28/07/2014

Le moine dans la mythologie télévisuelle

Le moine dans la mythologie télévisuelle : le cinquième commandement- Ihr Auftrag, Pater Castell

 

 

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Une fois n'est pas commune, j'inverse la vapeur et je ne vous parle plus de nonne mais de moine à la télévision. Vous connaissiez déjà le moine des pubs pour camembert, savon liquide, rasoir et autres, voici le phantasme germanique du moine-soldat ou du jésuite-espion qui débarque sur nos écrans.

 

Dans Lasko le protecteur, nos voisins germaniques mettent en scène un ordre fantaisiste où l'on pratique les sports de combat — pour la bonne cause, ça va sans dire ! —  comme si les moines catholiques avaient gardé la nostalgie du moine-soldat ou louchaient sur les moines bouddhistes qui pratiquent les arts martiaux. Bien sûr, personne ne prend la série au sérieux puisqu'elle est davantage destinée à mettre les talents d'un (beau) cascadeur en valeur qu'à raconter une histoire qui se tienne. Le scénario pourrait avoir été écrit par un enfant de douze ans.

 

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Maintenant débarque une autre série allemande sur nos écrans qui a cessé faute d'audience et on le comprend " Le cinquième commandement", en allemand "Ihr Auftrag, Pater Castell". Elle met en scène un évêque jésuite formé à des techniques d'investigation et d'auto-défense digne d'un service de contrespionnage. Le fil scénaristique bourré d'invraisemblances n'est pas d'un niveau beaucoup plus élevé que la précédente.

 

Elle vaut autant pour l'historiette capillotractée qu'elle conte que pour son humour involontaire : poncifs, lieux communs et discours pontifiants, où l'on énonce avec assurance de nombreux à-peu-près et contrevérités. Ajoutez à cela un doublage tellement médiocre qu'il en devient comique. On se demande si la personne qui a traduit les dialogues a le français pour langue maternelle.  Un exemple profane ? Une date est énoncée mille sept cents au lieu de dix-sept cents. Je félicite la société de doublage pour les fréquents sourires amusés que me valent ses bourdes.

 

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Le père Castell s'adresse à un cardinal en l'appelant "Eminence", ce qui fait très cavalier, quand on s'on attendrait à  un "Votre éminence". Au passage, ce titre n'est plus employé de nos jours ; on dit "monsieur le cardinal". Mais dans le même registre, on entendra une domestique s'adresser à sa patronne en l'appelant "comtesse" au lieu de "madame la comtesse." Lorsqu'une phrase en latin est énoncée, elle l'est en suivant la prononciation allemande et non la prononciation ecclésiastique, un comble pour un prélat censé travailler à Rome. Autres erreurs de traduction : croix sacrée pour sainte croix, moyenâgeux pour médiéval.

 

Il serait fastidieux de relever toutes les âneries énoncées dans chaque épisode, je vais me limiter à celui qui met en scène des moines. Le père Castell est envoyé enquêter discrètement au sujet de la mort suspecte d'une moine. Pour ce faire, il s'adjoint les services d'une commissaire de police et la fait passer ... pour son épouse. Ils vont visiter un monastère qui contient "une croix de saint Joseph", comprenne qui pourra. Il y a des croix de saint Pierre, de saint André, mais je n'ai jamais entendu parler de croix de saint Joseph.  

 

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Le responsable de la bande son se croit obligé d'accompagner chaque apparition du père Castell du même passage du Veni Creator. Il doit s'agir sans doute du seul cantique qu'il ait pu trouver sur le marché. La porte du couvent s'ouvre sur un cistercien de carnaval. Il suffit de deux clics pour découvrir à quoi ressemble l'habit de cet ordre, il faut croire que le costumier de la série n'avait pas de réseau quand il a confectionné les costumes. Si l'habit est bel et bien blanc avec un scapulaire noir, on a affublé les comédiens d'un capuce blanc, de la plus haute fantaisie.

 

Le scénariste ignore superbement que la clôture existe aussi dans les monastères masculins. Jamais au grand jamais, un cistercien n'introduirait une femme en clôture (sauf motif professionnel). Donc on voit le moine faire entrer le faux couple dans l'enceinte du monastère jusqu'au réfectoire, où tout ce beau monde échange à voix haute. Dans la réalité, non seulement madame aurait été laissée dans le quartier qui lui était réservé — parce que cela est prévu— mais si monsieur avait été introduit en clôture, on aurait choisi un autre endroit que le réfectoire pour lui faire la causette.

 

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A l'arrière plan, on voit un figurant arborer une magnifique chevelure qui n'a plus vu de ciseaux depuis longtemps. Si les moines ne se tonsurent plus comme autre fois, ils se coupent les cheveux très courts. Le monastère est supposé être dépeuplé, mais l'on y voit quatre ou cinq moines s'activer dans ce même réfectoire. On se demande bien ce qu'ils ont à y faire. Voici le portier qui amène le faux couple à l'hôtellerie, là où, en temps normal il aurait dû les mener directement.  Il ne se prive pas de parler, toujours à voix haute, tout au long du chemin.

 

Le moine décédé est veillé à la chapelle, dans un cercueil découvert. Le hic, c'est que les cisterciens n'emploient pas de cercueil. Les corps sont exposés sur une litière et enterrés à même le sol, dans un linceul. Si les enquêteurs travaillent de nuit et si le frère chargé de veiller dort en ronflant, on n'en voit pas moins un moine se promener dans les couloirs alors qu'en bonne logique, il devrait se trouver au lit: les cisterciens vont dormir avec les poules parce qu'ils se lèvent très tôt.

