23/12/2013

Contemplatives de St Jean, pour faire la part des choses

Plusieurs articles sur la toile ont fait, il y a peu, état de dissensions dans un institut assez récent : les soeurs contemplatives de St Jean. Au cours des années septante, un petit groupe d'étudiants se regroupent autour d'un dominicain, le père Marie-Dominique Philippe, pour lui demander d'être leur accompagnateur spirituel et de les former à la vie religieuse. Plutôt que de les orienter vers des formes de vie religieuses déjà existantes, parce que les premiers concernés ne s'y sentent pas appelés, le dominicain se trouve amené, un peu malgré lui, dit-il, à fonder une nouvelle congrégation, la communauté St Jean.

 

A l'heure de l'aggiornamento, la congrégation se distingue par son retour aux "vieilles recettes" : port de l'habit, candidats très jeunes, sermons sur l'enfer, etc. Cela fait parfois froncer les sourcils des vieux de la vieille, d'autres ordres et congrégations. Certains scandales vont par la suite, secouer cette nouvelle famille religieuse, mais je ne vais pas m'y attarder.

 

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Au début des années quatre-vingts, on voit surgir une branche féminine apostolique, qui adopte également  un habit d'un autre âge, puis c'est au tour d'une branche contemplative féminine de voir le jour. Chez les sœurs également, des rumeurs de dysfonctionnements voient le jour et finissent par trouver un écho dans la presse et les mouvements anti-sectes. On parle de négligence en ce qui concerne les santés des sœurs, d'un attachement trop grand au fondateur ou aux fondatrices et de manipulation des consciences.

 

Le fait est que le vieux dominicain, qui est resté dans son ordre, a du mal à passer le relais. Il faudra que Rome intervienne pour que le nonagénaire laisse le gouvernement de la congrégation au premier prieur général élu. Pour en revenir aux sœurs contemplatives, les choses prennent de telles proportions que l'autorité ecclésiastique décide d'intervenir. 

 

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Je cite ici wikipedia :

 

"Sœur Alix, fondatrice et prieure générale depuis 1982, est limogée en juin 2009 par décret du cardinal Philippe Barbarin pris en accord avec le Vatican et remplacée par une autre sœur. Cette décision choque alors de nombreuses sœurs, mais aussi des frères de la communauté estimant que sœur Alix était une supérieure hors pair. La nouvelle prieure générale, sœur Johanna, rencontre alors de grandes difficultés à faire accepter sa nomination. En novembre 2009, le Vatican nomme un premier commissaire pontifical auprès de l'Institut des sœurs contemplatives de Saint-Jean, Monseigneur  Bonfils, lequel démissionne, ne sachant pas comment résoudre ce conflit. Le 11 mars 2011, la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée le remplace par Monseigneur  Brincard, évêque du Puy, lequel est nommé assistant religieux pour les frères de Saint-Jean et les sœurs apostoliques de Saint-Jean et commissaire pontifical pour l'Institut des sœurs contemplatives de Saint-Jean.


 

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Benoît XVI renforce encore l’autorité de Monseigneur Brincard auprès des sœurs contemplatives de Saint-Jean en le faisant nommer le 25 février 2012 par décret de son secrétaire d’État, Monseigneur Bertone, comme son « délégué pontifical », c'est-à-dire qu'il est chargé de gouverner l'Institut des sœurs contemplatives en son nom.

Après une première tentative en 2010 au Mexique, une centaine de novices et de professes simples fondent une nouvelle association publique de fidèles, dénommée « Sœurs de Saint-Jean et Saint-Dominique », le 29 juin 2012 à Cordoue. Des professes perpétuelles, qui voulaient faire de même, mais qui étaient liées par leurs vœux, n’ont pas eu l’autorisation d’aller fonder ailleurs. Le cardinal Bertone dissout cette association « dissidente » par rescrit le 10 janvier 2013. Les recours présentés par des sœurs contre les décisions de Monseigneur Brincard en février 2012 sont également rejetés le même jour pour manque de fondement juridique."

Source

Le journal La Croix fait état d'une véritable désertion des effectifs. Vous verrez, sur la toile, des personnes prendre la défense de la fondatrice et d'autres justifier les mesure prises contre elle. Une chose doit être claire : personne ne sait ce qui se passe derrière les murs d'un couvent si ce n'est ceux qui y vivent. Côtoyer une communauté, aller y voir un membre de sa famille n'est pas une raison suffisante pour pouvoir démêler le vrai du faux. Là où une communauté connaît des dysfonctionnements, elle s'arrange très bien pour que ça ne rien laisser paraître et elle sait comment donner le change face aux personnes de l'extérieur.

