31/03/2014

Chronique de dérives en cascade épisode 15. Le coup d'état

 

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,  épisode 13, épisode 14

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, sœur orésienne depuis vingt-cinq ans a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques quand des candidates quittent le couvent. Pourtant le monastère continue à en accueillir d'autres, parfois sans réelle vocation,  qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Âpre au gain, lancée dans un programme d'embellissement et d'agrandissement des bâtiments, elle développe aussi une liturgie splendide mais trop lourde pour la communauté. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse et susceptible et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. À l'intérieur du couvent, il n'y a qu'une loi, la sienne, et elle varie selon ses sautes d'humeur, comme elle peut se montrer tour à tour ouverte ou conservatrice. Mais les choses changent. Un indult de Rome ne lui permet plus d'assumer un nouveau mandat de supérieure. Elle a beau lutter et comploter, il faut bien accepter que Rome, suite à une enquête ecclésiastique, nomme supérieure sœur Pauline. Mère Fausta, jalouse de son pouvoir, la persuade qu'elle n'est pas à la hauteur et la pousse à démissionner après six mois. L'évêque, d'une part, et les deux nonnes, d'autre part, demandent une visite canonique. C'est le père Judicaël qui en est chargé, mais il se garde de livrer ses impressions. Un an après la nomination de Mère Pauline, un coup de fil leur annonce la visite du vicaire épiscopal et d'un père orésien.

 

 

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Le coup d'état

Vingt ans plus tard, c'est toujours ainsi que les anciennes de Saint-Hilaire, aujourd'hui quinquagénaires, appellent ce fameux jour de septembre. La supérieure du couvent a reçu un coup de fil annonçant la prochaine visite de l'Abbé Legris et du Père Bénigne. "Alors nous pouvons chanter Alléluia ?" demande Mère Pauline, au téléphone. Le Père Bénigne lui répond qu'il ne peut rien dire avant d'être sur place. Mis au courant de la démarche de son confrère, le père Bavo s'exclame "Heureusement qu'il y a des grilles au parloir !" Faut-il le préciser ? Le père de Saint-Orès connaît trop bien le caractère orageux de la nonne flamande. Il sait que derrière ses airs doucereux, elle est capable de crises de furie qu'elle a l'audace d'appeler des saintes colères.

 

Ce lundi-là, les nonnes vaquent à leurs occupations habituelles. Deux novices ont pris un jour de récollection. La supérieure et son conseil sont appelés au parloir dans la matinée, pour rencontrer les deux ecclésiastiques. Elles ne paraissent ni à l'office du milieu du jour, ni au repas de midi. Sœur Martine croise Mère Pauline dans l'après-midi. Elle lui dit : "Tu sais ce qui se passe ? Je ne suis plus supérieure, Mère Fausta doit quitter Saint-Hilaire et c'est Mère Louise de Sainte-Barbe qui est nommée à ma place." La jeune nonne rencontre l'ancienne supérieure au réfectoire, en allant prendre sa tasse de café. "On me chasse, lui dit-elle, toi, sois une bonne religieuse." Mère Fausta va aussi annoncer la nouvelle aux novices en prière. Elle se place debout, face à Valérie, qui fait une heure d'adoration, tournant le dos au tabernacle entrouvert, comme si elle était Jésus lui-même.

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La cloche sonne pour rassembler la communauté . Les sœurs prennent place dans l'immense salle de conférence fraîchement construite. Mère Fausta, assise dans le fond, tient la tête baissée et inclinée et les mains jointes, doigts entrecroisés, comme elle le fait toujours quand elle veut signifier qu'on l'a chagrinée. Sœur Alexandra qui est revenue au monastère depuis quelques mois, serrent les poings et les dents. Le Père Bénigne et l'Abbé Legris s'assoient et donnent lecture du rescrit de Rome. Le saint-siège a accepté la démission de Mère Pauline. Mère Fausta doit se retirer dans un monastère de son choix. Mère Louise est nommée supérieure.  Sur ce, l'abbé Legris se lève et quitte la pièce. Mère Pauline prend la parole et demande sur un ton assez agressif :" Où est allé l'abbé Legris ?" Le père Bénigne est un homme d'une très grande douceur, mais cela ne l'empêche pas, le cas échéant de faire preuve de fermeté. "Soeur Pauline, on ne parle pas comme ça à un supérieur! " gronde-t-il. "Père Bénigne, par respect pour la communauté, pouvez-vous nous dire où est allé l'abbé Legris ? reprend-elle." "Eh bien, vous avez une nouvelle supérieure, il est allé la chercher."

 

De fait, le vicaire épiscopal revient avec une religieuse orésienne d'une soixantaine d'années. Elle ne porte pas la guimpe comme à Saint-Hilaire, mais un col blanc avec un voile court, si bien que sœur Marie-Noëlle ne se gêne pas pour murmurer "Elle n'est même pas comme nous !". Pris de court par le tour des événements et sans avoir pu préparer la cérémonie, les deux ecclésiastiques installent la supérieure comme ils le peuvent, en récitant plutôt qu'en chantant un Te Deum. Pour le coup, la cérémonie a quelque chose de triste et de boiteux. Durant des années, Mère Fausta a décrié Mère Louise, elle parlait d'elle en termes méprisants, avec condescendance, laissant entendre qu'elle était limitée, sans intelligence et sans instruction. Pour les plus jeunes, c'est comme si on avait nommer le diable lui-même à cette place.

 

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Quand les deux prêtres se sont retirés, la nouvelle supérieure demande à rencontrer les sœurs dans un endroit plus convivial. Les nonnes se rendent en salle de communauté. Mère Louise se montre très affable et compatissante, car les sœurs étaient loin de s'attendre à une telle décision. Elle essaie de les rassurer comme elle peut. Le lendemain Mère Fausta fait le tour avec elle de tout le couvent en la met brièvement au courant des choses des plus importantes concernant la communauté, y compris la comptabilité. Mais le soir-même, au grand étonnement de toutes, ce n'est pas seulement Mère Fausta qui s'en va. Sœur Pauline et sœur Alexandra la suivent. Une voiture envoyée par une abbaye amie vient les chercher.