 

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Qu'ai-je dit plus haut ? Que le faux couple était mené à l'hôtellerie ? Que nenni ! La cellule du frère décédé est contigüe à la chambre attribuée aux hôtes. Le scénariste ignore aussi le concept d'hôtellerie monastique. Le père Castell débarque à la chapelle, en pleine nuit, et déclare à haute voix qu'il cherche la cuisine et le frère ronfleur, à présent réveillé, lui répond, toujours à haute voix que la cuisine ne sera ouverte que le lendemain après "la prière matinale". Encore une traduction boiteuse. Mis à part ça, parler après les complies, la dernière prière du soir, vous oubliez ! surtout chez les cisterciens, champions du silence. Et parler à haute voix à la chapelle, vous oubliez aussi. Vous rangez ça dans le casier "contes de fées" entre Blanche Neige et le Petit Poucet.

 

Au petit matin, le faux couple débarque au réfectoire des moines — Ah, la bonne blague !— pour manger avec eux, en parlant bien fort, surtout la commissaire, car le Père Castell lui explique que les cisterciens ne parlent pas à table, c'est l'une de leurs habitudes. Ils ne parlent pas non plus dans les cloîtres, les couloirs, la chapelle et bien d'autres lieux encore. Il ne s'agit pas non plus de leurs habitudes mais de coutumes monastiques qui sont observées par d'autres ordres.

 

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Lorsqu'un frère fait une mauvaise chute, le jésuite déclare qu'il faut poser un garrot pour arrêter l'hémorragie. Décidément, les scénaristes ne sont pas non plus doués en secourisme. Le seul cas où le garrot se justifie c'est lorsqu'un membre est sectionné. Pour faire sérieux, on va utiliser le mot "profès", mais comme la société de doublage n'est pas plus douée en français et que les comédiens ne sont pas pressés de se renseigner sur sa prononciation, on les entend prononcer le S final, ce qui a un rare effet comique. Professe désigne une femme, une nonne. 

 

Autre effet comique, le papier peint au mur. Dans un monastère, vous trouverez des murs peints, pas du papier peint à fleurage, surtout pas chez les cisterciens. Enfin, on apprendra à la fin de l'épisode, que les moines avaient peur qu'une autorité supérieure ne ferme leur monastère à cause de difficultés financières. Faut-il, une nouvelle fois, rappeler, que c'est rarement une cause de fermeture ? Le dépeuplement, le manque de vocations en seraient de plus sérieux et réalistes. Et, encore une fois, à moins d'une situation extrême, ce n'est pas "l'autorité supérieure" qui ferme un monastère, ce sont les conventuels qui décident de dissoudre la communauté.

 

Mais naturellement, il serait naïf d'attendre, d'une telle série de la cohérence et de la vraisemblance.

 

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16/06/2014

Chronique de dérives en cascade. Appendice.

La chronique des dérives engendrées par une personne que j'ai nommée Jeanne De Dwaas, alias Soeur Fausta, a été principalement, mais pas exclusivement, constituée par les témoignages de trois anciennes nonnes de Saint-Hilaire : Marie-Noëlle, Martine et Valérie.

 

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Aujourd'hui, ces femmes sont âgées d'une petite cinquantaine d'années, elles ont mûri et fait leur chemin dans la vie. Elles ont pris du recul par rapport à tous ces événements. Il leur arrive de se retrouver et de parler de cette époque malheureuse de leur vie. Une anecdote en amène une autre, et au fil des rencontres, les récits s'étoffent. Il y aurait de quoi écrire un livre, disent-elles en riant.

 

Que sont-elles devenues, une fois que Saint Hilaire a fermé ? Marie-Noëlle a quitté le monastère de Saint-Hilaire avant sa fermeture. Elle ne supportait plus de rester dans un environnement où elle avait tant souffert. Elle a demandé à se retirer dans le monastère de la présidente de l'association des orésiennes. Au début, il lui semble être au paradis. Elle découvre une vie régulière bien huilée, des sœurs attentionnées, même si elle leur reconnaît quelques petits côtés. Au bout du moment, elle doit bien déciller. La prieure très attentive à elle, a un côté un peu trop maternant, trop protecteur. Elle prend ses distances pour ne pas se laisser happer par une énième mère de substitution.

 

 

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Elle séjourne deux ans dans ce monastère puis elle se découvre une vocation d'ermite. L'ordre de Saint Orès ne permet pas cette forme de vie, la jeune femme doit donc sortir définitivement du couvent pour l'accomplir, ce qu'elle fait. Elle se retire dans un studio qui appartient à des connaissances et fait de menus travaux pour vivre. Son accompagnateur spirituel l'engage à se former davantage. Elle va donc suivre des cours de théologie dans un institut de formation religieuse.

 

Mais de semaine en semaine, elle change complètement d'allure et retrouve sa féminité. Elle soigne ses vêtements, son apparence et sa "vocation" d'ermite fond comme neige au soleil. Désormais, ce ne sont plus des cours de théologie qu'elle va suivre, mais une formation qui lui donnera des compétences professionnelles. Elle ne tarde pas à trouver un emploi digne de ce nom et ... un fiancé. Les aléas et les épreuves de la vie l'éloignent progressivement de la foi chrétienne.

