16/04/2014

Chronique de dérives en cascade épisode 16. Errances

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, sœur orésienne depuis trente ans a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Des religieuses quiitent le couvent et se plaignent. Pourtant le monastère continue à en accueillir des novices, parfois sans réelle vocation,  qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Elle se révèle âpre au gain, agrandit et embellit exagérément les bâtiments et impose une liturgie fastueuse. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse et susceptible et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. À l'intérieur du couvent, il n'y a qu'une loi, la sienne, et elle varie selon ses sautes d'humeur. Mais les choses changent. Un indult de Rome ne lui permet plus d'assumer un nouveau mandat de supérieure. Elle a beau lutter et comploter, il faut bien accepter que Rome, nomme supérieure sœur Pauline. Mère Fausta, jalouse de son pouvoir, la persuade qu'elle n'est pas à la hauteur et la pousse à démissionner après six mois.  Une visite canonique a lieu . Un an après la nomination de Mère Pauline, le couperet tombe : sœur Fausta doit partir. Elle emmène avec elle sœur Pauline et sœur Alexandra, qui pourtant a plusieurs fois douté de sa vocation mais avec qui elle entretient une relation trouble. Plutôt que de se soumettre à ce qu'on demande d'elles, les trois nonnes se font séculariser et emménagent dans un lieu de pèlerinage. Un peu plus tard, les nonnes de Saint-Hilaire décident de fermer leur couvent et de se disperser. 

Errances

 

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Au sanctuaire de Wittekerk, les trois ex-nonnes continuent à porter indument leur habit. Elles font la cuisine, dressent les tables et nettoient pour les pèlerins qu'accueillent les pères souriceaux.  Un couple qui fréquentaient assidument Saint-Hilaire les prévient que Sœur Valérie cherche à les rejoindre. En effet, la jeune femme ne peut se faire à l'idée qu'elle n'a pas la vocation. Elle veut à tout prix être sœur orésienne et, puisque le couvent de Sainte-Barbe ne veut pas l'admettre à la profession perpétuelle, elle veut rejoindre son "Jésus vivant". Sœur Pauline va donc la chercher avec un membre de sa famille, là où elle est, c'est à dire dans un lieu de retraite spirituelle.

 

Dès qu'elle débarque, on la revêt de l'habit religieux. Mais la jeune femme doit rapidement déchanter. Dans cet endroit, les trois ex-nonnes ne vivent pas la vie des orésiennes. Elles s'entassent dans les deux pièces, sans porte ni fenêtre qu'on leur a concédées. Leur rythme et leur style de vie n'a rien de contemplatif. Valérie se rend compte qu'elle ne peut pas vivre dans ses conditions et elle cherche à s'en aller. Mais "sœur" Fausta fait pression sur elle. Partir serait trahir Jésus, comme divorcer d'avec lui. La jeune femme est épuisée, les conditions d'hébergement sont épouvantables, elle vit tout cela comme dans un brouillard.

 

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Les fausses religieuses cherchent un endroit et des fonds pour faire construire un monastère. Eh oui ! Même si elles sont plus orésiennes, elles veulent fonder un monastère de leur ordre. Elles ont déjà acquis l'évêque du lieu, Mgr Deschuur, à leur cause. A lui aussi, elles ont raconté qu'elles ont été chassées de chez elle par leur évêque. L'abbé Legris a bien contacté ce monseigneur pour lui faire part de ses inquiétudes, le prélat n'en a cure. L'ex-nonne ne l'a-t-elle pas présentée comme un empêcheur de tourner en rond, un de ces prêtres séculiers qui n'y connaissent rien en matière de vie religieuse et se mêle de choses qui ne comprennent pas ?

 

Fausta envoie Valérie se reposer dans un hôtel avec les cassettes audio des conférences du père Edouard-Philibert Auguste, pour mieux l'endoctriner. Durant ce temps, le trio trouve un autre endroit d'hébergement à la maison mère des pères souriceaux. Une bienfaitrice leur prête un chalet à la campagne. Si l'endroit est idyllique, les fausses nonnes n'y passent guère de temps, elles y sont juste pour dormir. Le reste de la journée, elles le passent sur les routes, visitant bienfaiteurs et bâtiments, pour pouvoir mener leur projet de fondation à bien.

 

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Valérie en a assez d'être si souvent trimballée en voiture. Si Fausta veut la convaincre qu'elle doit se renoncer pour Jésus, Pauline et Alexandra sont plus lucides sur l'état de la jeune femme. Elles convainquent leur "supérieure" de la laisser s'en aller. Elle veut l'envoyer à la maison mère des sœurs souricettes, mais Valérie refuse.  La jeune femme atterrit dans une petite communauté bénédictine. Un père belge de passage la prend en pitié. Il a entendu parler de Saint-Hilaire et lui déconseille fortement de retourner auprès de Fausta. Elle veut devenir orésienne ? N'y aurait-il pas, au pays, un couvent qui veuille l'accueillir ? Oui, il y a une communauté de quelques sœurs fort âgées qui veulent bien d'un renfort. Valérie va les rejoindre.

 

Les démarches des trois errantes finissent par aboutir. Elles se trouvent de riches bienfaiteurs pour mener à bien leur projet et arrivent à émouvoir les pères de l'Abbaye Mordicus Dei sur leur sort. Elles se trouvent une maison dans un petit village, à Rommelgem, et se font bâtir un monastère grâce aux fonds récoltés. Les pères souriceaux viennent leur dire la messe. Mais dans cet endroit reculé du monde, les réformes du concile Vatican II sont mal passées. Les prêtres célèbrent l'eucharistie en tournant le dos au peuple, les fidèles reçoivent la communion sur la langue, à genoux. Quant aux moines du Mordicus Dei, ils ont obtenu la permission de dire la messe en latin, à la mode de grand-maman. Mais qu'importe pour Fausta si le soutien vient des conservateurs, tant qu'elle a ce qu'elle veut : de l'argent pour se construire un couvent, même si elle n'est plus religieuse.

 

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La maison accueille maintenant deux vieilles nonnes d'âge canonique, puis une première novice. La jeune fille est abusée par les apparences et pense qu'elle est dans un véritable couvent, alors que la communauté n'est pas encore une association de fidèles. De plus, elle a déjà été refusée ailleurs à cause de sa mauvaise santé. Entre temps, Valérie a refait des vœux temporaires dans le monastère où elle a échoué. Mais les quelques vieilles soeurs qu'il compte encore meurent les unes après les autres et le couvent doit fermer. Sœur Valérie n'a pas oublié Fausta ; elle la hante encore et, malgré tout ce qu'elle a déjà essuyé d'elle, après toutes ces expériences négatives, le charme qu'exerce l'ancienne supérieure joue encore, la trentenaire qui veut à tout prix se cloîtrer s'en va la rejoindre.

 

Si l'aliénation affective est réelle, le malaise de sœur Valérie n'en est pas moins grand. Elle est bien cette fois, dans un véritable couvent avec un mode de vie plus contemplatif. Cependant, elle se sent de plus en plus mal dans sa peau, mal à l'aise dans son habit. Elle repense à ce que lui a dit Mère Louise et se rend compte qu'il y a du vrai : cette Fausta a beaucoup trop d'influence sur elle, pourtant elle ne parvient pas à trancher. La novice entrée avant elle sombre dans la dépression. Sœur Valérie est sur les nerfs et pense sérieusement à s'en aller, pour de bon, cette fois. Mais chaque fois qu'elle aborde la question avec la "supérieure", celle-ci la convainc avec des arguments de son industrie : Jésus a permis que tu sois la seule de Saint-Hilaire à me rejoindre, partir serait le trahir, je me battrai pour ta vocation etc. Un jour qu'elle confie ses doutes au confesseur, un père souriceau, Fausta, trouvant suspect que cette confession se prolonge, fait sortir sœur Valérie et se plaît à la culpabiliser un maximum.

 

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Sœur Valérie est au terme de sa profession temporaire mais, canoniquement, elle ne peut pas faire de vœux perpétuels en tant qu'orésienne. Elle est dans une association de fidèles, pas dans un vrai monastère orésien. Un évêque venu de l'extérieur a été dépêché pour le rappeler à Mgr Deschuur. Une chance, en vérité, car tout lui pèse : l'état de perpétuel chantier des bâtiments qui prennent des proportions démesurée, le fait de voir la novice, pas à sa place, dépérir, les pressions que Fausta exerce sur elle. Son mal-être s'accentue au point de la rendre très agressive. Elle prend en grippe l'autre novice ainsi que Pauline qui prend à chaque fois la défense de Fausta dès qu'une discussion s'engage. Seule Alexandra semble la comprendre. Un jour qu'elle se dispute pour la énième fois avec Fausta, parce que celle-ci ne veut pas la lâcher, Pauline intervient, une fois de plus, comme un toutou défend son maître. Excédée, sœur Valérie la gifle, puis, réalisant ce qu'elle vient de faire, fond en larmes.

