16/06/2014

Chronique de dérives en cascade. Appendice.

La chronique des dérives engendrées par une personne que j'ai nommée Jeanne De Dwaas, alias Soeur Fausta, a été principalement, mais pas exclusivement, constituée par les témoignages de trois anciennes nonnes de Saint-Hilaire : Marie-Noëlle, Martine et Valérie.

 

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Aujourd'hui, ces femmes sont âgées d'une petite cinquantaine d'années, elles ont mûri et fait leur chemin dans la vie. Elles ont pris du recul par rapport à tous ces événements. Il leur arrive de se retrouver et de parler de cette époque malheureuse de leur vie. Une anecdote en amène une autre, et au fil des rencontres, les récits s'étoffent. Il y aurait de quoi écrire un livre, disent-elles en riant.

 

Que sont-elles devenues, une fois que Saint Hilaire a fermé ? Marie-Noëlle a quitté le monastère de Saint-Hilaire avant sa fermeture. Elle ne supportait plus de rester dans un environnement où elle avait tant souffert. Elle a demandé à se retirer dans le monastère de la présidente de l'association des orésiennes. Au début, il lui semble être au paradis. Elle découvre une vie régulière bien huilée, des sœurs attentionnées, même si elle leur reconnaît quelques petits côtés. Au bout du moment, elle doit bien déciller. La prieure très attentive à elle, a un côté un peu trop maternant, trop protecteur. Elle prend ses distances pour ne pas se laisser happer par une énième mère de substitution.

 

 

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Elle séjourne deux ans dans ce monastère puis elle se découvre une vocation d'ermite. L'ordre de Saint Orès ne permet pas cette forme de vie, la jeune femme doit donc sortir définitivement du couvent pour l'accomplir, ce qu'elle fait. Elle se retire dans un studio qui appartient à des connaissances et fait de menus travaux pour vivre. Son accompagnateur spirituel l'engage à se former davantage. Elle va donc suivre des cours de théologie dans un institut de formation religieuse.

 

Mais de semaine en semaine, elle change complètement d'allure et retrouve sa féminité. Elle soigne ses vêtements, son apparence et sa "vocation" d'ermite fond comme neige au soleil. Désormais, ce ne sont plus des cours de théologie qu'elle va suivre, mais une formation qui lui donnera des compétences professionnelles. Elle ne tarde pas à trouver un emploi digne de ce nom et ... un fiancé. Les aléas et les épreuves de la vie l'éloignent progressivement de la foi chrétienne.

 

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Mariée, divorcée et remariée, elle professe aujourd'hui des opinions philosophiques bien différentes de l'époque où elle était confite en dévotion. Elle a foi dans la vie et s'initie aux médecines parallèles, aux philosophies orientales. Comment explique-t-elle sa vocation d'alors ? Une manière honorable de fuir une famille, très bigote, à l'époque, n'ayons pas peur des mots, une manière d'échapper à l'emprise maternelle ... même si ce fut pour retomber sous une autre.

 

Après la première vague de dispersion des aînées, Saint Hilaire n'a plus de monastère que la façade. Une sœur de Sainte Barbe vient en renfort pour le déménagement des derniers meubles. Martine donne un coup de main à ce grand vide-grenier mais elle ne vivra pas la toute fin de Saint-Hilaire. Mère Louise tient à ce que toutes sœurs passent la fête de Saint-Orès dans un monastère digne de ce nom. Martine ira donc rejoindre, au cours de l'été un petit couvent où elle est très bien accueillie. Cependant, elle est à ce point démolie psychologiquement et près du surmenage, qu'elle ne parvient pas à s'adapter à la communauté. Elle prend donc un long congé pour raison de santé au cours duquel elle suit une thérapie. Au cours de celle-ci, elle prend conscience qu'elle souffre d'un syndrome d'abandon dû à un traumatisme dans la petite enfance. C'est par ce biais qu'elle s'est laissée manipulée. On ne l'y reprendra plus.

 

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Elle tient tout de même à faire l'expérience d'une véritable vie monastique et rejoint un autre couvent, dans les Flandres cette fois. Elle y restera une dizaine d'années. Martine vit alors dans un monastère qui fonctionne normalement, où la supérieure joue son rôle d'animation religieuse et ne se pose pas en gourou omniscient. C'est là qu'elle collectera des renseignements complémentaires sur le passé de Fausta, notamment par le biais de soeur Merici, devenue présidente des orésiennes flamandes. Le monastère où elle se trouve a également reçu Ria, dix ans auparavant, quand celle-ci est partie de Saint-Hilaire. Les sœurs ont gardé le souvenir de certaines anecdotes que cette ancienne novice leur a contées (Ria n'a pas persévéré pour raisons de santé) Il arrive aussi que certaines personnes qui s'interrogent sur la situation de Rommelgem la consultent pour lui demander ce qui s'est passé à Saint Hilaire.