 

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Mariée, divorcée et remariée, elle professe aujourd'hui des opinions philosophiques bien différentes de l'époque où elle était confite en dévotion. Elle a foi dans la vie et s'initie aux médecines parallèles, aux philosophies orientales. Comment explique-t-elle sa vocation d'alors ? Une manière honorable de fuir une famille, très bigote, à l'époque, n'ayons pas peur des mots, une manière d'échapper à l'emprise maternelle ... même si ce fut pour retomber sous une autre.

 

Après la première vague de dispersion des aînées, Saint Hilaire n'a plus de monastère que la façade. Une sœur de Sainte Barbe vient en renfort pour le déménagement des derniers meubles. Martine donne un coup de main à ce grand vide-grenier mais elle ne vivra pas la toute fin de Saint-Hilaire. Mère Louise tient à ce que toutes sœurs passent la fête de Saint-Orès dans un monastère digne de ce nom. Martine ira donc rejoindre, au cours de l'été un petit couvent où elle est très bien accueillie. Cependant, elle est à ce point démolie psychologiquement et près du surmenage, qu'elle ne parvient pas à s'adapter à la communauté. Elle prend donc un long congé pour raison de santé au cours duquel elle suit une thérapie. Au cours de celle-ci, elle prend conscience qu'elle souffre d'un syndrome d'abandon dû à un traumatisme dans la petite enfance. C'est par ce biais qu'elle s'est laissée manipulée. On ne l'y reprendra plus.

 

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Elle tient tout de même à faire l'expérience d'une véritable vie monastique et rejoint un autre couvent, dans les Flandres cette fois. Elle y restera une dizaine d'années. Martine vit alors dans un monastère qui fonctionne normalement, où la supérieure joue son rôle d'animation religieuse et ne se pose pas en gourou omniscient. C'est là qu'elle collectera des renseignements complémentaires sur le passé de Fausta, notamment par le biais de soeur Merici, devenue présidente des orésiennes flamandes. Le monastère où elle se trouve a également reçu Ria, dix ans auparavant, quand celle-ci est partie de Saint-Hilaire. Les sœurs ont gardé le souvenir de certaines anecdotes que cette ancienne novice leur a contées (Ria n'a pas persévéré pour raisons de santé) Il arrive aussi que certaines personnes qui s'interrogent sur la situation de Rommelgem la consultent pour lui demander ce qui s'est passé à Saint Hilaire.

 

Pourtant, au fil du temps, les convictions de Martine se détricotent, et elle réalise qu'elle n'a plus foi dans certains dogmes. Elle finit par quitter ses consœurs qui l'apprécient et qu'elle apprécie pour se diriger vers une autre confession chrétienne. Grâce à sa formation antérieure et à sa connaissance du néerlandais, elle retrouve rapidement du travail et recommence une nouvelle vie. Comment explique-t-elle aujourd'hui sa vocation ? Une conviction sacrée et intangible qu'elle identifie comme une manifestation du concept de l'animus de la psychanlyse junguienne (manifestation de la part masculine d'une femme dans son subconscient). C'était aussi pour elle une manière d'entrer en rébellion, à l'adolescence, d'une manière "bien sage" avec sa famille peu chrétienne.

 

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Nous avons déjà évoqué le parcours de Valérie. Lorsqu'elle reparle de cette époque, c'est pour évoquer la souffrance psychologique qui était la sienne et le bonheur qu'elle éprouve de s'en être sortie sans séquelles. Cette souffrance elle l'a traînée d'un monastère à l'autre. La fin de Saint-Hilaire était la fin de ses rêves. Elle ne comprenait pas ce qu'on lui voulait, elle ne pouvait se résoudre à admettre que la vie religieuse n'était pas pour elle. Elle devait à tout prix se raccrocher à quelque chose.

 

Elle a, aujourd'hui, une grande reconnaissance, envers les religieuses qu'elle a croisées sur son chemin et qui lui ont consacré un temps considérable pour l'aider à s'en sortir, notamment Mère Louise. Elle réalise que le premier monastère où elle était entrée avait opéré un véritable discernement : elle n'étais pas faite pour cette vie, elle n'avait aucune envie de faire les renoncements qu'elle impliquait, beaucoup de pratiques monastiques lui coûtaient. Il lui est arrivé de se parfumer, en trempant son doigt dans des essences de fleur à la sacristie, de tricher avec le jeûne, et ce genre de choses.

 

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Pourtant, Fausta voulait absolument la persuader qu'elle avait la vocation alors qu'il n'en était rien. Lorsque Valérie s'est retrouvée dans le petit couvent minuscule peuplé de quelques sœurs très âgées, on lui avait confié d'énormes responsabilités. L'arrivée d'une sœur dépêchée par l'association pour épauler la communauté l'a prise à rebrousse-poil, elle regarde la nouvelle venue qui veut prendre les choses en main, comme une rivale. Les deux nonnes entrent dans une compétition musclée. Valérie dit d'elle-même qu'elle était devenue une petite Fausta. Sa souffrance la rendait très agressive à un point que ceux qui la connaissent n'arrive pas à s'imaginer. La supérieure très âgée en fut au point de s'enfermer à clé dans sa cellule. Valérie dut s'en aller.