 

Saint-Hilaire se retrouve décapité, comme disent sœur Denise et sœur Agnès. Les anciennes revivent le drame qui les frappées vingt ans plus tôt. Infantilisées jusque là, sœur Marie-Noëlle et sœur Martine se trouvent propulsées tout d'un coup à d'autres responsabilités. Sœur Valérie sombre dans une sorte de dépression. Mère Louise l'envoie souvent dormir plus tôt, d'ailleurs, elle n'hésite pas à donner du repos à toute la communauté, la dispensant de la célébration commune de certains offices.

 

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Le Père Bénigne ne manque pas d'expliquer aux sœurs déboussolées que jamais le rescrit de Rome n'a demandé à sœur Pauline de partir ; on attendait d'elle qu'elle assiste la nouvelle supérieure. Quant à sœur Alexandra, si son retour récent à Saint-Hilaire allait à l'encontre de l'indult qui la concernait, il lui avait conseillé de rester et d'attendre une décision la concernant, vu que la situation avait changé. En effet, c'était son rapport avec sœur Fausta qui avait été épinglé.  Le père orésien s'explique, en privé, auprès des sœurs de Saint-Hilaire. S'il a parlé durement à sœur Pauline, c'est qu'il était énervé après l'entrevue houleuse qu'il avait eu avec ces sœurs au parloir dans la matinée. Lui aussi s'emploie à rassurer, à réconforter et à encourager.

 

Mère Louise rassure tout de suite les nonnes : elle ne changera rien à leur manière de fonctionner. S'il y a des changements à faire, ce sont elles qui les feront. Pour la première fois depuis dix-huit ans, Saint-Hilaire commence à fonctionner comme tout monastère devrait le faire. Les capitulantes prennent la parole, tour à tour, dans les réunions communautaires, la supérieure les écoute et tient compte de leur avis.

 

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Les trois sœurs parties séjournent un temps à l'hôtellerie d'un monastère. Elles racontent aux moines qu'elles ont été chassées de leur couvent par l'évêque. Ensuite, elles quittent le pays et se rendent dans un monastère de leur ordre à l'étranger. Elles sont reçues par Mère Euphémia, la supérieure de Mestwalle, mais elles n'acceptent pas les conditions d'hébergement. Avec une voiture prêtée par la famille de l'une d'elle, elles font le tour de différents monastères et s'y présentent comme trois nonnes chassées de leur monastère par leur évêque. Naturellement, les supérieures de ces couvents se renseignent auprès de la présidente de l'association orésienne et entendent un autre son de cloche.

 

A Saint-Hilaire, lentement mais sûrement, les langues se délient. Les sœurs viennent se confier à Mère Louise qui écoutent, horrifiées, le mode de vie que leur imposait sœur Fausta. Des écailles tombent des yeux de certaines qui réalisent qu'elles ont vécu, dans ce monastère, comme dans une secte, sous l'égide d'un gourou. C'est bien le sentiment du père Judicaël, au terme de sa visite. La conduite anormalement respectueuse et louangeuse de sœur Pauline envers sœur Fausta, les proportions anormales des bâtiments construits et le fait que toutes les sœurs chantent à l'unisson la même chanson lui a fait prendre conscience que les nonnes avaient perdu leur liberté intérieure. Sœur Martine a renommé l'ancienne supérieure Faussenana et sœur Marie-Noëlle, ravie, adopte ce surnom

 

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Averti de l'attitude de sœur Fausta, le père Matthéo, supérieur général des orésiens, envoie une lettre bien sentie à Mère Euphémia et aux trois fugitives. A la première, pour l'informer de la réelle situation des nonnes qu'elle héberge et aux trois nonnes pour leur intimer de s'en tenir au rescrit et à observer la clôture.  Qu'elles se retirent dans un monastère de l'ordre et qu'elles n'en bougent plus. Une copie de la lettre qui les concerne est aussi envoyée à Mère Louise qui la lit au chapitre. Que les sœurs se rendent compte que sœur Fausta est en faute.

 

Les trois mousquetaires, comme on les appelle familièrement, quittent Mestwalle et se rendent à Wittekerk, un lieu de pèlerinage. Au lieu de rejoindre un couvent de leur ordre, elles préfèrent rester ensemble, sous l'égide d'un vieux chanoine régulier, le père Edouard-Philibert Auguste. Le vieil homme a lui-même fondé une nouvelle congrégation, les pères souriceaux. Ceux-ci tiennent le sanctuaire et prêtent deux pièces aux nonnes.  En dehors de l'obéissance, toutes les trois, elles préfèrent sauter avant qu'on ne les pousse. Elles demandent leur sécularisation. Elles ne sont plus religieuses même si elles en gardent les apparences et se présentent comme telles.

 

 

Durant ce temps, les sœurs de Saint-Hilaire ont fait du chemin. Elles ont d'elles-mêmes repris un style de vie plus conforme avec le charisme de leur ordre, revu leur horaire et abandonné les fastes liturgiques. Mère Louise a trouvé une comptabilité dans un état déplorable. Elle intervient à temps pour éviter un scandale financier. Elle fait de son mieux pour trouver un vrai statut à Caroline qui travaille depuis trop longtemps comme "jeune fille au paire" à plus de quarante ans, sans aucune cotisation pour sa retraite.

 

 

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Elle se rend compte qu'aucune des  sœurs en formation n'a de réelle vocation et le poids de la communauté repose désormais sur trois personnes, la prieure et deux sœurs d'à peine trente ans. Celles-ci sont épuisées physiquement et nerveusement. Elles craquent l'une après l'autre. Sœur Marie-Noëlle n'a qu'une hâte, quitter cet endroit où elle a tant souffert. Elle finit par se retirer dans un autre monastère. Sœur Martine essaie de tenir le coup, mais il faut l'envoyer, elle aussi, en repos quelques semaines. La décision s'impose : il faut fermer et revivre ailleurs.  Sœur Valérie le vit très mal, car elle ne peut admettre que sœur Fausta n'est pas la sainte qu'elle s'imagine.