 

 

C'est pourtant ce geste qui va la sauver. Fausta lui déclare que ce qui vient de se passer est trop grave, qu'il faut qu'elle s'en aille et qu'elle prenne du recul. On lui procure des vêtements civils et on la conduit très loin de là.  Au terme d'un long voyage d'un millier de kilomètres parcourus en une seule étape, Alexandra et Fausta la déposent chez le même couple par qui elle était venue les rejoindre. Le lendemain,  ces gens emmènent Valérie chez les pères souriceaux, en Belgique. Valérie se sent coupable, punie, comme en prison. Elle téléphone à Fausta pour lui demander pardon, mais celle-ci lui répond qu'elle doit d'abord expier sa faute.

 

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Le lendemain, le supérieur des souriceaux lui fait comprendre qu'il ne peut l'héberger que quelques jours et lui conseille de contacter ses parents qu'elle n'a plus vus depuis très longtemps. Ils viennent aussitôt la rechercher. Lorsqu'elle ouvre sa valise, elle voit que Fausta a mis dedans son habit religieux. La "supérieure" la recontacte pour le récupérer, l'assurant qu'elle n'est pas digne de le porter.

 

C'est une femme bouleversée, épuisée et complètement anéantie qui revient dans sa famille. Le père de Valérie entame des démarches pour récupérer la dot de sa fille. Elle lui est versée par petites mensualités et Fausta a soin de déduire les frais d'opticien et de dentiste ; c'est que les fausses nonnes n'ont pas de couverture sociale. Six mois plus tard, Fausta tente de faire revenir Valérie. Elle lui téléphone pour lui dire que le recul a été suffisant, qu'elle peut rentrer. Mais cette fois, cette femme proche de la quarantaine a définitivement tiré la leçon de ses aventures monastiques : elle n'a pas de vocation et, qui plus est, Fausta l'a manipulée. Elle a pris un nouveau départ dans la vie, elle suit des formations et s'est inscrite à un cours de secrétariat . Elle envoie rondement promener l'impudente. Valérie, elle aussi, finira à la longue par abandonner le catholicisme.  

 

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La jeune novice, restée à Rommelgem, continue à dépérir.  Elle va de plus en plus mal et ne reçoit pas les soins que sa santé nécessite. De plus, le doute s'installe sur l'opportunité de sa présence chez ces "soeurs". Ses parents s’inquiètent car le rythme des visites que Fausta leur impose, les coupe de leur fille. Lors de l'une de ces trop rares rencontres, ils parviennent à la persuader de s'en aller, ce qu'elle fait. Elle doit tout aussitôt être hospitalisée, car sa santé a été gravement négligée. Cela n'empêchera pas Fausta d'accepter d'autres candidates. Quelques années plus tard, sœur Alexandra meurt d'une grave maladie. 

 

Lorsqu'elle était prieure à Saint-Hilaire, Fausta recevait parfois la visite d'un fermier des environs qui emmenaient sa fille de huit ans avec lui, Hermine. Comme beaucoup de petites filles de son âge dans un tel environnement, Hermine déclare qu'elle aussi se fera nonne. La petite passe quelques jours à l'hôtellerie du couvent aux environs de sa communion solennelle. Soeur Pauline l'engage comme aide-sacristine et lui décerne ensuit une joli diplôme, pour la forme. Mais Hermine grandit et son attrait d'enfant ne se mue pas pour autant en vocation. Le temps passe, elle se marie et elle devient mère à son tour. Voici qu'elle passe, bien des années plus tard, dans la région où se sont installées les fugitives. Elle leur rend visite, enceinte jusqu'aux yeux, en emmenant son mari et la petite dernière. Fausta la reçoit très mal.  A la fin de la visite, elle pousse l'impudence jusqu'à reprocher au mari d'avoir dévoyé Hermine de la voie que Dieu lui destinait. Aux yeux de Fausta, n'importe quelle envie de couvent, même celle d'un mioche est une vocation et le mariage, bien qu'il soit un sacrement, est une mauvaise chose.

 

 

Mgr Deschuur décède et Mgr Buizerd lui succède. Ce qui se passe à Rommelgem, est revenu à ses oreilles. Il n'est pas enclin à autant d'indulgence que son prédécesseur. Il reste prudent, prend ses renseignements et reçoit des avis défavorables concernant la communauté. Pas question pour lui de permettre à cet étrange couvent de se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Mais la situation brumeuse dans laquelle se trouve la communauté ne rebute pas certaines jeunes femmes qui y entrent malgré tout.

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Si les pseudo-nonnes ne sont plus en odeur de sainteté dans le diocèse, elles n'en gardent pas moins des appuis dans les milieux conservateurs. Ainsi, l'abbé Onnozelaar est un des fervents partisans du couvent. Il le fréquente assidument et, avec l'aide des Mordicus Dei qui ont pris la communauté sur leur aile, il cherche un autre statut pour les pseudo-religieuses. Il n'est pas le seul. Si le couvent recrute, c'est aussi grâce à l'abbé Résina, un prêtre à la piété passéiste, très actif dans la pastorale des jeunes. Mgr Onnozelaar est bien vu en haut lieu. Il finit par devenir évêque dans un autre diocèse. Peu après, les couventines quittent Romelgem.

 

Le nouvel évêque de Nergens l'accueille à bras ouvert à Stillenburg, un petit village au milieu de nulle part. Il s'arrange pour leur donner un nouveau statut. Avec l'appui de ses relations romaines, il parvient à faire rentrer la petite communauté dans la congrégation des Stanislawa. Si le charme de Fausta a joué jusqu'ici, l'épisode du déménagement va écorner son image. Les bénévoles qui s'échinent à l'aider gracieusement sont traités avec peu d'égard, à un point tel que la sainte nonne tombe de son piédestal. Le couple si proche de Fausta et qui avait joué les chauffeurs pour amener et reconduire Valérie va devoir lui aussi déchanter. Lorsque le mari décède de maladie, la supérieure ne veut plus rien savoir de la veuve et la rejette "comme une vieille chaussette" pour reprendre l'expression de l'intéressée. Quoi d'étonnant ? Un même missionnaire à la retraite, à Saint Hilaire, était déclaré saint ou parasite selon que la supérieure avait ou non besoin d'un prêtre pour dire la messe en l'absence du chapelain.

 

 

 

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Comme toujours, Fausta se projette dans les bâtiments. L'ancienne ferme et ses dépendances qu'on leur a concédés vont subir de telles transformations que les gens du village en sont choqués. Il ne s'agit plus seulement d'aménager un corps de logis pour en faire un couvent. La bâtisse prend des allures cossues qui s'accordent mal avec le vœu de pauvreté. D'ailleurs Fausta ne se prive de commenter les dots qu'apportent les candidates devant le maïeur qui en est estomaqué. Les dons que font les familles des jeunes filles au couvent semblent lui importer davantage que les dons naturels des postulantes.

 

C'est ainsi que les faits m'ont été rapportés et c'est ici que s'achève cette chronique, du moins pour le moment. Là où elle se trouve, Fausta continue à exercer son charme et son emprise sur son entourage proche ou moins proche. Certes, elle prend de l'âge, mais elle ne semble pas encline à céder son poste à une autre nonne. Elle continue son mode de vie, chapeautée et entourée d'un univers conservateur, propre à ce coin reculé d'Europe continentale. Dans un tel étouffoir, il sera plus difficile aux jeunes sœurs en proie au doute de quitter leur communauté. Quant aux autorités ecclésiastiques locales, elles sembleraient plus soucieuses de sauvegarder les apparences que d'exercer une saine surveillance objective. Une communauté religieuse fervente qui recrute de nombreuses candidates est une excellente façade pour le traditionalisme en vogue dans la région.

 

 Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15, épisode 16 ,appendice

24/03/2014

Chronique de dérives en cascade épisode 14. Sic transit gloria mundi

Episode 1  épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12   épisode 13

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, sœur orésienne depuis  vingt-cinq ans a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Quand des novices et une sœur conventuelle quittent le monastère, les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques. Pourtant le monastère continue à accueillir des candidates qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Âpre au gain, elle se lance dans des projets grandioses d'agrandissement et embellissements des bâtiments. Elle développe une liturgie splendide mais trop lourde pour le mode de vie du couvent. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse de ses jeunes candidates et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. Les personnes qui se présentent au noviciat sont accueillies avec complaisance et sans trop de discernement. C'est qu'à l'intérieur du couvent, il n'y a qu'une loi, la sienne et elle varie selon ses sautes d'humeur.  Si Mère Fausta prend sur certains points de vue la voie de l'ouverture post-conciliaire, elle se montre, sur certains points, attachées à des pratiques d'un autre âge.