 

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Mais les faits énoncés plus hauts parlent d'eux-mêmes. Quand une supérieure est déposée, cela peut arriver, son rôle est de rentrer dans le rang et d'épauler celle qu'on a nommée à sa place, en encourageant celles qui hésiteraient, à obéir à la nouvelle supérieure, même si elle pense que celle-ci n'est pas la bonne personne. Il en est de même pour les maîtresses des novices. On entre dans une famille religieuse pour suivre le Christ, pas un être humain et le supérieur hiérarchique sur terre, de n'importe quel nonne, c'est le pape. Le fait que les candidates aient identifié le charisme de leur institut à une personne, qu'une dissidence ait émergé au point de vouloir contourner artificiellement les décisions romaines signe tout simplement la réalité des dysfonctionnements.

 

Le journal La Croix nous informe qu'on a élargi la formation en l'ouvrant à d'autres enseignements que celui des fondateurs, quoi d'étonnant à cela ? Il en va ainsi partout ailleurs. Les bénédictins lisent autre chose que la règle de St Benoît, les cisterciens n'avalent pas que du Bernard de Clairvaux et les carmélites ne se limitent pas à Thérèse d'Avila. En quoi cela toucherait-il au charisme de l'institut ?

 

13/04/2013

Chronique de dérives en cascade — 7

Episode 1 , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6

 

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 

Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, soeur orésienne depuis près de vingt ans a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Une relation trouble la lie à l'une d'elle , Alexandra, à qui elle confie prématurément, pas mal de responsabilités. Des novices et une soeur conventuelle préfèrent quitter le monastère et les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques.Pourtant deux jeunes filles s'apprêtent innocemment à entrer dans ce couvent.

 

Marie-Noëlle commence son postulat à St Hilaire, un postulat qu'elle doit bientôt interrompre, car elle n'est pas majeure et sa mère, épuisée, la réclame à la maison. Martine continue à fréquenter régulièrement la communauté. Elle s'y rend pour passer quelques jours de récollection, à l'hôtellerie. Elle se lie d'amitié avec Marie-Noëlle, mais elle se pose également des questions sur la vocation de sa future consoeur. Marie-Noëlle lui semble si jeune, fantasque, peu mûre. Elle a l'impression qu'elle joue par moment à la future religieuse pour passer brusquement au moment d'après à une totale désinvolture.

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Mais Mère Fausta assure que Marie-Noëlle est mûre et réfléchie, alors Martine pense que le jugement de la supérieure prévaut sur le sien. Martine va persister longtemps, des années durant, dans cette attitude de nier les évidences, elle va refouler ce qu'elle pressent, hypnotisée par le charme de la supérieure. Pourtant d'autres incidents s'accumulent, sur lesquelles la jeune fille ne veut pas s'arrêter.  Elle annonce sa venue pour une visite, une semaine à l'avance.Mère Fausta postpose l'entrevue d'heure en heure et laisse la jeune fille à la chapelle sans la recevoir.

Quand Martine vient pour quelques jours de recueillement, Mère Fausta lui propose de loger dans un ermitage, parce qu'il y aura du monde à l'hôtellerie à cause d'un jubilé. Mais une fois sur place, la jeune fille se retrouve logée dans une mansarde sans eau courante. Par contre on la met à contribution pour aider aux cuisines et servir les invités. La supérieure lui réserve une place au choeur, avec les soeurs, ce qui la valorise, et surtout, ce qui donne une image de communauté pleine d'avenir aux visiteurs. Lors de la répétition pour la procession, Martine est frappée par le ton dur et le manque de patience de Mère Fausta envers les soeurs âgées.

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Marie-Noëlle commence pour de bon son cursus de formation. Et elle aussi finit par se frotter au caractère d'Alexandra. Soeur Pauline va bientôt prononcer ses voeux définitifs. Martine tient à être présente ce jour-là. Elle trouve normale de rendre service comme Mère Fausta trouve normal d'abuser de sa bonne volonté.