 

La jeune nonne est envoyé en stage dans une autre communauté. C'est là que le père Innocent la contacte. La supérieure réagit mais trop tard. Sœur Valérie a eu le temps d'expliquer que Saint-Hilaire va fermer. Le religieux s'empresse d'aller tout raconter à sœur Fausta. Du coup, les trois mousquetaires envoient des lettres au couvent pour réclamer le remboursement de soins médicaux et du matériel : des chaises, des tables, des fers à repasser... Leurs familles interviennent pour réclamer d'être rembourser de dons faits au monastère. L'abbé Legris, qui est aussi juriste de formation, met les points sur les i : ce qui est donné est donné. Les fugitives n'ont droit à rien, si ce n'est aux dédommagements des soins médicaux.

 

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Le couvent de Saint-Hilaire est fermé au mois de juin. Les nonnes sont réparties dans différents couvent de leur ordre. Les aînées sont accueillies dans des monastères où elles terminent leur vie, choyées, soignées, bien entourées. La novice a compris qu'elle n'a rien à faire dans la vie religieuse et retourne dans le monde. Les deux professes temporaires achèveront cette période dans un autre couvent de leur ordre mais ne seront pas admises à la profession perpétuelle, faute de vocation réelle. Les deux jeunes capitulantes seront admises dans d'autres communautés mais elles finiront par quitter les ordres et le catholicisme après quelques années.

 

Crédits illustrations :  Sister Act, capture d'écran;  film "Femme et religieuse" capture d'écran ;  montage personnel et illustrations libres de droits.

 

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15,  épisode 16 ,appendice

 

24/03/2014

Chronique de dérives en cascade épisode 14. Sic transit gloria mundi

Episode 1  épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12   épisode 13

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, sœur orésienne depuis  vingt-cinq ans a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Quand des novices et une sœur conventuelle quittent le monastère, les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques. Pourtant le monastère continue à accueillir des candidates qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Âpre au gain, elle se lance dans des projets grandioses d'agrandissement et embellissements des bâtiments. Elle développe une liturgie splendide mais trop lourde pour le mode de vie du couvent. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse de ses jeunes candidates et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. Les personnes qui se présentent au noviciat sont accueillies avec complaisance et sans trop de discernement. C'est qu'à l'intérieur du couvent, il n'y a qu'une loi, la sienne et elle varie selon ses sautes d'humeur.  Si Mère Fausta prend sur certains points de vue la voie de l'ouverture post-conciliaire, elle se montre, sur certains points, attachées à des pratiques d'un autre âge.

 

Sic transit gloria mundi

Les constitutions des sœurs orésiennes prévoient qu'une supérieure soit élue pour trois ans, renouvelable une fois. Après deux mandats, elle doit céder sa place à une autre. Si elle est toutefois réélue une troisième fois, il lui faut une permission de Rome qui doit confirmer l'élection.  C'est ce qu'on appelle, en langage de canoniste, une postulation. La situation de St-Hilaire qui se relève de ses cendres, a justifié que cette postulation lui soit accordée pendant cinq mandat. Cependant, Mgr Lebouc, le prélat chargé des religieuses dans l'évêché a bien signifié à Mère Fausta que cette fois sera la dernière. Il lui incombe la tâche de former les jeunes sœurs capitulantes à prendre la relève. Mère Fausta a donc fait comprendre à la communauté qu'elle voulait dans son conseil sœur Alexandra et sœur Pauline. Celles-ci ont donc été élues conseillères.

Au début des années nonante, Mgr Lebouc prend sa retraite et quitte l'évêché. Il laisse la place à un prêtre encore jeune et dynamique, l'abbé Legris qui devient alors vicaire épiscopal, c'est à dire assistant de l'évêque. Sœur Marie-Noëlle et Sœur Martine viennent de faire profession solennelle, elles sont désormais membres du chapitre et ont droit de vote. Mère Fausta n'a pas cru bon de prévenir la communauté, au début du ce dernier mandat, que la postulation ne pourrait être renouvelée si elle devait être réélue. Elle en a tout de même touché un mot à celles qui viennent de quitter le noviciat. La date des élections approchant, elle recommande aux jeunes sœurs d'envisager qu'une autre puisse devenir supérieure à sa suite.

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Mais qui pourrait prendre sa place ? Sœur Alexandra ? Son comportement emporté, ses colères, ses manières et ses fugues l'écartent d'office. Sœur Pauline, alors ? C'est une excellente religieuse, gentille, serviable, humble, mais ... Mais il y a un mais, ou plutôt, on en invente un. C'est qu'elle est si peu sûr d'elle-même ... Et quand l'une de sœurs consultées aborde ce point, Mère Fausta enchaîne  : dans telle ou telle circonstance sœur Pauline a réagi ou comme cela, c'est bien la preuve qu'elle n'a pas les nerfs pour endosser ce rôle. Et chaque fois que sœur Pauline prend, aux yeux de Mère Fausta, la "mauvaise" décision, qu'elle a la "mauvaise" réaction, Mère Fausta commente, auprès des plus jeunes "Tu vois ça, si elle était supérieure ?

 

Mère Fausta avertit l'abbé Legris que les élections vont bientôt avoir lieu et qu'il y aura sans doute postulation. Le fait que la supérieure en titre anticipe le résultat des élections ne manque pas d'étonner le vicaire épiscopal. Il prend rendez-vous et se présente au couvent pour écouter une par une toutes les sœurs capitulantes. Le prêtre est étonné toutes les sœurs chanter d'un seul chœur les louanges de la supérieure. Tout est parfait, il n'y a pas de soucis, elle est la seule à même de tenir cet emploi. D'un seul chœur ou presque. Sœur Denise en a gros de voir sa supérieure manquer souvent à la charité fraternelle, c'est qu'elle se peut se montrer dure en parole. L'ancienne se risque à s'en plaindre un tout petit peu au visiteur, mais c'est bien la seule.