 

Sic transit gloria mundi

Les constitutions des sœurs orésiennes prévoient qu'une supérieure soit élue pour trois ans, renouvelable une fois. Après deux mandats, elle doit céder sa place à une autre. Si elle est toutefois réélue une troisième fois, il lui faut une permission de Rome qui doit confirmer l'élection.  C'est ce qu'on appelle, en langage de canoniste, une postulation. La situation de St-Hilaire qui se relève de ses cendres, a justifié que cette postulation lui soit accordée pendant cinq mandat. Cependant, Mgr Lebouc, le prélat chargé des religieuses dans l'évêché a bien signifié à Mère Fausta que cette fois sera la dernière. Il lui incombe la tâche de former les jeunes sœurs capitulantes à prendre la relève. Mère Fausta a donc fait comprendre à la communauté qu'elle voulait dans son conseil sœur Alexandra et sœur Pauline. Celles-ci ont donc été élues conseillères.

Au début des années nonante, Mgr Lebouc prend sa retraite et quitte l'évêché. Il laisse la place à un prêtre encore jeune et dynamique, l'abbé Legris qui devient alors vicaire épiscopal, c'est à dire assistant de l'évêque. Sœur Marie-Noëlle et Sœur Martine viennent de faire profession solennelle, elles sont désormais membres du chapitre et ont droit de vote. Mère Fausta n'a pas cru bon de prévenir la communauté, au début du ce dernier mandat, que la postulation ne pourrait être renouvelée si elle devait être réélue. Elle en a tout de même touché un mot à celles qui viennent de quitter le noviciat. La date des élections approchant, elle recommande aux jeunes sœurs d'envisager qu'une autre puisse devenir supérieure à sa suite.

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Mais qui pourrait prendre sa place ? Sœur Alexandra ? Son comportement emporté, ses colères, ses manières et ses fugues l'écartent d'office. Sœur Pauline, alors ? C'est une excellente religieuse, gentille, serviable, humble, mais ... Mais il y a un mais, ou plutôt, on en invente un. C'est qu'elle est si peu sûr d'elle-même ... Et quand l'une de sœurs consultées aborde ce point, Mère Fausta enchaîne  : dans telle ou telle circonstance sœur Pauline a réagi ou comme cela, c'est bien la preuve qu'elle n'a pas les nerfs pour endosser ce rôle. Et chaque fois que sœur Pauline prend, aux yeux de Mère Fausta, la "mauvaise" décision, qu'elle a la "mauvaise" réaction, Mère Fausta commente, auprès des plus jeunes "Tu vois ça, si elle était supérieure ?

 

Mère Fausta avertit l'abbé Legris que les élections vont bientôt avoir lieu et qu'il y aura sans doute postulation. Le fait que la supérieure en titre anticipe le résultat des élections ne manque pas d'étonner le vicaire épiscopal. Il prend rendez-vous et se présente au couvent pour écouter une par une toutes les sœurs capitulantes. Le prêtre est étonné toutes les sœurs chanter d'un seul chœur les louanges de la supérieure. Tout est parfait, il n'y a pas de soucis, elle est la seule à même de tenir cet emploi. D'un seul chœur ou presque. Sœur Denise en a gros de voir sa supérieure manquer souvent à la charité fraternelle, c'est qu'elle se peut se montrer dure en parole. L'ancienne se risque à s'en plaindre un tout petit peu au visiteur, mais c'est bien la seule.

 

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Quand l'abbé Legris questionne les religieuses au sujet des autres candidates possibles, il perçoit le malaise de la communauté au sujet de sœur Alexandra et devine à travers les non-dits qu'elle pose problème. Vers la fin de l'après-midi, Mère Fausta avertit sœur Martine que sœur Marie-Noëlle est entrée au parloir et qu'elle est la suivante. La jeune nonne attend donc son tour dans le couloir où donne la porte du parloir. L'attente se prolonge. Mère Fausta passe par là une première fois, puis une seconde, elle s'étonne que sœur Marie-Noëlle ne soit pas encore sortie. A l'intérieur, Marie-Noëlle ronge son frein. Cet abbé Legris connaît sa famille et s'enquiert de ses nouvelles. Il prolonge les digressions et la jeune nonne se demande quand elle va bien pouvoir dire ce qu'elle a à dire. Quand elle peut enfin entamer le vrai sujet de conversation, on frappe à la porte, Mère Fausta entre. Elle fait remarquer sur un ton doucereux que d'autres sœurs attendent et qu'elle aimerait que monsieur l'abbé puisse aussi voir les novices.

 

Dehors, sœur Martine est estomaquée, elle trouve ce geste déplacé et elle craint qu'il donne une mauvaise impression de sa supérieure. Il est vrai que ce n'est pas la première fois qu'elle fait preuve de sans-gêne.  L'abbé Legris comprend que quelque chose d'anormal se passe dans ce couvent. Quand sœur Marie-Noëlle sort du parloir, Mère Fausta lui demande ce qu'elle a bien pu raconter. Lasse d'avoir sa supérieure constamment sur le dos, elle lui répond seulement : "Je prépare les élections". Les jours suivants, Mère Fausta la met sous pression et la harcèle, elle la soupçonne d'avoir médit d'elle et la suspicion devient rapidement contagieuse. Pour les jeunes nonnes du couvent sœur Marie-Noëlle s'est comporté comme Judas envers Mère Fausta.

 

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Une fois rentré à l'évêché, l'abbé Legris, débarque chez Mgr Jambois, l'évêque et lui déclare tout de go :" Il n'y a aucune liberté, là-bas". C'est un coup dur pour l'évêque qui avait une si haute opinion de Saint-Hilaire. Le vicaire, en consultant l'indult (= faveur du saint-siège, permission) de postulation, se rend compte que celle-ci a été accordée pour la dernière fois et qu'elle ne peut plus être renouvelée. Sur ces entrefaites, il reçoit un coup de téléphone de Mère Fausta, lui apprenant que sœur Alexandra a quitté le couvent. En effet, peu après sa visite, sœur Alexandra a décidé de s'en aller. Elle s'est retirée à l'hôtellerie d'une abbaye amie. Mère Fausta s'emberlificote et s'enfonce dans des explications douteuses : sœur Alexandra est déjà partie une fois. Ou deux ! Avec sa permission ... Oui, elle admet qu'il y a des problèmes avec cette sœur, son caractère, etc. Elle harcèle véritablement le prêtre en lui téléphonant sur son lieu de travail, à son domicile, tard le soir ... Et de conversation téléphonique en conversation téléphonique, elle charge de plus en plus sœur Alexandra, faisant d'elle un bouc émissaire, afin de se sauvegarder. Loin de la défendre, comme elle le faisait précédemment, elle relève dans ses conversations avec l'une ou l'autre jeune sœur que c'est à cause d'elle que Ria et Magda sont parties.

 

Si Mère Fausta n'avait pas révélé à la communauté, après les dernières élections qu'elle ne pourrait plus être réélue, c'était pour préserver la quiétude des sieurs âgées, prétend-elle. Mise au pied du mur, elle doit bien, à présent, convoquer les nonnes pour leur faire part de cette clause. Pourtant, elle assure que, si l'on vote encore pour elle, Rome accordera, encore une fois, la postulation.

 

L'abbé Legris rend visite à sœur Alexandra. Celle-ci se ferme comme une huitre et refuse de lui parler. Moins d'une semaine après avoir quitté Saint-Hilaire, la nonne change d'avis et revient. Le vicaire épiscopal propose qu'on lui fasse suivre une psychothérapie et entame son enquête. Il va interroger les responsables pour la vie religieuse dans le diocèse. Le chanoine Albin le met en contact avec Mère Louise, elle qui a reçu les confidences d'une ancienne novice, d'une ancienne stagiaire et d'une transfuge de Saint-Hilaire. Le clerc constitue un dossier assez solide mais postpose les élections, histoire que le temps fasse son œuvre et que les choses se tassent.