 

La veille, la journée commence fort tôt,  les jeunes soeurs travaillent à la boulangerie pour cuire le pain qui servira également le lendemain. Le travail s'interrompt le temps de la messe, mais quand elle revient à la boulangerie, sent que l'ambiance a changé. Elle entend des éclats de voix qui se taisent aussitôt qu'elle pousse la porte de l'atelier. Soeur Alexandra est murée dans un mutisme obstiné, Marie-Noëlle affiche une bonne humeur qui sonne faux et Mère Fausta marmonne des patenôtres  quand le four à pain fait des siennes. Le travail se poursuit dans une ambiance plombée ce qui le rend d'autant plus lourd.

 

Il est 15h00 quand on envoie Martine manger à l'hôtellerie. Elle a dû travailler le ventre vide jusque là. Malgré toute sa bonne volonté, elle s'étonne en elle-même qu'on puisse ainsi en disposer d'une candidate qui n'a même pas encore commencé sa formation. Mais elle a la générosité des débutants et elle ne veut pas s'y arrêter, même si elle se dit qu'une autre qu'elle-même pourrait mal le prendre.

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Une fois revenue pour ranger la boulangerie, Martine trouve un verre cassé à terre. Mère Fausta prétend qu'elle l'a brisé accidentellement. Martine fait diplomatiquement semblant de la croire. Elle sait très bien qu'il s'agit d'un coup de colère de Sr Alexandra. Elle prie avec la ferveur naïve de son âge pour la novice, car elle est fort choquée par les refus répétés qu'elle a opposés à Mère Fausta. Martine estime au plus haut point la vertu de l'obéissance, au point de penser que l'entêtement de Sr Alexandra pourrait lui valoir son renvoi. Elle se fait bien des illusions à ce sujet.

 

Enfin, après les vêpres, Mère Fausta finit par prendre Martine à part pour lui raconter que Sr Alexandra s'était disputée avec Marie-Noëlle mais qu'elles viennent de se réconcilier. Ce n'est pas une surprise pour la jeune fille qui l'avait bien deviné, mais qui trouve étrange cette manière de gérer ce genre d'incident : laisser une personne encore étrangère à la communauté macérer plusieurs heures dans une telle ambiance de conflit larvé.

 

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La journée est loin d'être finie. Il est bien difficile de dormir pour une novice la veille de sa profession, alors soeur  Pauline passera la nuit en prière, et les soeurs les plus jeunes l'accompagneront. Martine a assez de ferveur pour relever le défi et Mère Fausta assez de folie pour la laisser faire. La journée n'a sans doute pas été assez éprouvante. Martine tient le coup jusqu'à cinq heures du matin. Puis elle se retire pour prendre un peu de repos dans la cuisine de l'hôtellerie. Elle sommeille une heure la tête entre les bras, couchée sur la table. 

 

Martine se réveille pour les laudes et une longue journée. Il faut chanter lors de la messe, servir l'apéritif aux invités, aider à la vaisselle. Elle refoule le sentiment qu'on se sert d'elle. Elle veut se donner à Dieu et avec Dieu on ne compte pas.Marie-Noëlle prend l'habit quelques mois plus tard et Martine commence son postulat alors que Sr Alexandra va prononcer ses voeux perpétuels.

 ***

 

Mon récit est loin, très loin d'être terminé.

Mais avant d'en écrire le dernier épisode, je voudrais vous dire que les faits que je relate et qui se passent, dans cet épisode, au cours des années quatre-vingt, se perpétuent de nos jours, dans un autre lieu, autour de la même Mère Fausta.

 

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15,  épisode 16 ,appendice

16/03/2013

Chronique de dérives en cascades — 6

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 

Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l'appelerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Episode 1  épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5 : Sr Fausta, soeur orésienne depuis près de vingt ans, a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyé d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Une relation trouble la lie à l'une d'elle , Alexandra, à qui elle confie prématurément, pas mal de responsabilités. Des novices et une soeur conventuelle préfère quitter le monastère et les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques.