 

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Quand l'abbé Legris questionne les religieuses au sujet des autres candidates possibles, il perçoit le malaise de la communauté au sujet de sœur Alexandra et devine à travers les non-dits qu'elle pose problème. Vers la fin de l'après-midi, Mère Fausta avertit sœur Martine que sœur Marie-Noëlle est entrée au parloir et qu'elle est la suivante. La jeune nonne attend donc son tour dans le couloir où donne la porte du parloir. L'attente se prolonge. Mère Fausta passe par là une première fois, puis une seconde, elle s'étonne que sœur Marie-Noëlle ne soit pas encore sortie. A l'intérieur, Marie-Noëlle ronge son frein. Cet abbé Legris connaît sa famille et s'enquiert de ses nouvelles. Il prolonge les digressions et la jeune nonne se demande quand elle va bien pouvoir dire ce qu'elle a à dire. Quand elle peut enfin entamer le vrai sujet de conversation, on frappe à la porte, Mère Fausta entre. Elle fait remarquer sur un ton doucereux que d'autres sœurs attendent et qu'elle aimerait que monsieur l'abbé puisse aussi voir les novices.

 

Dehors, sœur Martine est estomaquée, elle trouve ce geste déplacé et elle craint qu'il donne une mauvaise impression de sa supérieure. Il est vrai que ce n'est pas la première fois qu'elle fait preuve de sans-gêne.  L'abbé Legris comprend que quelque chose d'anormal se passe dans ce couvent. Quand sœur Marie-Noëlle sort du parloir, Mère Fausta lui demande ce qu'elle a bien pu raconter. Lasse d'avoir sa supérieure constamment sur le dos, elle lui répond seulement : "Je prépare les élections". Les jours suivants, Mère Fausta la met sous pression et la harcèle, elle la soupçonne d'avoir médit d'elle et la suspicion devient rapidement contagieuse. Pour les jeunes nonnes du couvent sœur Marie-Noëlle s'est comporté comme Judas envers Mère Fausta.

 

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Une fois rentré à l'évêché, l'abbé Legris, débarque chez Mgr Jambois, l'évêque et lui déclare tout de go :" Il n'y a aucune liberté, là-bas". C'est un coup dur pour l'évêque qui avait une si haute opinion de Saint-Hilaire. Le vicaire, en consultant l'indult (= faveur du saint-siège, permission) de postulation, se rend compte que celle-ci a été accordée pour la dernière fois et qu'elle ne peut plus être renouvelée. Sur ces entrefaites, il reçoit un coup de téléphone de Mère Fausta, lui apprenant que sœur Alexandra a quitté le couvent. En effet, peu après sa visite, sœur Alexandra a décidé de s'en aller. Elle s'est retirée à l'hôtellerie d'une abbaye amie. Mère Fausta s'emberlificote et s'enfonce dans des explications douteuses : sœur Alexandra est déjà partie une fois. Ou deux ! Avec sa permission ... Oui, elle admet qu'il y a des problèmes avec cette sœur, son caractère, etc. Elle harcèle véritablement le prêtre en lui téléphonant sur son lieu de travail, à son domicile, tard le soir ... Et de conversation téléphonique en conversation téléphonique, elle charge de plus en plus sœur Alexandra, faisant d'elle un bouc émissaire, afin de se sauvegarder. Loin de la défendre, comme elle le faisait précédemment, elle relève dans ses conversations avec l'une ou l'autre jeune sœur que c'est à cause d'elle que Ria et Magda sont parties.

 

Si Mère Fausta n'avait pas révélé à la communauté, après les dernières élections qu'elle ne pourrait plus être réélue, c'était pour préserver la quiétude des sieurs âgées, prétend-elle. Mise au pied du mur, elle doit bien, à présent, convoquer les nonnes pour leur faire part de cette clause. Pourtant, elle assure que, si l'on vote encore pour elle, Rome accordera, encore une fois, la postulation.

 

L'abbé Legris rend visite à sœur Alexandra. Celle-ci se ferme comme une huitre et refuse de lui parler. Moins d'une semaine après avoir quitté Saint-Hilaire, la nonne change d'avis et revient. Le vicaire épiscopal propose qu'on lui fasse suivre une psychothérapie et entame son enquête. Il va interroger les responsables pour la vie religieuse dans le diocèse. Le chanoine Albin le met en contact avec Mère Louise, elle qui a reçu les confidences d'une ancienne novice, d'une ancienne stagiaire et d'une transfuge de Saint-Hilaire. Le clerc constitue un dossier assez solide mais postpose les élections, histoire que le temps fasse son œuvre et que les choses se tassent.

 

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Il revient cependant à Saint-Hilaire, accompagné du chanoine Albin, pour interroger une nouvelle fois les religieuses. Il veut savoir si la prieure a mis la communauté au courant de la clause du dernier indult et si le retour de sœur Alexandra s'est bien passé. Cette fois, il entend toutes les sœurs, même les novices.  Mère Fausta ne manque pas de prendre celles-ci à part pour les "préparer" à ce qu'elles devront dire. De fait sœur Valérie arrive devant lui tétanisée. "Parlez, ma sœur, vous ne risquez rien, dit le vicaire", mais la jeune nonne n'ose pas donner son opinion, elle se contente de lui dire qu'il n'y a rien à dire et que tout est parfait. Quand l'abbé Legris demande à sœur Marie-Noëlle si tout s'est bien passé après sa visite, elle non plus n'ose rien dire du harcèlement ni de la cabale dont elle a été victime ; elle lui ment et répond que les sœurs ont été très charitables envers elle. 