 

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Il revient cependant à Saint-Hilaire, accompagné du chanoine Albin, pour interroger une nouvelle fois les religieuses. Il veut savoir si la prieure a mis la communauté au courant de la clause du dernier indult et si le retour de sœur Alexandra s'est bien passé. Cette fois, il entend toutes les sœurs, même les novices.  Mère Fausta ne manque pas de prendre celles-ci à part pour les "préparer" à ce qu'elles devront dire. De fait sœur Valérie arrive devant lui tétanisée. "Parlez, ma sœur, vous ne risquez rien, dit le vicaire", mais la jeune nonne n'ose pas donner son opinion, elle se contente de lui dire qu'il n'y a rien à dire et que tout est parfait. Quand l'abbé Legris demande à sœur Marie-Noëlle si tout s'est bien passé après sa visite, elle non plus n'ose rien dire du harcèlement ni de la cabale dont elle a été victime ; elle lui ment et répond que les sœurs ont été très charitables envers elle. 

 

Les élections ont lieu. Sans surprise, Mère Fausta est réélue à la quasi majorité des voix. Quasi. Parce que Mère Fausta sait qu'on ne vote pas pour soi-même. Parce qu'une seconde voix, autre que la sienne, lui fait également défaut. Cela la rend malade ; elle se répand en jérémiades, en privé. "Il n'y a plus d'unité dans la communauté" pleurniche-t-elle. Sœur Marie-Noëlle a peur qu'on la soupçonne. De fait, elle fait profil bas et assure son entier soutien à Mère Fausta. Ne serait-ce pas la doyenne, sœur Marie-Gérard, quasi nonagénaire, qui se serait trompée dans ses papiers? suggère-t-elle Les nonnes ont en effet reçu des petits papiers avec le nom de toutes leurs consœurs, en plusieurs exemplaire, avant de se rendre au chapitre pour voter. Elles ont mis ces petits papiers avec le nom de celles pour qui elles voteraient dans une enveloppe. "Non, ce n'est pas sœur Marie-Gérard, assure Mère Fausta, j'ai contrôlé son enveloppe avant qu'elle n'entre au chapitre."

 

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L'abbé Legris envoie son rapport au saint-siège avec le résultat des élections. La tension qui règne dans la communauté est trop forte pour sœur Alexandra qui est déjà mal à l'aise dans sa vie religieuse depuis plusieurs années. Cette fois, elle emprunte la voiture de la communauté, file droit vers l'évêché et demande directement sa sécularisation. Plus question qu'on essaie, encore une fois, de la récupérer. Si Mère Fausta se lamente sur la sœur qu'on vient de perdre, elle ne manque pas de faire peser sur elle la responsabilité des tensions que traverse la communauté. Certes, elle est attachée à elle, mais quand il faut se protéger, autant charger une autre.

 

Après en avoir parlé avec le conseil, Mère Fausta suggère que la nonne opte plutôt vers l'exclaustration, c'est à dire un congé temporaire hors clôture qui la maintient dans son état de religieuse. Sœur Alexandra accepte et s'absente donc de la communauté pour un an. La nonne part pour la Terre Sainte où elle travaillera comme volontaire. L'indult d'exclaustration revient de Rome alors qu'elle a déjà quitté le pays. Le document étant en latin, l'abbé Legris le traduit puis l'envoie au couvent. Le document stipule que, si sœur Alexandra persévère dans sa vocation, elle ne pourra pas rentrer à Saint-Hilaire, elle devra choisir un autre couvent du même ordre.

 

Mère Fausta consulte le code de droit canonique à la bibliothèque et n'y lit aucun empêchement au retour d'un membre exclaustré. Les constitutions elles-mêmes assurent qu'une nonne peut revenir au monastère au terme de l'exclaustration. Elle accuse donc l'abbé Legris d'avoir falsifié la traduction plutôt que de s'incliner devant la clause de l'indult.  Et elle ne manque pas de poursuivre cette campagne de dénigrement auprès des plus jeunes nonnes.

 

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Les mois passent car l'administration romaine est lente à réagir. Claudine prend l'habit dans cette communauté pourtant agitée. Hélène a déjà fait un an de noviciat. Mère Fausta veut la proposer à la profession. Les raisons qu'elle donne ne sont ni claires, ni convaincantes : sœur Hélène n'est plus très jeune, elle semble prête à s'engager, etc. Les autres quadragénaires qui sont passées par là ont pourtant toutes fait deux ans de noviciat et non un seul. Pourquoi faire une exception? Mère Fausta prétend qu'il ne s'agit pas d'une exception puisque, selon le droit, un an de noviciat est suffisant. Elle arrive à convaincre le chapitre et sœur Hélène est admise à la profession temporaire. Elle émettra ses vœux au mois de septembre.

 

Au cours du mois de juillet, l'abbé Legris reçoit enfin la décision du saint-siège. Sœur Pauline est nommée supérieure et Mère Fausta première conseillère. Il convoque les deux nonnes pour leur faire part de la nouvelle. Mère Fausta ne veut rien entendre, elle proteste et tempête. Sœur Pauline refuse sa nomination. Devant une telle réaction, l'abbé Legris préfère ne pas insister, il veut leur laisser le temps de se faire à l'idée. Du coup Mère Fausta en déduit qu'il lui reste encore un espoir, un recours et elle le laisse entendre à la communauté. Mais un mois plus tard, le vicaire les convoque à nouveau : il n'y a pas à tergiverser, la décision romaine est là, il faut s'y plier.

 

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L'ancienne supérieure tempête, elle fait même une véritable crise d'hystérie dans le bureau de l'évêque. Elle pousse de tels cris que les chanoines sortent de leur bureau pour voir ce qui se passe. Monseigneur Jambois reste interdit. Ainsi donc, cette supérieure qui lui faisait une si bonne impression est capable de se comporter de la sorte ? Mère Fausta essaie de négocier, qu'au moins on lui laisse jusqu'au mois de septembre, qu'elle puisse recevoir la profession de sœur Hélène. L'abbé Legris refuse catégoriquement. Il faudra bien plier. Elle va retrouver sœur Pauline qui s'est retirée à la chapelle et qui refuse toujours sa nomination. "Accepte, lui dit-elle, sinon on fera venir une supérieure d'un autre couvent, ou alors on fermera le couvent." C'est ainsi qu'à contre cœur, sœur Pauline devient Mère Pauline.

 

Les deux nonnes rentrent au monastère, au soir. La communauté se rassemble après le souper. "Je remercie les sœurs de toutes les gentillesses qu'elles ont dites sur moi!" s'exclame amèrement Mère Fausta. "Six pages de rapport ! Après toutes les bontés que j'ai eues pour vous !" Sœur Valérie est en larmes, son Jésus vivant a été destitué. Ses pleurs en agacent plus d'une.  Mère Pauline s'empresse de nommer Mère Fausta au poste de maîtresse des novices.

 

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Lorsque sœur Hélène prononce ses vœux, c'est Mère Pauline qui les reçoit. Mère Fausta tire la tête durant toute la cérémonie. Au lien d'aller entourer la jeune professe, comme c'est l'usage, au moment où elle émet sa profession, elle reste à l'arrière de la chapelle, près d'un instrument de musique "pour donner le ton", prétexte-t-elle. A la vérité, elle ne digère pas qu'une autre reçoive les vœux d'une sœur.

 

Mère Pauline prend une sage décision : envoyer Mère Fausta en repos quelques jours. Durant son absence, le climat est serein et la nouvelle supérieure semble bien avoir la communauté en main. Mais ce qui aurait dû être la vie ordinaire à Saint-Hilaire ne dure que peu de temps. Mère Fausta revient, amère et critique. Rien de ce que ne fait Mère Pauline ne trouve grâce à ses yeux. Sœur Martine est choquée de voir celle qui prêchait si bien l'esprit de foi et l'obéissance se montrer plus prompte à mettre des bâtons dans les roues à la supérieure que de la seconder. Et pourtant, le charme qu'exerce Mère Fausta est telle que la jeune nonne ne veut pas voir clair à son sujet.

 

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Au lieu d'imposer son autorité, Mère Pauline s'écrase devant Mère Fausta, se sentant à la fois coupable et incapable.  La première conseillère reprend peu à peu des rôles qui sont dévolus à la supérieure, comme de présider les réunions communautaire. Un jour, Mère Pauline fait servir des œufs à la coque et réintroduit les petites cuillères au réfectoire pour pouvoir les manger, ces petites cuillères que Mère Fausta avait fait ranger six ans auparavant parce qu'elles étaient inutiles à ses yeux. Quand la première conseillère s'aperçoit de la décision de Mère Pauline, elle lui fait une scène. "Tu détruis tout ce que j'ai fait !" s'exclame-t-elle. Devant une Mère Pauline qui se répand en excuses, elle refuse de prendre place au réfectoire, se sert dans le frigo et s'en va manger, seule dans une pièce à part.