 

dérive sectaire

 

Nous sommes au milieu des années 80. Mère Fausta commence à se faire une réputation sulfureuse au sein de l'association des soeurs orésiennes de Belgique francophone. La vieille supérieure qu'elle avait remplacée est devenue sénile et malade. Elle est décédée au terme d'une longue hospitalisation. On reproche à Mère Fausta de ne pas avoir rendu visite à la vieille religieuse, de ne pas avoir mentionné sur le faire-part sa communauté d'origine. Malheureusement, l'association francophone ne pense pas à prendre ses renseignements en Flandres. Il faut dire que là, les monastères n'ont pas formé d'association semblable. La branche masculine y est encore vivante et elle fait office de lien, par le biais d'animation spirituelle, entre les monastères féminins. Quand Ria et Magda reviennent en Flandres, elles ne manquent pas de raconter ce qu'elles ont vécu à Saint-Hilaire, le favoritisme dont bénéficie Alexandra, ses crises de colère, les excès de travail, au détriment de la santé et surtout le caractère susceptible et versatile de Mère Fausta. 

 

 

Malgré les efforts du père Bavo, Mgr Lebouc a empêché la conclusion de la visite canonique d'arriver jusqu'à Rome, histoire d'étouffer le scandale. Il essaie de limiter les dégâts. Quand il apprend que Marie-Noëlle désire commencer un noviciat à Saint-Hilaire, il s'arrange pour la rencontrer et s'emploie à l'en décourager. La jeune fille ne comprend pas ses raisons. Elle a pour accompagnateur spirituel le père Melchior, supérieur d'une communauté proche de Saint-Hilaire, le prieuré Saint-Martin. Ce bon père est tombé sur le charme de Mère Fausta, il ne veut pas ajouter foi aux rumeurs qui circulent à son sujet dans les milieux religieux.

dérive sectaire

 

Martine, elle, se confie à une religieuse apostolique. Celle-ci a eu vent de l'affaire de la soeur épuisée qu'on a déposée à l'hôpital et qui s'est confiée à la maîtresse des novices de Sainte-Barbe, Mère Louise. Elle en touche un mot à Martine qui ne peut pas la croire. Mère Fausta ne lui a jamais parlé de cette novice, Martine pense à une rumeur sans fondement. C'est que cette soeur a quitté la communauté avant que Martine n'entre en contact avec elle. Quand la jeune fille se rend à Sainte-Barbe, dans le seul but de confirmer son choix pour Saint-Hilaire, elle recontre Mère Louise qui tente de lui expliquer que la vie à Saint-Hilaire n'est pas vraiment la vie orésienne. Martine pense que la maîtresse des novices veut l'attirer dans son couvent et se promet de ne plus remettre les pieds là-bas.

 

Entre temps, Mère Fausta a réussi à se faire réélire au poste de supérieure. C'est que les capitulantes, les soeurs avec droit de vote, n'ont pas vraiment le choix. Les jeunes soeurs sont encore au noviciat, et les plus âgées ne se sentent pas de taille. Et puis, malgré ses prétentions autoritaires enrobées de protestation de bonnes intentions, Mère Fausta dispose toujours de son capital séduction. Le charme, l'aura qu'elle dégage, fait qu'on finit par lui céder et à reconnaître des fautes qui n'ont jamais existé que dans la tête de la supérieure mégalomane et paranoiaque.

dérive sectaire

 

Même Mgr Lebouc ne peut qu'entériner cet état de fait. Il va même jusqu'à appuyer la demande de dispense, pour la succession de mandat. En effet, chez les orésiennes, on ne peut pas en accumuler plus de trois, de trois ans chacun.

 

Une des anciennes, Soeur Agnès, qui est fille unique, a dû prendre un long congé hors monastère pour assister ses vieux parents dans leurs derniers moments. A peine l'enterrement terminé, Mère Fausta la convoque et lui parle de la vente de la maison familiale. C'est qu'il lui faut des fonds pour financer la rénovation du couvent. Soeur Agnès découvre le manque de délicatesse et l'appât du gain de sa supérieure. Mais que peut faire la pauvre nonne, sinon rejoindre son couvent ? Tout son héritage sera englouti dans les travaux démesurés que va entreprendre sa supérieure.

 

Crédits photos : Don Camillo, monseigneur ; La vera storia della  monaca di Monza, capture d'écran.

 

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15,   épisode 16 ,appendice

03/03/2013

Chronique de dérives en cascades — 5

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 

Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l'appelerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Episode 1  épisode 2, épisode 3, épisode 4 : Sr Fausta, soeur orésienne depuis plus de quinze ans,  a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres.Après son renvoi d'un couvent en Terre Sainte, elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle se met en tête de faire revivre le couvent et accueille ses premières novices. Une relation trouble la lie  à l'une d'entre elle, une quadragénaire caractérielle, Alexandra.