 

Les élections ont lieu. Sans surprise, Mère Fausta est réélue à la quasi majorité des voix. Quasi. Parce que Mère Fausta sait qu'on ne vote pas pour soi-même. Parce qu'une seconde voix, autre que la sienne, lui fait également défaut. Cela la rend malade ; elle se répand en jérémiades, en privé. "Il n'y a plus d'unité dans la communauté" pleurniche-t-elle. Sœur Marie-Noëlle a peur qu'on la soupçonne. De fait, elle fait profil bas et assure son entier soutien à Mère Fausta. Ne serait-ce pas la doyenne, sœur Marie-Gérard, quasi nonagénaire, qui se serait trompée dans ses papiers? suggère-t-elle Les nonnes ont en effet reçu des petits papiers avec le nom de toutes leurs consœurs, en plusieurs exemplaire, avant de se rendre au chapitre pour voter. Elles ont mis ces petits papiers avec le nom de celles pour qui elles voteraient dans une enveloppe. "Non, ce n'est pas sœur Marie-Gérard, assure Mère Fausta, j'ai contrôlé son enveloppe avant qu'elle n'entre au chapitre."

 

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L'abbé Legris envoie son rapport au saint-siège avec le résultat des élections. La tension qui règne dans la communauté est trop forte pour sœur Alexandra qui est déjà mal à l'aise dans sa vie religieuse depuis plusieurs années. Cette fois, elle emprunte la voiture de la communauté, file droit vers l'évêché et demande directement sa sécularisation. Plus question qu'on essaie, encore une fois, de la récupérer. Si Mère Fausta se lamente sur la sœur qu'on vient de perdre, elle ne manque pas de faire peser sur elle la responsabilité des tensions que traverse la communauté. Certes, elle est attachée à elle, mais quand il faut se protéger, autant charger une autre.

 

Après en avoir parlé avec le conseil, Mère Fausta suggère que la nonne opte plutôt vers l'exclaustration, c'est à dire un congé temporaire hors clôture qui la maintient dans son état de religieuse. Sœur Alexandra accepte et s'absente donc de la communauté pour un an. La nonne part pour la Terre Sainte où elle travaillera comme volontaire. L'indult d'exclaustration revient de Rome alors qu'elle a déjà quitté le pays. Le document étant en latin, l'abbé Legris le traduit puis l'envoie au couvent. Le document stipule que, si sœur Alexandra persévère dans sa vocation, elle ne pourra pas rentrer à Saint-Hilaire, elle devra choisir un autre couvent du même ordre.

 

Mère Fausta consulte le code de droit canonique à la bibliothèque et n'y lit aucun empêchement au retour d'un membre exclaustré. Les constitutions elles-mêmes assurent qu'une nonne peut revenir au monastère au terme de l'exclaustration. Elle accuse donc l'abbé Legris d'avoir falsifié la traduction plutôt que de s'incliner devant la clause de l'indult.  Et elle ne manque pas de poursuivre cette campagne de dénigrement auprès des plus jeunes nonnes.

 

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Les mois passent car l'administration romaine est lente à réagir. Claudine prend l'habit dans cette communauté pourtant agitée. Hélène a déjà fait un an de noviciat. Mère Fausta veut la proposer à la profession. Les raisons qu'elle donne ne sont ni claires, ni convaincantes : sœur Hélène n'est plus très jeune, elle semble prête à s'engager, etc. Les autres quadragénaires qui sont passées par là ont pourtant toutes fait deux ans de noviciat et non un seul. Pourquoi faire une exception? Mère Fausta prétend qu'il ne s'agit pas d'une exception puisque, selon le droit, un an de noviciat est suffisant. Elle arrive à convaincre le chapitre et sœur Hélène est admise à la profession temporaire. Elle émettra ses vœux au mois de septembre.

 

Au cours du mois de juillet, l'abbé Legris reçoit enfin la décision du saint-siège. Sœur Pauline est nommée supérieure et Mère Fausta première conseillère. Il convoque les deux nonnes pour leur faire part de la nouvelle. Mère Fausta ne veut rien entendre, elle proteste et tempête. Sœur Pauline refuse sa nomination. Devant une telle réaction, l'abbé Legris préfère ne pas insister, il veut leur laisser le temps de se faire à l'idée. Du coup Mère Fausta en déduit qu'il lui reste encore un espoir, un recours et elle le laisse entendre à la communauté. Mais un mois plus tard, le vicaire les convoque à nouveau : il n'y a pas à tergiverser, la décision romaine est là, il faut s'y plier.

 

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L'ancienne supérieure tempête, elle fait même une véritable crise d'hystérie dans le bureau de l'évêque. Elle pousse de tels cris que les chanoines sortent de leur bureau pour voir ce qui se passe. Monseigneur Jambois reste interdit. Ainsi donc, cette supérieure qui lui faisait une si bonne impression est capable de se comporter de la sorte ? Mère Fausta essaie de négocier, qu'au moins on lui laisse jusqu'au mois de septembre, qu'elle puisse recevoir la profession de sœur Hélène. L'abbé Legris refuse catégoriquement. Il faudra bien plier. Elle va retrouver sœur Pauline qui s'est retirée à la chapelle et qui refuse toujours sa nomination. "Accepte, lui dit-elle, sinon on fera venir une supérieure d'un autre couvent, ou alors on fermera le couvent." C'est ainsi qu'à contre cœur, sœur Pauline devient Mère Pauline.

 

Les deux nonnes rentrent au monastère, au soir. La communauté se rassemble après le souper. "Je remercie les sœurs de toutes les gentillesses qu'elles ont dites sur moi!" s'exclame amèrement Mère Fausta. "Six pages de rapport ! Après toutes les bontés que j'ai eues pour vous !" Sœur Valérie est en larmes, son Jésus vivant a été destitué. Ses pleurs en agacent plus d'une.  Mère Pauline s'empresse de nommer Mère Fausta au poste de maîtresse des novices.