 

Face à une telle situation, Mère Pauline somatise, elle est à bout de nerfs. Elle ne voulait pas de ce poste, Mère Fausta l'a obligée de l'accepter et elle le lui reproche de toutes les façons possibles. Les tensions dans la communauté sont énormes. Les deux nonnes contactent les pères de leur ordre pour qu'ils "les protègent contre l'évêque". Elles vont même jusqu'à contacter un des conseiller de leur père général, le père Bénigne, pour qu'il vienne faire la visite canonique de leur communauté. Le religieux se trouve en voyage quand il se reçoit le fax. Il trouve le contenu de la missive fort étrange : personne ne se nomme lui-même visiteur d'une communauté. Lors d'un passage dans la région, il s'arrange pour rencontrer l'ancienne et la nouvelle supérieure. Il leur conseille d'accepter l'ordre des choses, de patienter. Dans trois ans, Mère Fausta pourra être réélue. Mais celle-ci n'accepte pas d'être mise de côté. 

 

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Comme Mère Pauline se sent de plus en plus mal, Mère Fausta lui tient un fallacieux discours : Dieu ne veut pas que tu perdes ta santé, démissionne ! C'est ainsi qu'après moins de six mois de mandat, la nouvelle supérieure présente sa démission à l'évêque. Celui-ci n'est pas dupe de la manœuvre, il ne peut accepter ; il demande lui aussi une visite canonique. Deux demandes pour une visite canonique dans une même communauté, porte l'affaire à un niveau supérieur à la congrégation pour les religieux. Là aussi la lenteur de l'administration se fait sentir, ce n'est qu'au printemps qu'un père orésien se présente au couvent pour effectuer cette visite.

 

Mère Fausta veut qu'on ait une bonne impression de la communauté. Elle convie les prédicateurs habituels pour qu'ils soient là lors de cet événement. Le père Louis refuse carrément. Il est lui-même religieux et se rend très bien compte du caractère anormal de la situation. Il a compris quel poids écrase Mère Pauline. Son refus entraine la rupture avec Mère Fausta qui s'emploie à le désigner comme "peu sûr" aux jeunes sœurs. Le père Forteroche, un des confesseurs, devient également suspect à ses yeux, puisqu'il lui a osé lui demander "Est-ce le couvent de Jésus ou est-ce le couvent de soeur Fausta ?"

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De fait, le visiteur, le père Judicaël trouve étrange cette présence de plusieurs prédicateurs et confesseurs à l'hôtellerie quand il débarque à Saint-Hilaire. Il rassemble la communauté, donne une petite conférence puis écoute une à une toutes les sœurs. Toute la communauté chante la même chanson : Mère Pauline est dépassée, Mère Fausta doit reprendre les rennes. A une exception près : sœur Hélène trouve le comportement de l'ancienne supérieure déplacé et le lui dit. Le père Judicaël visite également l'intérieur du monastère et y trouve des extensions du bâtiment fraichement construites. Au terme de sa visite, il se contente de dire qu'il ne lui revient pas de donner les conclusions puisqu'il a été mandaté par le saint-siège.

 

Cette conclusion se fait attendre, elle aussi, si bien qu'il s'écoule une année entre la nomination de Mère Pauline et le dernier épisode de cette saga. Entre temps, soeur Alexandra qui ignorait la clause de l'indult la concernant est revenue à Saint-Hilaire et a repris la vie communautaire. Un jour de septembre, un coup de téléphone annonce la visite du Père Bénigne et de l'Abbé Legris, ils viendront leur faire part de la décision romaine. "Alors nous pouvons chanter Alleluia ?" demande Mère Pauline, au téléphone. Le Père Bénigne lui répond qu'il ne peut rien dire avant d'être sur place. Mis au courant de la démarche de son confrère, le père Bavo s'exclame "Heureusement qu'il y a des grilles au parloir !"

 

Crédits photos : photos personnelles ; The Nun story, WB ; la vera storia della Monaca di Monza ; La religieuse, Nicloux ; The Black Narcissus.

 

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15 épisode 16 ,appendice

 

05/03/2014

Chronique de dérives en cascade, épisode 12. La loi, c'est moi !

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire estvraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, soeur orésienne depuis plus de vingt ans, a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Des novices et une sœur conventuelle préfère quitter le monastère et les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques.Pourtant le monastère continue à accueillir des candidates qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Âpre au gain, elle se lance dans des projets grandioses d'agrandissement et embellissements des bâtiments. Dans un jeu de séduction larvée envers l'une de ses premières novices, elle développe une liturgie splendide mais trop lourde pour le mode de vie du couvent. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse de ses jeunes candidates et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. Les personnes qui se présentent au noviciat sont accueillies avec complaisance et sans trop de discernement quant à leurs aptitudes et leurs motivations.

 

La loi, c'est moi !

Mère Fausta est quelqu'un avec qui on ne sait jamais sur quel pied danser. Une fois la période de séduction terminée, elle révèle son vrai visage : susceptible, versatile, paranoïaque.

 

Une postulante l'accompagne jusqu'à un atelier. Pour se faire, elles doivent toutes les deux traverser un endroit où travaillent sœur Pauline et sœur Agnès. Celles-ci travaillent ensemble et doivent se donner des consignes et des renseignement l'une à l'autre. Il se fait que sœur Agnès vient juste de terminer sa phrase quand Mère Fausta ouvre la porte. Mère Fausta accuse aussitôt sœur Agnès de s'être tue en la voyant arriver et la soupçonne d'avoir parler de choses futiles ou médisantes. Sœur Agnès a beau protester d'avoir juste terminer sa phrase alors qu'elle parlait travail, Mère Fausta n'en démord pas et lui reproche de montrer le mauvais exemple à la postulante, qui elle, ne voit pas où est le mal, mais est trop impressionnée par sa supérieure pour le lui dire.

 

Sœur Martine est de cuisine, elle prend un carton d’œufs pour les faire frire mais constate que ceux-ci sont avariés. Certains sont cassés et des vers s'y sont développés. Une odeur nauséabonde s'en dégage. Elle avertit Mère Fausta qui lui répond qu'elle fera le nécessaire pour rendre la denrée récemment livrée au fournisseur. Caroline, qui s'occupe aussi bien de l'accueil que des fournisseurs, passant par là, sœur Martine lui montre le carton d’œufs et lui explique la situation. Mère Fausta l'apprend et en prend ombrage. Sœur Martine n'avait pas à en parler à Caroline, c'est à elle que revient ce rôle. Puisqu'il en est ainsi, que la novice se charge donc de régler le problème avec le fournisseur et avec Caroline ! Le carton d’œufs restera donc quelques jours dans le couloir, à y répondre son odeur pestilentielle, car sœur Martine n'ose sans défaire jusqu'au prochain passage du fournisseur. Il va de soi que la novice n'a pas accès au numéro de téléphone de celui-ci, c'est Caroline qui se chargera de le contacter.

 

Pendant la méditation du matin, on laisse la porte qui donne sur le jardin grand ouverte, pour aérer. C'est un peu frisquet pour sœur Valérie qui met donc un gilet. Mesurant les autres à son aune, Mère Fausta décrète qu'elle n'en a pas besoin et, plutôt que d'attendre pour lui faire la remarque, le lui ôte du dos alors que la novice est en pleine méditation. Elle ne manque de lui dire qu'elle n'est pas digne d'être l'épouse du Christ qui en a supporté bien plus pour nos péchés. Tant pis pour le grand silence et ne parlons pas du respect pour la prière d'autrui. La jeune novice ne manque pas de lui faire remarquer que sœur Agnès porte, elle aussi, un gilet. Non, la supérieure ne répond pas que sœur Agnès en besoin en raison de son âge, elle lui déclare que sœur Agnès est une mauvaise religieuse.

 

 

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Mère Fausta n'envoie pas ses sœurs en session de formation, même quand celles-ci sont organisées par leur ordre ou par l'union des contemplatives de la région. Mais pour assurer cette formation, elle fait venir des prêtres et des religieux donner des conférences. Celles-ci sont données sur le temps de travail, un travail démesuré par rapport aux effectifs. Mais l'opération de séduction envers le clergé des environs joue aussi. Elle se doit de passer pour une bonne personne chez un grand nombre d'ecclésiastiques qu'elle tâche de rallier à sa cause. Et cela peut marcher envers certains.

 

Un jour que le père Louis passe prêcher une retraite, Mère Fausta invite de manière pressante les sœurs à aller se confesser chez lui. Le confesseur régulier passe tous les quinze jours, les nonnes n'ont pas grand chose à raconter comme peccadilles et peu s'inscrivent sur la liste. Au réfectoire, elle hausse le ton et se plaint amèrement ... du prix que ça coûte, de faire venir un prédicateur. "Je vous laisse libres, dit-elle, mais ça fait du bien d'aller se confesser près du prédicateur." Du coup quelques sœurs se laissent convaincre, davantage pour ne pas déplaire à la supérieure que pour soulager leur conscience. Car la liberté que leur laisse la supérieure c'est de faire le choix qu'elle agrée.