 

Les choses fonctionnent désormais à l'envers, chez les soeurs de saint-Hilaire. La communauté est divisée de fait en deux groupes : les anciennes et le noviciat. Le noviciat lui-même est divisé : les deux premières novices et les plus jeunes.  Et parmi les deux premières novices, Alexandra a la préférence de Mère Fausta.

 

Celle-ci profite de l'arrivée des forces vives pour donner un nouvel élan au monastère. Elle relance l'atelier de couture qui végétait et en confie la responsabilité à Sr Pauline, encore au noviciat. Elle en ouvre de nouveaux : boulangerie, reliure, cierges, icônes... Cela fait pas mal de travail pour seulement quatre jeunes soeurs.  Soeur Alexandra devient responsable de la boulangerie, des icônes et de la reliure en plus de l'économat et de l'infirmerie. Soeur Magda se voit confier la cuisine et les cierges, un atelier de moindre importance. Quant à Soeur Ria qui s'accroche trop souvent avec Soeur Alexandra, elle reste laissée pour compte et se sent défavorisée.

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De fréquentes disputes l'opposent à son aînée et, si la maîtresse des novices désaprouvre du bout des lèvres les colères de celle-ci, elle lui donne toujours raison sur le fond. Et pourtant Soeur Alexandra peut sortir à ce point de ses gonds qui lui est arrivé de lancer de l'eau bouillante sur soeur Ria. Les autres novices vivent aussi dans la crainte de ces violentes sautes d'humeur. Sr Magda essaie de ménager la chèvre et le chou, mais elle sent que les choses ne tournent pas rond et qu'on veut lui faire considérer comme normale une situation qui ne l'est pas.

 

Mère Fausta est une personne enjôleuse et susceptible qu'un rien peu faire changer d'humeur. Elle peut se montrer désinvolte et complice, un rien cabotine et l'instant d'après, pour une broutille, couvrir ses soeurs de reproches, se poser en victime, en objet d'incompréhension. Elle tient son monde par un subtil chantage affectif recouvert d'un vernis de spiritualité. 

 

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A l'ouverture des nombreux nouveaux ateliers s'ajoutent les travaux de réfection du couvent. Les bâtiments ont été mal entretenus durant quelques décennies et Mère Fausta veut remettre les choses en état. Après la chapelle, c'est autour du réfectoire. Et comme les caisses ne se remplissent pas assez vite, les jeunes forces sont mises à contribution. Au détriment de leur santé. On rogne sur le temps de prière, de formation, de sommeil. Il arrive que des travaux de peinture se terminent tard dans la nuit. Et cela régulièrement.  Les jeunes soeurs ont plus de travail à abattre que ne leur permet leur horaire.

 

Les rapports entre Sr Alexandra entre sa supérieure et maîtresse des novices sont loin d'être limpides. Les deux femmes passent leur temps à se disputer et à se raccommoder. Sr Alexandra doute-t-elle de sa vocation ? Toujours est-il que Soeur Magda l'entend passer, tard le soir, devant sa porte et rejoindre sa supérieure dans sa cellule pour tenir d'interminables conversations jusqu'aux petites heures de la nuit.

 

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Mère Fausta ne se contente pas de cumuler les fonctions de supérieure et de maîtresse des novices. Elle garde la main mise sur leur formation. Hors de question d'envoyer les jeunes religieuses suivre des sessions organisées par son ordre ou pour les contemplatives en général. Elle proclame bien haut que cela va à l'encontre de la clôture monastique. Pourtant cela ne l'empêche pas d'envoyer ces mêmes novices passer une semaine à l'hôtellerie d'un monastère de rite oriental pour suivre quelques conférences donnés par des moines dans lesquels elle a toute confiance. Elle a trouvé chez eux de quoi de rénover la liturgie bien pauvre de son couvent et les fastes de ces rites n'est pas pour déplaire à Soeur Alexandra. Cette mise à niveau par de la liturgie se déroule dans la même vague d'excès et de désordre. A côté de leur travail harassant, les jeunes soeurs vont aussi devoir se mettre à de longues séances de répétition.