 

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Lorsque sœur Hélène prononce ses vœux, c'est Mère Pauline qui les reçoit. Mère Fausta tire la tête durant toute la cérémonie. Au lien d'aller entourer la jeune professe, comme c'est l'usage, au moment où elle émet sa profession, elle reste à l'arrière de la chapelle, près d'un instrument de musique "pour donner le ton", prétexte-t-elle. A la vérité, elle ne digère pas qu'une autre reçoive les vœux d'une sœur.

 

Mère Pauline prend une sage décision : envoyer Mère Fausta en repos quelques jours. Durant son absence, le climat est serein et la nouvelle supérieure semble bien avoir la communauté en main. Mais ce qui aurait dû être la vie ordinaire à Saint-Hilaire ne dure que peu de temps. Mère Fausta revient, amère et critique. Rien de ce que ne fait Mère Pauline ne trouve grâce à ses yeux. Sœur Martine est choquée de voir celle qui prêchait si bien l'esprit de foi et l'obéissance se montrer plus prompte à mettre des bâtons dans les roues à la supérieure que de la seconder. Et pourtant, le charme qu'exerce Mère Fausta est telle que la jeune nonne ne veut pas voir clair à son sujet.

 

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Au lieu d'imposer son autorité, Mère Pauline s'écrase devant Mère Fausta, se sentant à la fois coupable et incapable.  La première conseillère reprend peu à peu des rôles qui sont dévolus à la supérieure, comme de présider les réunions communautaire. Un jour, Mère Pauline fait servir des œufs à la coque et réintroduit les petites cuillères au réfectoire pour pouvoir les manger, ces petites cuillères que Mère Fausta avait fait ranger six ans auparavant parce qu'elles étaient inutiles à ses yeux. Quand la première conseillère s'aperçoit de la décision de Mère Pauline, elle lui fait une scène. "Tu détruis tout ce que j'ai fait !" s'exclame-t-elle. Devant une Mère Pauline qui se répand en excuses, elle refuse de prendre place au réfectoire, se sert dans le frigo et s'en va manger, seule dans une pièce à part.

 

Face à une telle situation, Mère Pauline somatise, elle est à bout de nerfs. Elle ne voulait pas de ce poste, Mère Fausta l'a obligée de l'accepter et elle le lui reproche de toutes les façons possibles. Les tensions dans la communauté sont énormes. Les deux nonnes contactent les pères de leur ordre pour qu'ils "les protègent contre l'évêque". Elles vont même jusqu'à contacter un des conseiller de leur père général, le père Bénigne, pour qu'il vienne faire la visite canonique de leur communauté. Le religieux se trouve en voyage quand il se reçoit le fax. Il trouve le contenu de la missive fort étrange : personne ne se nomme lui-même visiteur d'une communauté. Lors d'un passage dans la région, il s'arrange pour rencontrer l'ancienne et la nouvelle supérieure. Il leur conseille d'accepter l'ordre des choses, de patienter. Dans trois ans, Mère Fausta pourra être réélue. Mais celle-ci n'accepte pas d'être mise de côté. 

 

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Comme Mère Pauline se sent de plus en plus mal, Mère Fausta lui tient un fallacieux discours : Dieu ne veut pas que tu perdes ta santé, démissionne ! C'est ainsi qu'après moins de six mois de mandat, la nouvelle supérieure présente sa démission à l'évêque. Celui-ci n'est pas dupe de la manœuvre, il ne peut accepter ; il demande lui aussi une visite canonique. Deux demandes pour une visite canonique dans une même communauté, porte l'affaire à un niveau supérieur à la congrégation pour les religieux. Là aussi la lenteur de l'administration se fait sentir, ce n'est qu'au printemps qu'un père orésien se présente au couvent pour effectuer cette visite.

 

Mère Fausta veut qu'on ait une bonne impression de la communauté. Elle convie les prédicateurs habituels pour qu'ils soient là lors de cet événement. Le père Louis refuse carrément. Il est lui-même religieux et se rend très bien compte du caractère anormal de la situation. Il a compris quel poids écrase Mère Pauline. Son refus entraine la rupture avec Mère Fausta qui s'emploie à le désigner comme "peu sûr" aux jeunes sœurs. Le père Forteroche, un des confesseurs, devient également suspect à ses yeux, puisqu'il lui a osé lui demander "Est-ce le couvent de Jésus ou est-ce le couvent de soeur Fausta ?"

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De fait, le visiteur, le père Judicaël trouve étrange cette présence de plusieurs prédicateurs et confesseurs à l'hôtellerie quand il débarque à Saint-Hilaire. Il rassemble la communauté, donne une petite conférence puis écoute une à une toutes les sœurs. Toute la communauté chante la même chanson : Mère Pauline est dépassée, Mère Fausta doit reprendre les rennes. A une exception près : sœur Hélène trouve le comportement de l'ancienne supérieure déplacé et le lui dit. Le père Judicaël visite également l'intérieur du monastère et y trouve des extensions du bâtiment fraichement construites. Au terme de sa visite, il se contente de dire qu'il ne lui revient pas de donner les conclusions puisqu'il a été mandaté par le saint-siège.

 

Cette conclusion se fait attendre, elle aussi, si bien qu'il s'écoule une année entre la nomination de Mère Pauline et le dernier épisode de cette saga. Entre temps, soeur Alexandra qui ignorait la clause de l'indult la concernant est revenue à Saint-Hilaire et a repris la vie communautaire. Un jour de septembre, un coup de téléphone annonce la visite du Père Bénigne et de l'Abbé Legris, ils viendront leur faire part de la décision romaine. "Alors nous pouvons chanter Alleluia ?" demande Mère Pauline, au téléphone. Le Père Bénigne lui répond qu'il ne peut rien dire avant d'être sur place. Mis au courant de la démarche de son confrère, le père Bavo s'exclame "Heureusement qu'il y a des grilles au parloir !"