 

Pourtant, au fil du temps, les convictions de Martine se détricotent, et elle réalise qu'elle n'a plus foi dans certains dogmes. Elle finit par quitter ses consœurs qui l'apprécient et qu'elle apprécie pour se diriger vers une autre confession chrétienne. Grâce à sa formation antérieure et à sa connaissance du néerlandais, elle retrouve rapidement du travail et recommence une nouvelle vie. Comment explique-t-elle aujourd'hui sa vocation ? Une conviction sacrée et intangible qu'elle identifie comme une manifestation du concept de l'animus de la psychanlyse junguienne (manifestation de la part masculine d'une femme dans son subconscient). C'était aussi pour elle une manière d'entrer en rébellion, à l'adolescence, d'une manière "bien sage" avec sa famille peu chrétienne.

 

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Nous avons déjà évoqué le parcours de Valérie. Lorsqu'elle reparle de cette époque, c'est pour évoquer la souffrance psychologique qui était la sienne et le bonheur qu'elle éprouve de s'en être sortie sans séquelles. Cette souffrance elle l'a traînée d'un monastère à l'autre. La fin de Saint-Hilaire était la fin de ses rêves. Elle ne comprenait pas ce qu'on lui voulait, elle ne pouvait se résoudre à admettre que la vie religieuse n'était pas pour elle. Elle devait à tout prix se raccrocher à quelque chose.

 

Elle a, aujourd'hui, une grande reconnaissance, envers les religieuses qu'elle a croisées sur son chemin et qui lui ont consacré un temps considérable pour l'aider à s'en sortir, notamment Mère Louise. Elle réalise que le premier monastère où elle était entrée avait opéré un véritable discernement : elle n'étais pas faite pour cette vie, elle n'avait aucune envie de faire les renoncements qu'elle impliquait, beaucoup de pratiques monastiques lui coûtaient. Il lui est arrivé de se parfumer, en trempant son doigt dans des essences de fleur à la sacristie, de tricher avec le jeûne, et ce genre de choses.

 

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Pourtant, Fausta voulait absolument la persuader qu'elle avait la vocation alors qu'il n'en était rien. Lorsque Valérie s'est retrouvée dans le petit couvent minuscule peuplé de quelques sœurs très âgées, on lui avait confié d'énormes responsabilités. L'arrivée d'une sœur dépêchée par l'association pour épauler la communauté l'a prise à rebrousse-poil, elle regarde la nouvelle venue qui veut prendre les choses en main, comme une rivale. Les deux nonnes entrent dans une compétition musclée. Valérie dit d'elle-même qu'elle était devenue une petite Fausta. Sa souffrance la rendait très agressive à un point que ceux qui la connaissent n'arrive pas à s'imaginer. La supérieure très âgée en fut au point de s'enfermer à clé dans sa cellule. Valérie dut s'en aller.

 

Son dernier séjour à Rommelgem fut un enfer. Tout l'agaçait dans ce monastère : son état de chantier, l'habit qu'elle devait porter, les manières de certaines soeurs ... Elle avait développé de grands ressentiments contre Sœur Pauline et l'autre novice "qui pourtant ne m'avait rien fait", avoue-t-elle.  Alors pourquoi tenait-elle tant à se cloîtrer ? Elle fuyait son milieu familial, dit-elle aujourd'hui. Son père lui avait imposé des études et un métier qu'elle n'aimait pas. Elle avait trouvé refuge dans la pratique de la religion, une pratique un peu exaltée. Son attachement à Fausta était morbide. L'ancienne supérieure se plaisait à la culpabiliser et la tenait par ce genre de chantage affectif.

 

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Si Valérie a retrouvé le giron familial qu'elle avait fui treize ans plus tôt, elle a pourtant repris sa vie en main de manière dynamique. Nouvelle formation, nouveau diplôme, nouveau métier, nouvel emploi ... et puis nouvelle voiture  Elle rit aujourd'hui de ses manières et de ses vues très raides, comme de sa manière de s'habiller au sortir du couvent ; ces traits se sont eux aussi effilochés au fil du temps. Peu à peu, elle s'est éloignée de la pratique religieuse. Elle retrouve Dieu ou le transcendant, dans la nature où elle se plait à faire de longues randonnées.

 

 Crédits photos : Culturepub, photos personnelles, Photolibre.fr

 

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