 

Deux autres jeunes filles se présentent entre temps aux portes du monastère. Marie-Noëlle n'a pas encore vingt ans, elle est l'aînée d'une famille nombreuse très engagée dans le renouveau charismatique. Elle a quitté l'école à seize ans et n'exerce aucune profession. Elle cherche sa voie et visite plusieurs monastères afin de trouver ce qui pourrait lui convenir. On l'admet pour un court stage en clôture puis elle reprend ses pérégrinations. Martine est en cours aux études. Ses parents s'opposent à son projet de se faire nonne qu'elle nourrit depuis l'aube de son adolescence. Son père spirituel et les personnes qui l'accompagnent lui ont conseillé de décrocher un diplôme avant de s'engager dans la vie religieuse.

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Un énième différend qui oppose Soeur Ria à sa supérieure à propos de Sr Alexandra conduit Mère Fausta a prendre une solution expéditive : elle la renvoie sans même lui donner le temps de rassembler ses effets. L'ancienne novice se retrouve dehors, sans rien, dans une hôtellerie d'un autre monastère qui accepte de l'héberger. Quand Ria raconte au père Berthold ce qui se passe à l'intérieur des murs de St Hilaire, le religieux reste sans voix. Il vient lui même rechercher les affaires de sa protégée.

 

Les rumeurs de désordre parviennent jusqu'aux oreilles de l'évêché. Une soeur apostolique veut s'essayer à la vie contemplative. Elle commence un noviciat chez les soeurs de saint-Hilaire et en ressort épuisée, il faut l'hospitaliser. Une fois rétablie, elle fait un nouveau stage chez les soeurs orésiennes d'un autre couvent, à sainte-Barbe. Elle raconte ce qu'elle a vu et vécu au monastère de saint-Hilaire. La maîtresse des novices en est horrifiée.

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Soeur Angeline est l'une de celle qui a quitté son monastère d'origine pour aller "aider" à saint-Hilaire. Elle n'a pas un caractère facile et s'accommode mal de tous ces changements. Avec le temps et les nouvelles responsabilités qui lui incombent, la vraie nature de Mère Fausta a refait surface, à la fois mielleuse et tyrannique, imbue de l'importance que sa fonction lui confère. Les caractères se frottent et font des étincelles. L'ancienne se retire une semaine à l'hôtellerie d'un monastère d'un autre ordre. Là, on lui prête de quoi écrire et des timbres. Elle envoie une relation des choses à l'évêché.

 

C'est au tour de l'autre novice, soeur Magda, de s'en aller. L'échéance de sa première profession approche et elle ne sent pas à sa place à saint-Hilaire. Ce n'est pas seulement à cause de la démesure dans lequel vit le couvent. C'est aussi une affaire de spiritualité. Le mode de vie des soeurs orésiennes ne lui convient pas. Elle avait hésité entre cet ordre et celui des clorettines. Malgré les pressions et l'habile chantage affectif de la supérieure, elle fait ses paquets et s'en va.

 

Le prélat chargé des religieuses, Mgr Lebouc, intervient, mais mollement. Il transfère soeur Angeline à sainte-Barbe. il fait une visite canonique mais n'envoie pas son rapport à Rome. Il se contente de morigéner sévèrement Mère Fausta et de lui interdire d'accepter des novices, Il ne la dépose pas de ses fonctions et il ne réagit pas quand elle passe outre de son interdiction et qu'elle accepte, à nouveau, d'autres candidates à la vie religieuse. Mgr Lebouc veut éviter à tout prix de fermer un couvent. A tout prix. Et ce prix va être lourd en vies abimées.

 

Crédit photos: Cuture pub; photos personnelles.

 

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15,   épisode 16 ,appendice

15/02/2013

Chronique de dérives en cascades — 4

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l'appelerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, : Sr Fausta, soeur orésienne depuis quinze ans a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres.Apmrès son renvoi d'un couvent en Terre Sainte, elle échoue dans une communauté en mauvaise posture , prête à  fermer et en devient la supérieure après un an. A la suite d'une parole malheureuse de l'évêque du lieu, elle se met en tête d'accueillir des novices.

L'une ou l'autre candidate se présente mais ne reste pas : âge avancé, pas de santé. Mais un jour, une religieuse française s'annonce au parloir. Soeur Pauline est entrée à l'âge de dix-neuf ans dans la congrégation où elle a été pensionnaire durant sa scolarité. Elle enseigne dans un établissement des environs. Depuis quelques temps, elle ressent un manque dans sa vie spirituelle et aspire à une vie de prière plus profonde. Ses supérieures la découragent dans cette voie. Considèrent-elles celle-ci comme une fuite ? Pensent-elles que Sr Pauline pourrait trouver une réponse à ses aspirations en changeant simplement d'affectation au sein de leur institut ?