 

Crédits photos : photos personnelles ; The Nun story, WB ; la vera storia della Monaca di Monza ; La religieuse, Nicloux ; The Black Narcissus.

 

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15 épisode 16 ,appendice

 

19/03/2014

Cisterciens et trappistes

En occident, la majorité des moines suivent la règle de Benoît de Nursie. Si cette règle a traversé les siècles, elle n'est pas l'apanage des seuls bénédictins car leur ordre a connu une multitude d'adaptation et de réformes à travers les siècles. L'une d'elle est la réforme de Bernard de Clairvaux. Si l'on veut être honnête, ce n'est pas lui qui a inauguré cette réforme. C'est l’œuvre de Robert de Molesme. Appelé à deux reprises pour devenir supérieur d'une communauté, il doit démissionner après un moment parce que les moines n'acceptent pas les réformes qu'il apporte, c'est à dire un retour à la simplicité première, au travail manuel, au silence et à la pauvreté, face aux fastes de Cluny.

 

 

Il finit par fonder, en 1098,  un nouveau monastère à Cîteaux, d'où le nom "cistercien". La nouvelle fondation attire des jeunes pleins d'idéal et parmi eux, un jeune noble, Bernard, que l'on envoie fonder ensuite, l'abbaye de Clairvaux. Les moines adoptent un habit non teint, blanc et deviennent un ordre à part. La branche féminine se fonde à partir d'un groupe de bénédictines en 1125. Le nouvel ordre prospère et se propage en Europe. Mais avec le temps, victime de son succès et des mutations sociétales, il voit sa sévérité première se relâcher. Pourtant certains veulent revenir à la sévérité des débuts et suivent la stricte observance.

 

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Une autre réforme voit le jour au XVIIe siècle, celle de l'abbé de Rancé, supérieur de la Trappe. L'abbé de Rancé est un prêtre séculier qui devient abbé commendataire. Cela signifie qu'il a le titre d'abbé, de supérieur, mais qu'il ne réside pas dans l'abbaye et qu'il en empoche les bénéfices. Ce système de la commende est responsable de la décadence de bien des monastères à l'époque. De fait, quand notre abbé mondain visite son abbaye, il la trouve en état de ruine et réalise qu'il en est aussi responsable. Cet événement marque un tournant dans sa vie. Il devient abbé pour de bon, fait venir des moines d'un autre monastère où l'on observe l'étroite observance et instaure des réformes. Mais il tombe d'un excès dans l'autre et passe d'une vie mondaine à une austérité poussée à l'absurde, il faut bien l'avouer. 

 

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Quand débute la révolution française, des moines quittent l'abbaye de la Trappe et essaiment un peu partout en Europe en fuyant les troupes révolutionnaires puis napoléoniennes. On les appelle les moines "Trappistes". Aux coutumes de ll'abbé de Rancé, s'ajoutent les règlements de leur chef de file, Augustin de Lestrange. C'est ainsi que naissent différentes congrégations cisterciennes qui prennent le nom de trappistes. Mais, le temps aidant, on revient de ces austérités déraisonnables qui abaissent dangereusement l'espérance de vie. Le saint siège demande aux différentes congrégations trappistes de trouver une voie vers l'unité. C'est chose faite en 1892 où ces congrégations fusionnent et forment l'ordre des cisterciens réformés de Notre Dame de la Trappe. Désormais, on cherche davantage à retrouver la vie des premiers cisterciens et on laisse peu à peu tomber les coutumes de Rancé. En 1902, le nom de la Trappe a perdu sa raison d'être, l'ordre s'appelle désormais Ordre Cistercien de la Stricte Observance.

 

Donc, de nos jours,  le mot trappiste ne peut plus s'utiliser qu'au féminin et pour désigner une variété de bière d'abbaye ! Pour s'appeler trappiste, la bière en question doit être brassée à l'intérieur d'un monastère de l'ordre cistercien de la stricte observance, mais pas nécessairement par les moines. En effet, ceux-ci sont souvent atteint par le phénomène de vieillissement des communautés et emploient du personnel laïque.

 

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Les cisterciens des deux observances portent une tunique blanche et un scapulaire noir avec un ceinture de cuir par dessus. Ils ont une coule blanche pour l'office. Les novices portent un scapulaire blanc ; ils reçoivent le noir à la profession temporaire. La coule se reçoit à la profession perpétuelle, avant cela, le moine ou le moniale en formation portent un manteau blanc, en forme de cape.

 

 

13/03/2014

Chants pour le carême

Miserere d'Allegri par The Choir of Claire College, Cambridge, Timothy Brown

 

 

 

 


 

 

 

 

L'antienne grégorienne Christus factus est

 


 

When I survey

 


12/03/2014

Chronique de dérives en cascade épisode 13. Conservatisme ou ouverture ?

Episode 1 épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, soeur orésienne depuis plus de vingt ans, a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Quand des novices et une sœur conventuelle quittent le monastère, les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques.Pourtant le monastère continue à accueillir des candidates qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Âpre au gain, elle se lance dans des projets grandioses d'agrandissement et embellissements des bâtiments. Elle développe une liturgie splendide mais trop lourde pour le mode de vie du couvent. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse de ses jeunes candidates et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. Les personnes qui se présentent au noviciat sont accueillies avec complaisance et sans trop de discernement quant à leurs aptitudes et leurs motivations. C'est qu'à l'intérieur du couvent, il n'y a qu'une loi, la sienne et elle varie selon ses sautes d'humeur.

 

Conservatisme ou ouverture ?