 

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L'irréductible sœur Jacinthe n'est pas du nombre. Alors que sœur Martine conduit l'ancienne au chœur en chaise roulante, pour épargner son cœur fragile, Mère Fausta l'arrête en plein cloître, au mépris des usages religieux, et insiste lourdement. "Ça fait du bien, de se confesser pendant une retraite, mais je te laisse libre ...""Je me suis déjà confessée au père Adalbert" réplique sœur Jacinthe qui ne déviera pas d'un pouce. Si elle la laissait libre, pourquoi venait-elle insister pour qu'elle aille se confesser ? De plus, en contrevenant au silence qu'on doit garder dans les lieux réguliers.

 

Mère Fausta fait toujours le service de table, ça lui donne un regard sur ce que mange les sœurs. Elle a d'ailleurs tendance à les bourrer. Il faut dire qu'elle trouve les filles enrobées plus appétissantes... du moins c'est le sentiment qu'elle prête aux hommes. Un soir, elle "laisse le choix" à une novice entre deux mets, l'un est un reste, l'autre est du jour. Elle explique bien la situation à la sœur, mais elle "la laisse libre", elle lui laisse le choix, assure-t-elle. La novice la prend au mot et choisit le met plus frais. Mère Fausta l'appellera par la suite dans son bureau pour lui en faire reproche. Et quand la jeune nonne objecte naïvement qu'elle lui a laissé le choix, la supérieure hausse le ton, se fâche et la traite de grossière : si elle l'a laissée libre c'est pour qu'elle fasse le bon choix, c'est à dire le sien.

 

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Mère Fausta n'établit pas de menu à l'avance pour la communauté. Chaque matin, elle passe à la cuisine, ouvre le frigo, décrète ce qu'il faut faire des restes et donne le menu à la cuisinière du jour car chaque sœur à son jour de cuisine. Mais parfois, Mère Fausta arrive en retard et la cuisinière ne peut pas commencer sans elle. Elle voit son précieux temps s'écouler sans pouvoir y faire. Voici la supérieure qui s'amène, de mauvaise humeur. Elle toise la sœur de cuisine et lui reproche ... de rester là, les bras ballants. Elle va même jusqu'à prendre la même pose, en la singeant vulgairement, jusqu'à faire la grimace. La nonne la regarde avec des yeux ronds comme des soucoupes. La supérieure vient de laisser là ses manières compassées pour sombrer dans le granguignolesque de mauvais goût.

 

Un jour qu'elle est en récollection, c'est à dire un jour de désert où elle n'a pas d'autre contact avec la communauté que la messe hebdomadaire, elle fait appeler une de ses novices et lui reproche de ne pas lui avoir rendu un rouleau de papier adhésif qu'elle lui a prêté. La jeune nonne lui répond, étonnée, qu'elle n'a jamais eu ce rouleau. Mère Fausta hausse le ton, se fâche, se répand en reproches. Par acquit de conscience, la sœur va regarder dans son atelier pour voir s'il ne serait pas dans une de ses armoires. Évidemment, elle ne le trouve pas, puisqu'elle ne l'a pas eu en prêt. Elle retourne là où elle a laissé sa supérieure mais elle n'y est plus. Enfin, celle-ci revient et lui lance, furieuse : "Il était chez sœur Pauline. Tu vois ce que c'est de ne pas rendre ce qu'on a prêté!" Puis elle tourne les talons et plante là la novice, sans même s'excuser de l'avoir accusée à tort.

 

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Lorsque Mère Fausta se fâche, ce sont de "saintes colères" s'il faut l'en croire. Les indignations de ses sœurs, quand celles-ci font surface, ne sont que des manques de foi, de la grossièreté. Quand une nonne lui dit que quelque chose va contre sa conscience, elle lui reproche de dire "des gros mots". Elle regarde les sœurs qui lui font des objections, droit dans les yeux et les fixe pour les rendre mal à l'aise.  Elle les accuse de manque de foi, puisque ce qu'elle dit est "parole de Dieu". Une sœur ayant été confessé ce péché inventé par la prieure se voit expliquer par le régulier, le religieux, qui la confesse que cela n'en est pas un. Et quand elle essaie d'aborder la question avec Mère Fausta, celle-ci lui fait comprendre que le père Adalbert n'est pas un bon religieux. Lorsqu'elle fait des reproches, elle n'hésite pas à dire à ses sœurs : "Tu flagelles Jésus en moi" ou "Tu crucifies Jésus à travers moi."  Si la sœur a du mal a reconnaître une faute imaginaire dont elle l'accuse, si elle ne voit pas en quoi elle a manqué ou ne peut en conscience admettre avoir fait des choses qu'elles n'a pas faite et se permet de le lui faire respectueusement remarquer, Mère Fausta lui dit qu'elle a une langue de serpent.

 

Mère Fausta est quelqu'un avec qui il faut se sentir coupable. Une nonne a posé son balai momentanément contre un mur. Le manche glisse et laisse une trace sur le mur qui vient juste d'être repeint. Mère Fausta agonit la sœur de reproches. Elle lui dit qu'elle va être très gênée d'annoncer ça aux peintres présents dans le bâtiment. La petite nonne culpabilise et la supérieure, toujours prête à scruter le moindre des sentiments de ses ouailles la voit se décomposer tout le weekend. Elle s'en enquiert et puis s'en moque ouvertement : pourquoi autant de scrupules ? Les peintres doivent, de toute façon, mettre une seconde couche.

 

Elle trouve un moyen de rendre sœur Valérie très scrupuleuse au niveau de la chasteté. La jeune nonne ayant un jour déclaré qu'il n'y a pas de tentation au couvent puisqu'il n'y a pas d'homme, la maîtresse des novices vient la trouver à plusieurs reprises pour lui expliquer avec une lourde insistance qu'on peut très bien pécher avec soi-même, par exemple en faisant sa toilette et que de succomber à de telles tentations est aussi grave que de forniquer, c'est "tromper" Jésus comme on trompe un mari. A force d'entendre ce discours, la novice s'imagine avoir toute sorte de tentations et voit le péché partout. Elle se croit obligée d'en parler à la supérieure qui l'envoie "se purifier dans le sang du Christ" en allant confesser des péchés imaginaires. Dès que le chapelain met le pied dans la sacristie, pour la messe quotidienne, sœur Valérie accourt pour lui avouer ses troubles. Mais un jour, le chapelain a du retard, elle ne peut le faire. Lorsqu'elle s'avance pour aller communier, Mère Fausta la tire pas le bras et lui dit qu'elle n'en est indigne.

 

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Mère Fausta et sœur Martine déplace une table. Pour éviter que l'on se cogne, la jeune nonne dépose un instant la table et va voir si le chemin est libre, si la porte est ouverte. La supérieure lui reproche son manque de foi car elle avait dégagé le chemin. Si sœur Martine n'y avait pas pensé et que le chemin s'était trouvé encombré, Mère Fausta l'aurait accusé d'imprévoyance.

 

Une des spécialités de Mère Fausta est de culpabiliser les sœurs à cause de leurs mouvements premiers, c'est à dire le sentiment qu'elles éprouvent en premier lieu, face à l'un ou l'autre événement. Si la nonne éprouve de l'étonnement, c'est qu'elle manque de foi, si elle éprouve de la tristesse, c'est qu'elle manque de reconnaissance, si elle éprouve de la colère, c'est qu'elle est jalouse, impatiente, etc. Ce premier mouvement, Mère Fausta est prompte à le percevoir et à en faire reproche à celle qui l'éprouve. Or, personne n'est responsable de ses sentiments, on n'est responsable que de la façon de les assumer.

 

Par contre, Mère Fausta n'a aucun scrupule à se montrer irrascible et rancunière. Car quand elle reproche quelque chose à quelqu'un, elle ne se contente pas de le lui dire une fois, il faut qu'elle revienne sans cesse là-dessus, jusqu'à ce que son vis-à-vis soit totalement écrasé par sa prétendue culpabilité. Et lui demander une fois pardon ne suffit pas non plus. Il faut bien deux à trois jours pour se faire pardonner d'une faute qui souvent n'en est pas une.