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Sr Pauline trouve une oreille attentive auprès de Mère Fausta. Et malgré l'avis contraire des supérieures de la religieuse française, elle décide de l'admettre au noviciat du monastère. Bien que Sr Pauline aborde la quarantaine, elle ne se montre pas moins très souple et d'un caractère prompt à s'adapter. Elle déborde de qualités chrétiennes : douce, serviable, patiente, prompte à reconnaître ses erreurs. Peut-être un peu trop d'ailleurs, car son esprit critique tend à fondre comme neige au soleil devant la forte personnalité de Mère Fausta.

 

Sr Pauline ne reste pas longtemps seule au noviciat. Une autre personne se présente peu de temps après elle, une femme de la même tranche d'elle avec un parcours professionnel d'infirmière derrière le dos : Alexandra. Celle-ci partage quelques points communs avec Fausta. Elles ont toutes les deux la même langue maternelle. En effet, si elle vit depuis plus de vingt ans en francophonie, Alexandra est flamande et vient, elle aussi, d'une famille nombreuse très traditionnelle. Elle a grandi dans une atmosphère rigoriste et a des opinions assez tranchées. Son caractère ne l'est pas moins. Elle peut se montrer d'une très grande générosité et d'une abnégation certaine, mais elle peut aussi entrer dans des colères monstres pour des futilités.

 

Bien qu'elle se soit aperçue de ce handicap de caractère fort gênant dans une vie en communauté, Fausta l'admet tout de même au noviciat, en gageant que la candidate pourra, à force d'effort, arrondir les angles de sa personnalité carrée.

 

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Fausta se sent proche de ses novices qui ne sont pas beaucoup plus jeunes qu'elle. Elle ne manque pas de les valoriser. Contrairement aux usages, à sa prise d'habit, Sr Pauline reçoit le voile noir des professes et non le blanc des novices. N'a-t-elle pas déjà fait profession dans sa congrégation ? argue Mère Fausta. Quant à Alexandra, elle lui confie dès son entrée des responsabilités importantes, elle devient l'infirmière de la communauté et reprend en mains l'économat alors qu'elle n'est que postulante. 

 

Deux autres candidates ne tardent pas à postuler, toutes les deux flamandes : Magada et Ria. Magda est une connaissance de Caroline. Ria a pour père spirituel un père orésien, le père Berthold qui se rend, de temps à autre dans la communauté.

 

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Ce début des années quatre-vingts marque un tournant pour les sœurs de St Hilaire. Élue supérieure pour un second mandat de trois ans, Mère Fausta profite de l'arrivée des novices pour resserrer la vis et rétablir ce qu'elle considère comme une vie religieuse régulière. Les sœurs qui, jusqu'alors vivotaient en attendant une fermeture qui tardaient à venir, se voient imposer un nouveau rythme, de nouvelles exigences. Des usages anciens qui étaient tombés dans l'oubli refont peu à peu surface.

 

La supérieure s'est arrogée le titre de maîtresse des novices, puisque, avance-t-elle, aucune des sœurs âgées n'est en mesure d'assumer cette tâche. Et, enfreignant les constitutions des sœurs orésiennes, elle omet de se faire seconder dans cette office par une des anciennes de la communauté.

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La réouverture du noviciat entraîne également une fissure dans la communauté, entre deux groupes : les âgées, les anciennes, celles qui sont là depuis des décennies et les jeunes, les nouvelles, qui deviennent peu à peu étrangères au vieil esprit de la communauté, à son histoire. Le soeurs orésiennes qui avaient échoué dans cette communauté mourante parce qu'on ne voulait plus d'elles ailleurs s’accommodent mal de tous ces changements. Leurs fort caractères se heurtent aux nouvelles prétentions de la supérieure, à son caractère enjôleur, séducteur et manipulateur.

 

La tourière laïque, Caroline, voit la personnalité de Mère Fausta, qu'elle croyait connaître, changer au contact d'Alexandra. Il faut dire que ces deux-là font la paire. Elles deviennent rapidement inséparables, même si Alexandra qui se sent phagocytée par sa supérieure tente en vain de rétablir les distances dans des crises de colère mémorable. Une relation d'un caractère trouble et complexe se nouent entre elles deux.

Crédits photos : Culture pub, The Black Narcisse, photo personnelle.

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