint-Hilaire à me rejoindre, partir serait le trahir, je me battrai pour ta vocation etc. Un jour qu'elle confie ses doutes au confesseur, un père souriceau, Fausta, trouvant suspect que cette confession se prolonge, fait sortir sœur Valérie et se plaît à la culpabiliser un maximum.

 

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Sœur Valérie est au terme de sa profession temporaire mais, canoniquement, elle ne peut pas faire de vœux perpétuels en tant qu'orésienne. Elle est dans une association de fidèles, pas dans un vrai monastère orésien. Un évêque venu de l'extérieur a été dépêché pour le rappeler à Mgr Deschuur. Une chance, en vérité, car tout lui pèse : l'état de perpétuel chantier des bâtiments qui prennent des proportions démesurée, le fait de voir la novice, pas à sa place, dépérir, les pressions que Fausta exerce sur elle. Son mal-être s'accentue au point de la rendre très agressive. Elle prend en grippe l'autre novice ainsi que Pauline qui prend à chaque fois la défense de Fausta dès qu'une discussion s'engage. Seule Alexandra semble la comprendre. Un jour qu'elle se dispute pour la énième fois avec Fausta, parce que celle-ci ne veut pas la lâcher, Pauline intervient, une fois de plus, comme un toutou défend son maître. Excédée, sœur Valérie la gifle, puis, réalisant ce qu'elle vient de faire, fond en larmes.

 

 

C'est pourtant ce geste qui va la sauver. Fausta lui déclare que ce qui vient de se passer est trop grave, qu'il faut qu'elle s'en aille et qu'elle prenne du recul. On lui procure des vêtements civils et on la conduit très loin de là.  Au terme d'un long voyage d'un millier de kilomètres parcourus en une seule étape, Alexandra et Fausta la déposent chez le même couple par qui elle était venue les rejoindre. Le lendemain,  ces gens emmènent Valérie chez les pères souriceaux, en Belgique. Valérie se sent coupable, punie, comme en prison. Elle téléphone à Fausta pour lui demander pardon, mais celle-ci lui répond qu'elle doit d'abord expier sa faute.

 

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Le lendemain, le supérieur des souriceaux lui fait comprendre qu'il ne peut l'héberger que quelques jours et lui conseille de contacter ses parents qu'elle n'a plus vus depuis très longtemps. Ils viennent aussitôt la rechercher. Lorsqu'elle ouvre sa valise, elle voit que Fausta a mis dedans son habit religieux. La "supérieure" la recontacte pour le récupérer, l'assurant qu'elle n'est pas digne de le porter.

 

C'est une femme bouleversée, épuisée et complètement anéantie qui revient dans sa famille. Le père de Valérie entame des démarches pour récupérer la dot de sa fille. Elle lui est versée par petites mensualités et Fausta a soin de déduire les frais d'opticien et de dentiste ; c'est que les fausses nonnes n'ont pas de couverture sociale. Six mois plus tard, Fausta tente de faire revenir Valérie. Elle lui téléphone pour lui dire que le recul a été suffisant, qu'elle peut rentrer. Mais cette fois, cette femme proche de la quarantaine a définitivement tiré la leçon de ses aventures monastiques : elle n'a pas de vocation et, qui plus est, Fausta l'a manipulée. Elle a pris un nouveau départ dans la vie, elle suit des formations et s'est inscrite à un cours de secrétariat . Elle envoie rondement promener l'impudente. Valérie, elle aussi, finira à la longue par abandonner le catholicisme.  

 

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La jeune novice, restée à Rommelgem, continue à dépérir.  Elle va de plus en plus mal et ne reçoit pas les soins que sa santé nécessite. De plus, le doute s'installe sur l'opportunité de sa présence chez ces "soeurs". Ses parents s’inquiètent car le rythme des visites que Fausta leur impose, les coupe de leur fille. Lors de l'une de ces trop rares rencontres, ils parviennent à la persuader de s'en aller, ce qu'elle fait. Elle doit tout aussitôt être hospitalisée, car sa santé a été gravement négligée. Cela n'empêchera pas Fausta d'accepter d'autres candidates. Quelques années plus tard, sœur Alexandra meurt d'une grave maladie. 