 

 

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Peu habituée au travail physique, sœur Martine s'épuise. Parallèlement Mère Fausta lui promet des entretiens spirituels qu'elle post-pose indéfiniment, lui posant lapin sur lapin. La jeune nonne sombre dans la dépression et a la larme facile. Elle s'arrête près du bénitier, avant d'entrer au chœur, le temps de sécher ses larmes. Mère Fausta ne manque pas de le relever et s'en moque peu charitablement : "On se serait cru au mur des lamentations", raille-t-elle avec dédain.

 

Au mépris de la plus élémentaire discrétion, Mère Fausta accable de reproches une sœur âgée fort scrupuleuse en plein milieu d'un couloir, puis elle blâme une sœur qui passait par là de le faire afin d'écouter la conversation.  Elle ne se remet pas en question, c'est la sœur qui aurait dû faire un détour parce que sa prieure parlait dans un endroit qui ne convenait pas.

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Le mercredi est jour de boulangerie. Mère Fausta et Sœur Alexandra se lève plus tôt pour commencer le travail, elles sont rejointes par les novices, un peu plus tard. Sœur Alexandra a toujours trop chaud et ouvre souvent les fenêtres alors que sœur Marie-Noëlle  qui se retrouve dans le courant d'air, les referme. Il faut dire que là où elle travaille, elle est directement exposée au froid, tandis qu'Alexandra se trouve à un endroit plus chaud. Mère Fausta donne irrémédiablement raison à sœur Alexandra, en prétendant que l'aération de la pièce est nécessaire pour éviter la moisissure. Elle dit à sœur Marie-Noëlle de mettre un pull. Les incidents de ce genre se répètent régulièrement. Mais quand Alexandra part pour une année sabbatique, sœur Marie-Noëlle reprend la place de soeur Alexandra à la boulangerie. Elle se pense obliger d'ouvrir les fenêtres, elle aussi. C'est alors Mère Fausta qui les referme en se plaignant du froid. Quand Sœur Marie-Noëlle lui suggère de se couvrir, elle se vexe.

 

Un jour, Mère Fausta expose à la communauté le nouvel horaire qu'elle veut essayer.  Il n'y a pas sujet à discussion : elle le propose, la communauté doit s'y plier. Une jeune sœur nouvellement admise au chapitre consulte ses constitutions et voit qu'un horaire doit être voté. Elle donne un billet à la supérieure lui confiant quelque sujet spirituel puis conclut par la question de savoir quand l'horaire sera voter. Mère Fausta entre en colère, lui dit que son premier paragraphe ne l'intéresse pas et s'insurge qu'on ait pu vérifier dans les constitutions si ce qu'elle faisait était légitime ou non. De fait, ça ne l'était pas. Mais comme à son habitude, dans de pareils cas, la supérieure reprend son numéro d'être supra-naturel, fixe la nonne et lui sort d'une voix sépulcrale : "Je vois dans tes yeux que tu me juges".

 

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Lorsqu'il y a des élections tous les trois ans, Mère Fausta, sûre d'être réélue, fait le tour de la communauté et suggère aux soeurs qui elles doivent choisir comme conseillères. Il est vrai qu'aucun membre du conseil n'est véritablement consulté. La supérieure expose ses projets, elle ne demande pas l'aval du conseil. Celui-ci, craignant les esclandres, opine du bonnet. Il en est de même pour toute décision concernant la communauté. Il n'y a pas de discussion au chapitre : on écoute Mère Fausta qui, étant supérieure "connait l'ensemble de la situation" et qui "a la grâce de Dieu" pour décider. Le vote n'est là que pour la forme et les pseudo-décisions sont prises à l'unanimité. Pourtant, Mère Fausta prétend à qui veut l'entendre, que la décision vient de la communauté.

 

Sœur Marie-Noëlle se confesse de temps à autre au chanoine Fleuri qui vient donner des conférences au couvent. Sœur Martine désirerait en faire autant et en parle à Mère Fausta qui... la laisse libre mais ! Mais qui commence à dénigrer le chanoine, à laisser entendre que son caractère pétillant ne conviendra pas à la calme sœur Martine, qu'il lui arrive aussi de laisser transpirer des choses qu'il entend en confession. Ne lui aurait-il pas dit qu'on la trouvait sévère ? Et qui pourrait la trouver sévère si ce n'est sœur Marie-Noëlle ? Sœur Martine ne ferait-elle pas mieux de se confesser au chanoine Jambois ? La jeune nonne hésite mais l'argument de la discrétion a raison d'elle. Pourtant rien ne la pousse à aller se confier au chanoine Jambois.

 

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Jeter la suspicion sur la discrétion des confesseurs fait partie des sports favoris de la supérieure. Une sœur se plaint-elle d'être fatiguée ? La supérieure suppose ouvertement qu'elle en a dit un mot au père Adalbert. Car celui-ci ne lui a-t-il pas dit qu'on est bien sollicité par le travail en ces dernières semaines du carême. Puis elle reproche à la sœur de n'avoir pas su organiser ses grands nettoyages de printemps. Cette suspicion va aller crescendo lorsque approchera une période très tendue pour tout le monastère, la dernière année de Mère Fausta à Saint-Hilaire. On entendra à qui mieux mieux, le chanoine Fleuri n'est pas sûr, le père Forteroche n'est pas sûr, le père Louis n'est pas sûr, etc.

 

Au passage, Mère Fausta ne parle pas non plus en bien des autres communautés orésiennes. Chaque fois qu'elle reçoit leur courrier, à Noël, elle commente ironiquement leur carte de vœux. Les autres couvents sont dit jaloux de l'abondance des vocations à Saint-Hilaire, de ce que la communauté revit après avoir été mourante. Quand Mère Fausta se rend à l'assemblée de l'association orésienne de la région, pour en élire la présidente, elle emmène Soeur Alexandra avec elle et, lorsqu'elles sont de retour, Mère Fausta se répand en commentaires piquants sur les représentantes des autres communautés. Elle seule semble avoir compris ce qu'est le charisme orésien. Mère Fausta ne manquera pourtant pas d'inviter le conseil de l'association à se réunir à Saint-Hilaire, histoire de leur faire admirer son œuvre, ce qu'elle a fait de ce couvent.

 

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La supérieure ne s'embarrasse pas non plus de vérité et d'objectivité. Elle réécrit l'histoire quotidienne et gare à qui viendrait la contrarier. Un groupe de jeunes filles vient en visite au parloir pour un témoignage. Mal à l'aise quand Mère Fausta se met à prier à haute voix, elles répriment un sourire. Quand la nonne raconte l'incident en récréation, elle prétend que les jeunes filles ont ricané pour se moquer d'elle Un groupe de bénédictins d'une abbaye voisine rend visite au monastère et est même invité en clôture pour voir un atelier. L'un d'eux est américain. La supérieure le présente comme un dominicain. Le jeune religieux la reprend. N'est-il pas habillé de noir et non de blanc ? Qu'importe, Mère Fausta racontera qu'elle a reçu la visite d'un groupe de bénédictins et d'un dominicain. Et pour appuyer ses dires, elle prend à témoin les jeunes nonnes présentes qui n'osent pas la contredire. Le faire serait s'exposer à des reproches. Ce genre d'incidents se répètent pourtant régulièrement. La supérieure se trompe, invente, mais qui oserait le lui faire remarquer ? Mère Fausta en est au point de croire ses propres mensonges.

 

Si Mère Fausta proteste de son humilité quand elle apprend à ses novices à respecter la prieure, c'est à dire elle-même. Si elle prêche l'obéissance à celle que Dieu a accordé sa grâce pour guider la communauté, c'est à dire elle-même, on ne peut pas dire qu'elle montre le même respect pour ses supérieurs hiérarchiques. Mgr Noël, le prélat chargé de la communauté est souvent décrié pour ses manières, son prétendu antagonisme, etc. On ne parle pas de lui avec respect, on ne dit jamais de lui que Dieu l'a mis à cette place pour veiller au bien de la communauté. Au contraire les sœurs sont "invitées" à ne pas aller lui "confesser les péchés des autres". Mère Fausta fait d'ailleurs comprendre que ce que les sœurs confient au prélat finit par lui revenir aux oreilles. 

 

 

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Quand l'évêque du lieu atteint la limite d'âge, Mère Fausta fait prier la communauté pour que l'abbé Jambois, le frère du chanoine conférencier, soit choisi comme évêque et il en est ainsi. Elle l'invite, à plusieurs reprises, pour diverses cérémonies et lui offre l'hospitalité pour des vacances à l'hôtellerie du couvent. L'évêque qui apprécie autant une communauté priante, à l'ancienne, que d'être l'objet d'attentions tombe sous le charme. Mère Fausta ne tarit pas d'éloge à son sujet et le portrait de l'ecclésiastique trône sur l'étagère de son bureau. Quand l'évêque, alerté par un de ses vicaires se posera des questions sur le gouvernement de Mère Fausta et s'opposera à ses projets, il tombera de son piédestal et son portrait sera rangé dans un tiroir. Quel esprit de foi !