 

Son dernier séjour à Rommelgem fut un enfer. Tout l'agaçait dans ce monastère : son état de chantier, l'habit qu'elle devait porter, les manières de certaines soeurs ... Elle avait développé de grands ressentiments contre Sœur Pauline et l'autre novice "qui pourtant ne m'avait rien fait", avoue-t-elle.  Alors pourquoi tenait-elle tant à se cloîtrer ? Elle fuyait son milieu familial, dit-elle aujourd'hui. Son père lui avait imposé des études et un métier qu'elle n'aimait pas. Elle avait trouvé refuge dans la pratique de la religion, une pratique un peu exaltée. Son attachement à Fausta était morbide. L'ancienne supérieure se plaisait à la culpabiliser et la tenait par ce genre de chantage affectif.

 

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Si Valérie a retrouvé le giron familial qu'elle avait fui treize ans plus tôt, elle a pourtant repris sa vie en main de manière dynamique. Nouvelle formation, nouveau diplôme, nouveau métier, nouvel emploi ... et puis nouvelle voiture  Elle rit aujourd'hui de ses manières et de ses vues très raides, comme de sa manière de s'habiller au sortir du couvent ; ces traits se sont eux aussi effilochés au fil du temps. Peu à peu, elle s'est éloignée de la pratique religieuse. Elle retrouve Dieu ou le transcendant, dans la nature où elle se plait à faire de longues randonnées.

 

 Crédits photos : Culturepub, photos personnelles, Photolibre.fr

 

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15

22/04/2014

Echanges à propos de différents instituts et discernement.


 

 

Bonne Pâque à vous :)

J'apprécie beaucoup votre blog très instructif ! connaissez vous le site de la pastorale Nouvelle Croyance et Dérive sectaire ? Cela devrait vous intéresser. Beaucoup de documents intéressants.

Est ce que vous avez une avis/quelque chose à faire partager au sujet de la fraternité de Thibériade et de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre ? J'ai deux amis différents d'un groupe de discernement de vocation qui sont intéressés par eux, j'aimerai me faire une opinion d'un point de vue extérieur.

Écrit par : Colombe | 19/04/2014

 

 Interview du fondateur de Tibériade

 


Je ne connaissais pas ce site. Je viens d'y faire un tour. Il y a de bonnes choses et d'autres desquelles je me démarque.
Je pense qu'une instance catholique devrait se limiter à un seul terrain :soit lutter contre les mouvements sectaires à l'intérieur de son Eglise soit à l'extérieur de son Eglise, mais pas les deux à la fois.


Je ne connais la communauté de Tibériade que par ouï-dire, même si j'ai eu l'occasion de rencontrer son fondateur ou quelques uns de ses membres.
La fondation se situe dans la mouvance du renouveau charismatique, avec un accent franciscain. Il y a un désir de retour à la nature, à un certain dépouillement, à la simplicité. Un autre aspect est celui du témoignage et de l'évangélisation en empruntant un langage actuel et accessible.

Tout n'a pas été rose dans les débuts. Le fondateur a dû faire face à de nombreuses défections, il y a vingt-cinq ans. Mais il a eu la sagesse de se faire aider.
D'autres religieux, d'instituts plus anciens, se sont proposés pour prendre en charge la formation des nouveaux membres et cela a donné des bases plus solides.
Je ne peux vous en dire davantage.

Je ne connais pas l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre. Je viens de faire un tour sur la toile pour me renseigner et je vois qu'il s'agit d'un de ces mouvements qui se situent dans la vague restauratrice, pour laquelle je n'ai aucune sympathie.

Bonnes fêtes de Pâques.

Écrit par : chélidoine | 19/04/2014

 Témoignage d'une soeur de Tibériade
 

 

 

 

Merci pour les commentaires :)

J'avais jeté un coup d'oeil sur les adoratrices du coeur royal etc... parce que j'ai une grande affection pour St François de Sales. Mais leur vision de la liturgie n'est pas/plus la mienne, je resterai fidèle aux visitandines et aux oblates de St françois de sales :-) (mes excuses à tous les autres instituts salésiens que j'oublie !)

Sainte fête de pâques !

Écrit par : Colombe | 20/04/2014

 

Autant je peux situer les Visitandines, autant l'institut que vous venez de citer semble s'évertuer à rester translucide sur la toile. Un nom à rallonge, un habit très voyant ... serait-ce tout ce dont le surfeur lambda est autorisé à savoir ? J'ai bien fini par trouver une "interview" sur une vidéo d'une jeune novice mais on n'en apprend pas plus.
Ce qui est mis en avant, ce n'est pas le charisme de l'institut (contemplatif ? missionnaire ? horaire type ? ) mais des saints patrons et des dévotions assez en décalage avec notre époque.
Saint François de Sales vivait avec son époque et la fondation des Visitandines était aussi bien de son temps. Le nom "Visitation" fait référence à une péricope biblique. C'est ancré dans l'évangile.
Maintenant, je ne présume pas de la sincérité ni de la qualité de vie de prière des membres de ce nouvel institut ; je ne les connais pas.
Mais je ne peux que regretter qu'après la redécouverte de la bible par les catholiques amorcée dans la dernière moitié du siècle dernier, on en retourne à des pratiques fondées sur des révélations privées, fussent-elles reconnues comme fiables par les instances ecclésiastiques. Pour rappel, même approuvée, une révélation privée n'est pas article de foi.

