01/05/2015

L'église au milieu du village

Cette note sera un billet d'humeur.

Au hasard de la navigation sur la toile, on peut lire de la part de certains internautes, qui se posent pourtant en admirateurs de la vie religieuse, des assertions aberrantes, des approximations ou des attitudes pas très catholiques.

 

Soeur Barbie à l'office2.jpg

 

Pour commencer par celles-ci, je vais citer la page Facebook Crazy4nuns qui n'a aucun scrupule de taguer les photos qu'elle affiche sur son mur au nom de cette page alors que celles-ci sont extraites d'un ouvrage consacré aux vêtements religieux à savoir 't Zijn al geen heiligen die grote paternosters dragen. Le prêtre belge néerlandophone qui a publié cet ouvrage en 2002 y a publié des photos des costumes des différentes congrégations présentes en Belgique au XIXe et au XXe siècle. Au nom de quoi peut-on s'approprier son travail ?

 

Sur cette page, j'ai pu voir une personne s'indigner du fait que les carmélites ne vivaient plus dans les mêmes bâtiments que la petite Thérèse. En effet, la communauté lexovienne a fait bâtir une annexe toute neuve à côté des premières constructions. En lisant quelques publications consacrée à Thérèse Martin, j'ai appris que le carmel de Lisieux avait connu, dès le début, des problèmes de salubrité et d'humidité. La vocation des carmélites ne consiste pas à vivre dans un musée, ni à mourir de tuberculose. En effet, le bacille de Koch a fauché d'autres sœurs après Thérèse.

 

Une autre personne relève, de façon accusatrice, qu'elle a vu des carmélites hors de clôture. Gageons que cette personne n'a jamais lu Verbi Sponsa et n'a aucune idée de ce dont parle ce document. Si cela était le cas, elle saurait qu'il y a des circonstances où une moniale peut légitimement quitter la clôture.

 

therese_WEB.jpg

Passons maintenant aux blogs qui parlent de vie religieuse de manière péremptoire mais ne laisse pas aux lecteurs l'occasion de poster un commentaire. L'un d'eux s'est intitulé "sœurs de clôture" ce qui ne veut absolument rien dire dans le langage ecclésiastique. Le terme propre est moniale. L’Église catholique romaine n'emploie pas le terme "sœur" pour désigner les religieuses en général, elle emploie le terme "religieuse" tout simplement. Ce site fait beaucoup de publicité à un nombre restreint de familles religieuses. La plateforme à un frère jumeau "vocation-religieuse" qui reproduit les mêmes articles mais ne se limite plus à quelques contemplatives soumises à la clôture papale. Le premier blog met en avant l'habit à l'ancienne, la grille, l'office en latin, le chapitre des coulpes et le rit tridentin. Il confond allègrement ordre et congrégation, un indice assez fiable de profonde méconnaissance de la vie religieuse.

 

Il est assez cocasse qu'en guise de témoignage de la ferveur d'une de ces familles religieuses on y montre deux photos. En fait, l'un est un tableau et le second montre une scène qui aurait tout aussi bien être jouée par des comédiennes en costume. Une photo ne pourra jamais témoigner de la ferveur d'une communauté et la ferveur d'une communauté ne peut être jaugée par les habits qu'elle porte ni à d'autres signes extérieurs. L'institut en question se trouve également portée aux nues sur un forum sédévacantiste, ce qui lui fait une publicité malheureuse, il faut bien le reconnaître.

Chanoinesse de St Victor.jpg

Pour terminer, il y a un blog qui s'est constitué pour défendre la congrégation dont j'ai parlé dans le précédent billet : les petites sœurs de Bethléem. Alors que le site dénonçant les dérives sectaires offre la possibilité à l'internaute de laisser un commentaire qui n'ira pas forcément dans le sens de son propos, le blog qui veut lui répondre ne le permet pas. Un petit éventail de témoignages et quelques documents de la part des supérieurs de cette congrégation veulent répondre aux accusations posées contre elle. Or, ce faisant, ce comité se tire une balle dans le pied.

 

Dans sa réponse, la supérieure générale justifie des prises de position qui vont à l'encontre du code de droit canonique. La congrégation admet ne pas respecter les délais imposés par son Église en ce qui concerne le noviciat. Alors que le code de droit canonique demande à ce que le noviciat ne dure pas plus de deux ans, voire deux ans et demi sous certaines conditions très strictes, il n'est pas rare que cette période se prolonge de plusieurs années au-delà de ce terme dans cet institut. Ensuite, s'appuyant sur la tradition bénédictine, elle justifie des pratiques d'immiscion dans le for interne de ses membres.  Quelles que soient les bonnes raisons invoquées, aucune ne peut justifier qu'un institut s'autorise à contrevenir aux lois ecclésiastiques. Les ordres multiséculaires se réclamant de la règle de Saint Benoît respectent ces lois, au nom de quoi cet institut qui n'a pas un siècle d'existence se permet-il de les enfreindre ?

Barbie rentre au couvent et prie le chap b tag.jpg

Enfin tout aussi inquiétant, des parents témoignent que leur fille a interrompu ses études pour entrer dans cet institut pour y rejoindre sa tante. Si l'on peut comprendre qu'un enthousiasme juvénile puisse mener une candidate à un acte aussi inconsidéré, on ne peut pas trouver la même excuse à des supérieurs religieux. Le bon sens et une saine prudence auraient dû, comme cela passe dans beaucoup d'autres instituts des plus fervents et des plus sérieux, leur faire postposer l'entrée au monastère jusqu'à l’obtention du diplôme. En agissant de sorte, les responsables supposent, de manière implicite, que la jeune fille restera de toute façon au monastère alors que la période de probation est là pour exercer un sain discernement. De plus la formation entreprise aurait pu, si elle avait été menée à son terme, être des plus utiles à la communauté. Qu'arrivera-t-il à cette jeune fille si elle ne persévère pas dans cette voie ? Il lui sera fort difficile de reprendre ses études là où elle les avait interrompues.

 

 

Crédit photos : montage personnels ; Thérèse, Alain Cavalier ; Histoire des ordres monastiques, Helyot

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