 

Lorsqu'elle était prieure à Saint-Hilaire, Fausta recevait parfois la visite d'un fermier des environs qui emmenaient sa fille de huit ans avec lui, Hermine. Comme beaucoup de petites filles de son âge dans un tel environnement, Hermine déclare qu'elle aussi se fera nonne. La petite passe quelques jours à l'hôtellerie du couvent aux environs de sa communion solennelle. Soeur Pauline l'engage comme aide-sacristine et lui décerne ensuit une joli diplôme, pour la forme. Mais Hermine grandit et son attrait d'enfant ne se mue pas pour autant en vocation. Le temps passe, elle se marie et elle devient mère à son tour. Voici qu'elle passe, bien des années plus tard, dans la région où se sont installées les fugitives. Elle leur rend visite, enceinte jusqu'aux yeux, en emmenant son mari et la petite dernière. Fausta la reçoit très mal.  A la fin de la visite, elle pousse l'impudence jusqu'à reprocher au mari d'avoir dévoyé Hermine de la voie que Dieu lui destinait. Aux yeux de Fausta, n'importe quelle envie de couvent, même celle d'un mioche est une vocation et le mariage, bien qu'il soit un sacrement, est une mauvaise chose.

 

 

Mgr Deschuur décède et Mgr Buizerd lui succède. Ce qui se passe à Rommelgem, est revenu à ses oreilles. Il n'est pas enclin à autant d'indulgence que son prédécesseur. Il reste prudent, prend ses renseignements et reçoit des avis défavorables concernant la communauté. Pas question pour lui de permettre à cet étrange couvent de se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Mais la situation brumeuse dans laquelle se trouve la communauté ne rebute pas certaines jeunes femmes qui y entrent malgré tout.

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Si les pseudo-nonnes ne sont plus en odeur de sainteté dans le diocèse, elles n'en gardent pas moins des appuis dans les milieux conservateurs. Ainsi, l'abbé Onnozelaar est un des fervents partisans du couvent. Il le fréquente assidument et, avec l'aide des Mordicus Dei qui ont pris la communauté sur leur aile, il cherche un autre statut pour les pseudo-religieuses. Il n'est pas le seul. Si le couvent recrute, c'est aussi grâce à l'abbé Résina, un prêtre à la piété passéiste, très actif dans la pastorale des jeunes. Mgr Onnozelaar est bien vu en haut lieu. Il finit par devenir évêque dans un autre diocèse. Peu après, les couventines quittent Romelgem.

 

Le nouvel évêque de Nergens l'accueille à bras ouvert à Stillenburg, un petit village au milieu de nulle part. Il s'arrange pour leur donner un nouveau statut. Avec l'appui de ses relations romaines, il parvient à faire rentrer la petite communauté dans la congrégation des Stanislawa. Si le charme de Fausta a joué jusqu'ici, l'épisode du déménagement va écorner son image. Les bénévoles qui s'échinent à l'aider gracieusement sont traités avec peu d'égard, à un point tel que la sainte nonne tombe de son piédestal. Le couple si proche de Fausta et qui avait joué les chauffeurs pour amener et reconduire Valérie va devoir lui aussi déchanter. Lorsque le mari décède de maladie, la supérieure ne veut plus rien savoir de la veuve et la rejette "comme une vieille chaussette" pour reprendre l'expression de l'intéressée. Quoi d'étonnant ? Un même missionnaire à la retraite, à Saint Hilaire, était déclaré saint ou parasite selon que la supérieure avait ou non besoin d'un prêtre pour dire la messe en l'absence du chapelain.

 

 

 

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Comme toujours, Fausta se projette dans les bâtiments. L'ancienne ferme et ses dépendances qu'on leur a concédés vont subir de telles transformations que les gens du village en sont choqués. Il ne s'agit plus seulement d'aménager un corps de logis pour en faire un couvent. La bâtisse prend des allures cossues qui s'accordent mal avec le vœu de pauvreté. D'ailleurs Fausta ne se prive de commenter les dots qu'apportent les candidates devant le maïeur qui en est estomaqué. Les dons que font les familles des jeunes filles au couvent semblent lui importer davantage que les dons naturels des postulantes.

 

C'est ainsi que les faits m'ont été rapportés et c'est ici que s'achève cette chronique, du moins pour le moment. Là où elle se trouve, Fausta continue à exercer son charme et son emprise sur son entourage proche ou moins proche. Certes, elle prend de l'âge, mais elle ne semble pas encline à céder son poste à une autre nonne. Elle continue son mode de vie, chapeautée et entourée d'un univers conservateur, propre à ce coin reculé d'Europe continentale. Dans un tel étouffoir, il sera plus difficile aux jeunes sœurs en proie au doute de quitter leur communauté. Quant aux autorités ecclésiastiques locales, elles sembleraient plus soucieuses de sauvegarder les apparences que d'exercer une saine surveillance objective. Une communauté religieuse fervente qui recrute de nombreuses candidates est une excellente façade pour le traditionalisme en vogue dans la région.

 

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