Écrit par : chélidoine | 21/04/2014

 

Leur site est plutôt complet, non ? La page du diocèse d'Evry est plutôt bien faite aussi : http://evry.catholique.fr/Oblates-de-St-Francois-de-Sales . Le charisme de l'institut est plutôt clair, apostolique, dans les écoles et maisons de retraites. Il est plutôt normal de mettre le fondateur en avant. Il y a une "journée type" sur le site ( http://sosfs.com/~oblatess/fr/vie-communautaire.html ).
Que je sache, elle n'est pas fondée sur une révélation privée. Ou alors on ne m'en a pas parlé.
Je ne suis pas du genre à aimer le traditionalisme, ni les révélations privées (Ni des révélations tout court. si vous avez entendu parlé de l'abbé de Nantes et de la Contre Réforme Catholique, j'ai grandit dedans - à vous dégoûter du chapelet, de la messe, de la religion, de tout. C'est un mouvement sectaire traditionaliste. Un institut dont vous parlez (de la sainte face, je crois, avec l'habit blanc + coeur de Charles de Foucault), est issus de ce mouvement. J'ai eu la chance d'avoir un accès à la vie normale (école publique, amies, etc...), ce qui m'a épargné de croire ou de me faire avoir par ses stupidités. L'ambiance des mariophanies, apocalyptiques à la Medjugorge, Menduria, et hagiographies sans fin de femmes toutes plus stigmatisées les unes que les autres, je connais, et non merci.
Lorsque j'ai rencontré ses soeurs, elles m'ont semblées être des soeurs apostoliques "classique", j'y ai retrouvé le même esprit que chez les soeurs de Saint Joseph ou les Salésiennes de Don Bosco chez qui j'ai fait quelques séjours. Elles n'étaient pas non plus comme certains instituts recruteurs ("Finissez vos études, même si ça doit vous prendre 6 ans, vous aurez un diplôme... Prenez votre temps, discernez, attendez." ont elles dit). il y a l'habit, juste, que je trouve dommage. J'ai tendance à penser qu'une chemise, une jupe, et une croix suffisent, comme chez les deux instituts cités plus hauts (qui m'attireraient, mais je crains que ce ne soit pas possible avec ma très mauvaise santé).

 Écrit par : Colombe | 22/04/2014

 

 

Une fois n'est pas coutume, je reviens sur cet échange de commentaires pour approfondir la question.

Quand je parlais d'institut translucide, d'absence de journée type et de e révélations privées, je ne faisais pas allusion aux oblates de St François de Sales que je ne connaissais pas, mais de l'institut au sujet duquel j'avais été consulté en premier lieu : les adoratrices du coeur royal.

Faute d'en savoir plus, je dois me baser sur les seuls éléments visibles : un institut féminin fondé au début de ce siècle qui adopte un habit imité de celui des visitandines (XVIIe siècle) avec un manteau d'un bleu plutôt vif ; qui suit le rite tridentin (XVIe siècle) qui ne dit à peu près rien de lui (charisme, horaire ?) et qui semble resté dans l'ombre de la branche masculine.

Le nom de l'institut ne se réfère pas à un saint fondateur, un lieu, une péricope biblique, mais à une pratique de dévotion héritée des révélations de Marguerite Alacoque (sacré coeur) avec des accents propres au XIXe siècle. (coeur royal)

Dans une vidéo de prise d'habit d'une jeune novice, on l'entend dire qu'elle est un "rien" qui prie pour les prêtres. On apprend aussi qu'elle salue une statue de Jésus avant d'aller travailler. Quel travail effectue-t-elle ? ! Alors que le prêtre appelle cette statue "sacré-coeur", la petite nonne le reprend et dit "coeur royal" car Jésus est "le roi de la maison". Pour information, la fête du Christ-Roi a été instituée en 1925.

N'en sachant pas davantage, je ne m'étendrai pas là-dessus.

Je viens d'aller consulter le site des Oblates de Saint François de Sales. L'institut paraît sain et solide. Il a gardé l'empreinte de son origine monastique. L'habit reste classique, sans être suranné, mais il est compatible avec l'exercice d'un apostolat. 

 

J'ai eu l'occasion de rencontrer un autre institut salésien qui était présent dans ma paroisse d'origine pendant mon adolescence : les sœurs salésiennes missionnaires de Marie immaculée. Il s'agit à l'origine d'un institut de catéchistes, fondés au XIXe siècle dans la spiritualité salésienne. Les sœurs que j'ai connues portaient une robe chasuble grise, une croix en sautoir, avec un chemisier blanc.

Demander à une candidate de finir ses études, d'obtenir un diplôme ou une aptitude professionnelle, de prendre le temps de discernement est un indice de fiabilité.

 

Concernant les révélations privées, les mystiques stigmatisés et thaumaturges, etc. des saints canonisés ont refusés de se déplacer pour aller voir certains de ces "phénomènes", arguant qu'ils trouvaient davantage Dieu dans la prière que dans des manifestations extraordinaires.

 

Medjugorje mériterait un billet à lui tout seul. Je vais me contenter de dire que les gens de l'endroit ni croient plus depuis belle lurette et que l'attitude des "voyants" y est pour beaucoup. Il est navrant de voir des prêtres et des prélats sauter à pieds joints au-dessus des directives de l'évêque du lieu sous de "pieux" prétextes.    