 

Crédits photos : Culture pub; La religieuse de Rivette; Santa Teresa de Jesus, Convicción TV; photos personnelles ou libres de droits.

 

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02/02/2014

Etre ou ne pas être carmélites

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Le titre de la note n'est pas mon invention. Je l'ai repris d'un article paru dans le Dauphiné Libéré le 25 novembre 2001, signé par Emily Imbert. J'ai pu m'en procurer une copie en contactant le service des archives du journal, moyennant une modique rétribution.

 

Le début de l'histoire rapportée par l'article, ce sont des parents inquiets de ne plus avoir de nouvelles de leur fille entrée dans un couvent des Hautes-Alpes à Montgardin. La fin de l'histoire, c'est une jeune femme qui en ressort, démolie psychologiquement au point de devoir séjourner dans un institut psychiatrique. Et entre ces deux moments, une histoire assez louche de religieuses qui n'en sont pas, qui se disent carmélites mais qui ne le sont plus et qui ont été accueillies dans le diocèse par Mgr Lagrange.

 

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L'article nous apprend qu'elles ont été relevées de leurs vœux quelques années plus tôt, au cours des années 90. D'après ce que qu'il m'a été dit par les supérieurs de ces nonnes, à l'époque, cela s'était fait à leur demande. Le journal explique que ces femmes ont été rejetées de plusieurs endroits avant de s'implanter là. On le comprend quand on lit la suite. La journaliste a contacté le vicaire épiscopal de leur diocèse d'origine :   Là-bas, elles exerçaient dans un monastère de Matagne dans le diocèse de Namur. (...)  Le vicaire judiciaire de Namur a donc décidé de faire son enquête. Les conclusions sont accablantes.“La prieure avait beaucoup de pouvoir, beaucoup d’influence”, explique-t-il en soulignant notamment la surcharge de travail que se voyaient attribuer certaines sœurs. “Leurs horaires étaient surdimensionnés”. Et le religieux d’insister sur les conséquences parfois dramatiques qu’avait ce mode de fonctionnement sur des personnalités plus faibles que les autres. Des informations et des comportements largement confirmés par nombre de religieux et religieuses belges, qui n’hésitent pas à parler de “danger”. 

 

La jeune femme sortie fait état de pressions psychologiques, d'une rupture anormale des contacts avec ses parents, de médication imposée et même du recours à un guérisseur.  Elle s'est sentie manipulée, la supérieure lui a répété qu'elle était carmélite, alors qu'il n'en était rien. Elle lui a dicté ce qu'elle devait dire à l'évêque venu la visiter, alors que, mal à l'aise dans cette institution, elle projetait de la quitter. Cette jeune personne qui avait décidé de consacrer sa vie à Dieu avait été éconduite, précédemment, de plusieurs endroits à cause de sa fragilité. Elle a pourtant séjourné trois ans dans cette communauté alors qu'on l'aurait dû la refuser.

 

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Si le journal signale que les fausses carmélites ont fait à nouveau des vœux dans un carmel indépendant, un contact avec un représentant de leur ordre d'origine m'a appris, à l'époque, qu'il ne s'agissait pas de vœux en tant que carmélites mais en tant que membres d'une pieuse union de fidèles. Un petit tour sur la toile vous apprendra que l'accueil de ce groupe de pseudo-carmélites étaient un des faits reprochés en son temps à Mgr Lagrange. Voici ce qu'on peut lire dans un exemplaire de La Vie no 2807 "  L’année suivante [1996], pourtant, Mgr Lagrange ouvre de nouveau ses portes sans concertation, cette fois, à deux carmélites venues du diocèse de Namur. Mgr Léonard, leur évêque, avait fermé leur monastère après des accusations graves. "Il était question d’abus de pouvoir des supérieures, et de détournements de fonds, précise Jean-Pierre Oddon. Aucune enquête n’a été menée avant de les laisser venir." Les "sœurs", qui n’avaient plus de lien avec leur ordre, se trouvaient aussi sans statut. Mgr Lagrange s’est empressé de leur en fournir un nouveau"

 

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Mgr Lagrange, touché par la limite d'âge, prend sa retraite. C'est Mgr Di Falco qui lui succède et il n'est pas enclin à accorder autant de faveurs à ce couvent qui se présente comme un carmel alors qu'il n'en est pas un. Vu ce qu'on vient d'en lire plus haut, on le comprend. Le deux février, on peut lire dans la presse :" Monseigneur Di Falco a eu dernièrement la réponse de Rome et réitère son affirmation : « il n’y a pas de carmel dans le diocèse de Gap ». La communauté des sœurs de Montgardin est une association publique de fidèles, précise l’évêque." Et dans un communiqué écrit cette fois par ce même évêque, nous lisons :    "Lors de mon arrivée dans le diocèse, j’ai eu connaissance de ce délicat dossier, d’autant plus délicat qu’il concerne des personnes. Cette communauté se présentait comme un Carmel, ce qui ne correspondait pas à la réalité et induisait en erreur les jeunes filles désireuses d’être accueillies dans un authentique Carmel."

 

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Si aujourd'hui, vous vous rendez à Montgardin, vous n'y rencontrerez pas de vraies-fausses carmélites. Elles ont déménagés. Les locaux vont être investis par une fraternité lefebvriste. "Les bâtiments étaient occupés précédemment par des religieuses, vraies-fausses carmélites parties depuis dans le sud-ouest de la France." explique ledauphine.com.  En effet, en 2009, les pseudo-nonnes sont allées s'installer au diocèse de Bayonne, à Simacourbe, invitées par l'évêque du lieu, dont la supérieure s'est fait un ami.

 

Par un étrange tour de passe-passe ecclésiastique, elles ont réussi à devenir conventuelles du carmel d'Alençon qui les considère comme leur fondation. Les voici à présent érigées en carmel authentique, mais observant d'antiques constitutions qui ne sont le fait que d'un dixième des carmélites déchaussées, très conservatrices. Qui plus est, la maison généralice des carmes déchaux ne semble pas les reconnaître comme telles, elles ne figurent pas dans leur annuaire, alors qu'Alençon s'y trouve. Certains diront que tout le monde a droit à une seconde chance, mais en comptant bien, on en est à la troisième.  Entrer dans un monastère qui a été incorporé dans un ordre par une autorisation du clergé séculier, mais sans l'assentiment des supérieurs de cet ordre, je ne le conseillerais à personne.

 

20/02/2013

A l'ombre de Claire ? Vraiment ? !

Au milieu des années quatre-vingts, on présente dans la célèbre émission de Bernard Pivot, qui ce soir-là, a pour thème "femmes enfermées", l'autobiographique d'une ancienne novice des clarisses. Tout du moins, prétend-elle en être une. La relation est haute en couleur : mesquineries, mortifications d'un autres âge, privation de nourriture, etc. Le récit est effarant. Dans les mois qui suivent la parution de l'ouvrage, des émissions radiophoniques collectent une série de protestations indignées des amis du monastère des clarisses incriminé, qui s'élèvent pour laver l'honneur des nonnes.

 

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Il est vrai que, tant qu'on n'a pas vécu dans un monastère, on ne peut pas savoir ce qui s'y passe. Tout de même, l'évêque dont dépend ce couvent, prend la défense de la communauté, et relève les différentes inexactitudes de l'ouvrage. L'une de ces contre-vérités, et non la moindre, est que l'auteure n'a jamais été clarisse et n'a jamais mis les pieds dans la communauté dont elle dresse un portrait peu flatteur.  Elle a recueilli les confidences d'une amie, qui y avait commencé un noviciat, et les a consignées dans un roman, car c'est bien le terme qu'il convient de donner à ce livre. Au passage, elle ne s'est pas gênée pour arranger les faits d'une façon à donner plus de piment à son ouvrage.

 

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Différents articles dénoncent l'imposture dans la presse spécialisée des milieux religieux (cf la Vie Spirituelle n° 670, p 400).  La jeune auteure finit par reconnaître elle-même, publiquement, qu'elle n'a jamais été novice, ni là, ni ailleurs, et que ce qu'elle présente pour une autobiographie n'en est pas une. Ni l'évêque, ni les nonnes ne jugent opportun d'intenter un procès en diffamation contre l'écrivaine et sa maison d'éditions. Décision regrettable, car près de trente ans plus tard, le livre se vend toujours avec la mention "autobiographie" et des lecteurs, faute d'informations correctes, prennent le récit pour argent comptant.

 

Crédits photos : culture pub, captures d'écran.