18/04/2014

Pour la semaine sainte


 

 

 


16/04/2014

Chronique de dérives en cascade épisode 16. Errances

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, sœur orésienne depuis trente ans a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Des religieuses quiitent le couvent et se plaignent. Pourtant le monastère continue à en accueillir des novices, parfois sans réelle vocation,  qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Elle se révèle âpre au gain, agrandit et embellit exagérément les bâtiments et impose une liturgie fastueuse. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse et susceptible et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. À l'intérieur du couvent, il n'y a qu'une loi, la sienne, et elle varie selon ses sautes d'humeur. Mais les choses changent. Un indult de Rome ne lui permet plus d'assumer un nouveau mandat de supérieure. Elle a beau lutter et comploter, il faut bien accepter que Rome, nomme supérieure sœur Pauline. Mère Fausta, jalouse de son pouvoir, la persuade qu'elle n'est pas à la hauteur et la pousse à démissionner après six mois.  Une visite canonique a lieu . Un an après la nomination de Mère Pauline, le couperet tombe : sœur Fausta doit partir. Elle emmène avec elle sœur Pauline et sœur Alexandra, qui pourtant a plusieurs fois douté de sa vocation mais avec qui elle entretient une relation trouble. Plutôt que de se soumettre à ce qu'on demande d'elles, les trois nonnes se font séculariser et emménagent dans un lieu de pèlerinage. Un peu plus tard, les nonnes de Saint-Hilaire décident de fermer leur couvent et de se disperser. 

Errances

 

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Au sanctuaire de Wittekerk, les trois ex-nonnes continuent à porter indument leur habit. Elles font la cuisine, dressent les tables et nettoient pour les pèlerins qu'accueillent les pères souriceaux.  Un couple qui fréquentaient assidument Saint-Hilaire les prévient que Sœur Valérie cherche à les rejoindre. En effet, la jeune femme ne peut se faire à l'idée qu'elle n'a pas la vocation. Elle veut à tout prix être sœur orésienne et, puisque le couvent de Sainte-Barbe ne veut pas l'admettre à la profession perpétuelle, elle veut rejoindre son "Jésus vivant". Sœur Pauline va donc la chercher avec un membre de sa famille, là où elle est, c'est à dire dans un lieu de retraite spirituelle.

 

Dès qu'elle débarque, on la revêt de l'habit religieux. Mais la jeune femme doit rapidement déchanter. Dans cet endroit, les trois ex-nonnes ne vivent pas la vie des orésiennes. Elles s'entassent dans les deux pièces, sans porte ni fenêtre qu'on leur a concédées. Leur rythme et leur style de vie n'a rien de contemplatif. Valérie se rend compte qu'elle ne peut pas vivre dans ses conditions et elle cherche à s'en aller. Mais "sœur" Fausta fait pression sur elle. Partir serait trahir Jésus, comme divorcer d'avec lui. La jeune femme est épuisée, les conditions d'hébergement sont épouvantables, elle vit tout cela comme dans un brouillard.

 

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Les fausses religieuses cherchent un endroit et des fonds pour faire construire un monastère. Eh oui ! Même si elles sont plus orésiennes, elles veulent fonder un monastère de leur ordre. Elles ont déjà acquis l'évêque du lieu, Mgr Deschuur, à leur cause. A lui aussi, elles ont raconté qu'elles ont été chassées de chez elle par leur évêque. L'abbé Legris a bien contacté ce monseigneur pour lui faire part de ses inquiétudes, le prélat n'en a cure. L'ex-nonne ne l'a-t-elle pas présentée comme un empêcheur de tourner en rond, un de ces prêtres séculiers qui n'y connaissent rien en matière de vie religieuse et se mêle de choses qui ne comprennent pas ?

 

Fausta envoie Valérie se reposer dans un hôtel avec les cassettes audio des conférences du père Edouard-Philibert Auguste, pour mieux l'endoctriner. Durant ce temps, le trio trouve un autre endroit d'hébergement à la maison mère des pères souriceaux. Une bienfaitrice leur prête un chalet à la campagne. Si l'endroit est idyllique, les fausses nonnes n'y passent guère de temps, elles y sont juste pour dormir. Le reste de la journée, elles le passent sur les routes, visitant bienfaiteurs et bâtiments, pour pouvoir mener leur projet de fondation à bien.

 

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Valérie en a assez d'être si souvent trimballée en voiture. Si Fausta veut la convaincre qu'elle doit se renoncer pour Jésus, Pauline et Alexandra sont plus lucides sur l'état de la jeune femme. Elles convainquent leur "supérieure" de la laisser s'en aller. Elle veut l'envoyer à la maison mère des sœurs souricettes, mais Valérie refuse.  La jeune femme atterrit dans une petite communauté bénédictine. Un père belge de passage la prend en pitié. Il a entendu parler de Saint-Hilaire et lui déconseille fortement de retourner auprès de Fausta. Elle veut devenir orésienne ? N'y aurait-il pas, au pays, un couvent qui veuille l'accueillir ? Oui, il y a une communauté de quelques sœurs fort âgées qui veulent bien d'un renfort. Valérie va les rejoindre.

 

Les démarches des trois errantes finissent par aboutir. Elles se trouvent de riches bienfaiteurs pour mener à bien leur projet et arrivent à émouvoir les pères de l'Abbaye Mordicus Dei sur leur sort. Elles se trouvent une maison dans un petit village, à Rommelgem, et se font bâtir un monastère grâce aux fonds récoltés. Les pères souriceaux viennent leur dire la messe. Mais dans cet endroit reculé du monde, les réformes du concile Vatican II sont mal passées. Les prêtres célèbrent l'eucharistie en tournant le dos au peuple, les fidèles reçoivent la communion sur la langue, à genoux. Quant aux moines du Mordicus Dei, ils ont obtenu la permission de dire la messe en latin, à la mode de grand-maman. Mais qu'importe pour Fausta si le soutien vient des conservateurs, tant qu'elle a ce qu'elle veut : de l'argent pour se construire un couvent, même si elle n'est plus religieuse.

 

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La maison accueille maintenant deux vieilles nonnes d'âge canonique, puis une première novice. La jeune fille est abusée par les apparences et pense qu'elle est dans un véritable couvent, alors que la communauté n'est pas encore une association de fidèles. De plus, elle a déjà été refusée ailleurs à cause de sa mauvaise santé. Entre temps, Valérie a refait des vœux temporaires dans le monastère où elle a échoué. Mais les quelques vieilles soeurs qu'il compte encore meurent les unes après les autres et le couvent doit fermer. Sœur Valérie n'a pas oublié Fausta ; elle la hante encore et, malgré tout ce qu'elle a déjà essuyé d'elle, après toutes ces expériences négatives, le charme qu'exerce l'ancienne supérieure joue encore, la trentenaire qui veut à tout prix se cloîtrer s'en va la rejoindre.

 

Si l'aliénation affective est réelle, le malaise de sœur Valérie n'en est pas moins grand. Elle est bien cette fois, dans un véritable couvent avec un mode de vie plus contemplatif. Cependant, elle se sent de plus en plus mal dans sa peau, mal à l'aise dans son habit. Elle repense à ce que lui a dit Mère Louise et se rend compte qu'il y a du vrai : cette Fausta a beaucoup trop d'influence sur elle, pourtant elle ne parvient pas à trancher. La novice entrée avant elle sombre dans la dépression. Sœur Valérie est sur les nerfs et pense sérieusement à s'en aller, pour de bon, cette fois. Mais chaque fois qu'elle aborde la question avec la "supérieure", celle-ci la convainc avec des arguments de son industrie : Jésus a permis que tu sois la seule de Saint-Hilaire à me rejoindre, partir serait le trahir, je me battrai pour ta vocation etc. Un jour qu'elle confie ses doutes au confesseur, un père souriceau, Fausta, trouvant suspect que cette confession se prolonge, fait sortir sœur Valérie et se plaît à la culpabiliser un maximum.

 

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Sœur Valérie est au terme de sa profession temporaire mais, canoniquement, elle ne peut pas faire de vœux perpétuels en tant qu'orésienne. Elle est dans une association de fidèles, pas dans un vrai monastère orésien. Un évêque venu de l'extérieur a été dépêché pour le rappeler à Mgr Deschuur. Une chance, en vérité, car tout lui pèse : l'état de perpétuel chantier des bâtiments qui prennent des proportions démesurée, le fait de voir la novice, pas à sa place, dépérir, les pressions que Fausta exerce sur elle. Son mal-être s'accentue au point de la rendre très agressive. Elle prend en grippe l'autre novice ainsi que Pauline qui prend à chaque fois la défense de Fausta dès qu'une discussion s'engage. Seule Alexandra semble la comprendre. Un jour qu'elle se dispute pour la énième fois avec Fausta, parce que celle-ci ne veut pas la lâcher, Pauline intervient, une fois de plus, comme un toutou défend son maître. Excédée, sœur Valérie la gifle, puis, réalisant ce qu'elle vient de faire, fond en larmes.

 

 

C'est pourtant ce geste qui va la sauver. Fausta lui déclare que ce qui vient de se passer est trop grave, qu'il faut qu'elle s'en aille et qu'elle prenne du recul. On lui procure des vêtements civils et on la conduit très loin de là.  Au terme d'un long voyage d'un millier de kilomètres parcourus en une seule étape, Alexandra et Fausta la déposent chez le même couple par qui elle était venue les rejoindre. Le lendemain,  ces gens emmènent Valérie chez les pères souriceaux, en Belgique. Valérie se sent coupable, punie, comme en prison. Elle téléphone à Fausta pour lui demander pardon, mais celle-ci lui répond qu'elle doit d'abord expier sa faute.

 

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Le lendemain, le supérieur des souriceaux lui fait comprendre qu'il ne peut l'héberger que quelques jours et lui conseille de contacter ses parents qu'elle n'a plus vus depuis très longtemps. Ils viennent aussitôt la rechercher. Lorsqu'elle ouvre sa valise, elle voit que Fausta a mis dedans son habit religieux. La "supérieure" la recontacte pour le récupérer, l'assurant qu'elle n'est pas digne de le porter.

 

C'est une femme bouleversée, épuisée et complètement anéantie qui revient dans sa famille. Le père de Valérie entame des démarches pour récupérer la dot de sa fille. Elle lui est versée par petites mensualités et Fausta a soin de déduire les frais d'opticien et de dentiste ; c'est que les fausses nonnes n'ont pas de couverture sociale. Six mois plus tard, Fausta tente de faire revenir Valérie. Elle lui téléphone pour lui dire que le recul a été suffisant, qu'elle peut rentrer. Mais cette fois, cette femme proche de la quarantaine a définitivement tiré la leçon de ses aventures monastiques : elle n'a pas de vocation et, qui plus est, Fausta l'a manipulée. Elle a pris un nouveau départ dans la vie, elle suit des formations et s'est inscrite à un cours de secrétariat . Elle envoie rondement promener l'impudente. Valérie, elle aussi, finira à la longue par abandonner le catholicisme.  

 

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La jeune novice, restée à Rommelgem, continue à dépérir.  Elle va de plus en plus mal et ne reçoit pas les soins que sa santé nécessite. De plus, le doute s'installe sur l'opportunité de sa présence chez ces "soeurs". Ses parents s’inquiètent car le rythme des visites que Fausta leur impose, les coupe de leur fille. Lors de l'une de ces trop rares rencontres, ils parviennent à la persuader de s'en aller, ce qu'elle fait. Elle doit tout aussitôt être hospitalisée, car sa santé a été gravement négligée. Cela n'empêchera pas Fausta d'accepter d'autres candidates. Quelques années plus tard, sœur Alexandra meurt d'une grave maladie. 

 

Lorsqu'elle était prieure à Saint-Hilaire, Fausta recevait parfois la visite d'un fermier des environs qui emmenaient sa fille de huit ans avec lui, Hermine. Comme beaucoup de petites filles de son âge dans un tel environnement, Hermine déclare qu'elle aussi se fera nonne. La petite passe quelques jours à l'hôtellerie du couvent aux environs de sa communion solennelle. Soeur Pauline l'engage comme aide-sacristine et lui décerne ensuit une joli diplôme, pour la forme. Mais Hermine grandit et son attrait d'enfant ne se mue pas pour autant en vocation. Le temps passe, elle se marie et elle devient mère à son tour. Voici qu'elle passe, bien des années plus tard, dans la région où se sont installées les fugitives. Elle leur rend visite, enceinte jusqu'aux yeux, en emmenant son mari et la petite dernière. Fausta la reçoit très mal.  A la fin de la visite, elle pousse l'impudence jusqu'à reprocher au mari d'avoir dévoyé Hermine de la voie que Dieu lui destinait. Aux yeux de Fausta, n'importe quelle envie de couvent, même celle d'un mioche est une vocation et le mariage, bien qu'il soit un sacrement, est une mauvaise chose.

 

 

Mgr Deschuur décède et Mgr Buizerd lui succède. Ce qui se passe à Rommelgem, est revenu à ses oreilles. Il n'est pas enclin à autant d'indulgence que son prédécesseur. Il reste prudent, prend ses renseignements et reçoit des avis défavorables concernant la communauté. Pas question pour lui de permettre à cet étrange couvent de se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Mais la situation brumeuse dans laquelle se trouve la communauté ne rebute pas certaines jeunes femmes qui y entrent malgré tout.

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Si les pseudo-nonnes ne sont plus en odeur de sainteté dans le diocèse, elles n'en gardent pas moins des appuis dans les milieux conservateurs. Ainsi, l'abbé Onnozelaar est un des fervents partisans du couvent. Il le fréquente assidument et, avec l'aide des Mordicus Dei qui ont pris la communauté sur leur aile, il cherche un autre statut pour les pseudo-religieuses. Il n'est pas le seul. Si le couvent recrute, c'est aussi grâce à l'abbé Résina, un prêtre à la piété passéiste, très actif dans la pastorale des jeunes. Mgr Onnozelaar est bien vu en haut lieu. Il finit par devenir évêque dans un autre diocèse. Peu après, les couventines quittent Romelgem.

 

Le nouvel évêque de Nergens l'accueille à bras ouvert à Stillenburg, un petit village au milieu de nulle part. Il s'arrange pour leur donner un nouveau statut. Avec l'appui de ses relations romaines, il parvient à faire rentrer la petite communauté dans la congrégation des Stanislawa. Si le charme de Fausta a joué jusqu'ici, l'épisode du déménagement va écorner son image. Les bénévoles qui s'échinent à l'aider gracieusement sont traités avec peu d'égard, à un point tel que la sainte nonne tombe de son piédestal. Le couple si proche de Fausta et qui avait joué les chauffeurs pour amener et reconduire Valérie va devoir lui aussi déchanter. Lorsque le mari décède de maladie, la supérieure ne veut plus rien savoir de la veuve et la rejette "comme une vieille chaussette" pour reprendre l'expression de l'intéressée. Quoi d'étonnant ? Un même missionnaire à la retraite, à Saint Hilaire, était déclaré saint ou parasite selon que la supérieure avait ou non besoin d'un prêtre pour dire la messe en l'absence du chapelain.

 

 

 

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Comme toujours, Fausta se projette dans les bâtiments. L'ancienne ferme et ses dépendances qu'on leur a concédés vont subir de telles transformations que les gens du village en sont choqués. Il ne s'agit plus seulement d'aménager un corps de logis pour en faire un couvent. La bâtisse prend des allures cossues qui s'accordent mal avec le vœu de pauvreté. D'ailleurs Fausta ne se prive de commenter les dots qu'apportent les candidates devant le maïeur qui en est estomaqué. Les dons que font les familles des jeunes filles au couvent semblent lui importer davantage que les dons naturels des postulantes.

 

C'est ainsi que les faits m'ont été rapportés et c'est ici que s'achève cette chronique, du moins pour le moment. Là où elle se trouve, Fausta continue à exercer son charme et son emprise sur son entourage proche ou moins proche. Certes, elle prend de l'âge, mais elle ne semble pas encline à céder son poste à une autre nonne. Elle continue son mode de vie, chapeautée et entourée d'un univers conservateur, propre à ce coin reculé d'Europe continentale. Dans un tel étouffoir, il sera plus difficile aux jeunes sœurs en proie au doute de quitter leur communauté. Quant aux autorités ecclésiastiques locales, elles sembleraient plus soucieuses de sauvegarder les apparences que d'exercer une saine surveillance objective. Une communauté religieuse fervente qui recrute de nombreuses candidates est une excellente façade pour le traditionalisme en vogue dans la région.

 

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