 

À l'époque où Mère Fausta réside au monastère de St Hilaire, l'ordre est traversé par une crise. En effet, suite au concile Vatican II, les constitutions des orésiennes ont été mises à jour. Un groupe de religieuses polonaises les trouvent trop laxistes et se réclament de la sévérité de leur fondatrice, sainte Bertrade. Sous l'égide de Mère Leokadia, supérieure du couvent de sainte  Stanislawa, elles rédigent un directoire à adjoindre au texte approuvé par le saint siège. Ces orésiennes rencontrent un vif succès en Europe centrale et des contrées conservatrices.  On appelle familièrement ce mouvement "les  Stanislawa". Leur but est de faire approuver le directoire et de le rendre contraignant. La majorité des soeurs orésiennes le rejettent, le trouvant obsolètes et peu adapté au temps actuels. 

 

Enfin de compte, on laisse le choix aux différents couvents orésiens. La plupart ne veulent rien adjoindre aux constitutions, une minorité opte pour le directoire de Stanislawa et forme une nouvelle congrégation au sein de l'ordre. Mère Fausta a une position claire depuis le départ. Elle se démarque ouvertement du conservatisme, des us et coutumes auxquelles elle a été contraintes durant sa formation, les génuflexions, les courbettes, les grilles garnies de piques, les tours, ces armoires cylindriques pivotant sur un axe qui servaient à faire passer des objets de l'autre côté de la clôture. Elle s'en moque et s'en rit. Ce n'est pas pour notre temps, affirme-t-elle. Son couvent ne rejoindra pas les Stanislawa.

 

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Ce conservatisme, Mère Fausta le décrie également quand un groupe de prêtres s'installe dans la région, arborant des soutanes et des usages disparus depuis une vingtaine d'années. Mère Fausta s'en rit et plaint les curés des environs. Pourquoi rendre la religion rébarbative en prenant des airs compassés et en déterrant des rites surannés. Cela ne peut qu'éloigner les gens de la pratique, cela ne va pas remplir les églises, assure-t-elle.

 

Elle invite les membres du conseil de l'association orésienne de la province à tenir l'une de leur réunion à St Hilaire. Mère Euphrasie, supérieure de Sainte-Gudule s'étonne de ne pas voir de grilles au chœur, pas même une barrière. Elle ne manque pas de rapporter l'incident en communauté pour s'en moquer. Quand paraît un nouveau document sur la clôture qui demande une séparation matérielle entre le chœur des sœurs et le reste de la chapelle, elle fait mettre une barrière ... entre les fidèles et le sanctuaire (l'endroit où se tient le prêtre pour dire la messe). Pas question de revenir au temps où l'on assistait à l'eucharistie à travers une grille et un voile.

 

Cependant tel  Janus, Mère Fausta affiche un double visage. Lentement mais sûrement, elle rétablit certaines cérémonies vieillottes, qui avaient été supprimées une quinzaine d'années auparavant. Ainsi, les sœurs devront s'agenouiller avant l'office et baiser la terre au signal donné, avant de se relever pour prier la liturgie des heures. Elle impose aux novices de rester le premier quart d'heure à genoux, sans pouvoir s'asseoir sur les talons lors de la méditation. On voit les colonnes vertébrales se tordre durant cet exercice d'un autre âge et la plupart des jeunes nonnes sont davantage distraites par cette position inconfortables qu'appliquées à la méditation.

 

Aux mêmes novices, elle loue discrètement les anciennes pratiques d'ascèse comme le port d'instrument  de pénitence : croix à pointes et même chaîne de fer. Elle vante si habilement les vertus de la discipline qu'on ne se donne plus à St Hilaire depuis belle lurette, que les jeunes nonnes se pensent obligées de lui en réclamer une pour se l'administrer.

 

 

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Durant un carême, elle persuade les nonnes de reprendre les pénitences au réfectoire. Les plus âgées qui n'ont plus la souplesse nécessaire à la gymnastique se contenteront de porter, tour à tour, symboliquement une croix grandeur nature en bois léger. Les plus jeunes baiseront les pieds de toutes les sœurs. Fort heureusement, elle ne réitérera pas l'expérience l'année suivante, sans doute consciente que les nouvelles recrues, d'un âge plus mûr serait rebutées par ce genre de pratiques.

 

Par contre, elle remet en usage, à la même période liturgique, l'usage du chemin de croix. A chaque novice de proposer tour à tour, au noviciat, une méditation pour chaque station. Celle-ci sera pompée de l'un ou l'autre livre de piété obsolète. Quand sœur Martine propose de simples phrases de l'évangile ou de la bible, elle se fait fusiller du regard.

 

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D'ailleurs, se montrer trop appliquée à nourrir sa foi de livres solides est considéré comme de la présomption et de l’orgueil. Elle interdit à une novice de lire les pères de l’Église. Qu'elle attende donc d'être capitulante, qu'elle se contente de livres qui s'étalent dans une piété mièvre et sentimentale. Ce genre de bouquins, achetés régulièrement en grand nombre, remplissent la bibliothèque qu'on a bien eu soin d'agrandir. Les ouvrages traitant de révélations privées, dans la vague charismatique s'accumulent d'ailleurs sur les rayonnages.

 

Les apparitions de la vierge dans le village yougoslave sont tenues pour argent comptant. C'est sur cette base que Mère Fausta "propose" un jour de jeûne par semaine à toute la communauté, où l'on ne prendra que de la soupe et du pain sec. Seule sœur Jacinthe se rebiffe et réclame son assiette. Mais comme elle est âgée, Mère Fausta la fait passer pour à moitié sénile et lui accorde un repas normal. Quand la conférence des évêques décrétera que rien ne permet de tenir pour surnaturel ce qui se passe dans ce coin de Bosnie-Herzégovine, Mère Fausta dira à la communauté qu'ils ont reconnu les apparitions.

 

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Quoiqu'il en soit, Mère Fausta se pense investie de la mission de relever l'esprit de l'ordre à saint Hilaire et elle ose dire des autres couvents de la province qu'ils n'ont pas compris quel était son charisme. Elle est convaincue d'incarner ce charisme et de savoir comment mener sa barque pour faire de son couvent un vrai monastère de St Orès.

 

 Crédits photos : photos personnelles, discipline : dessin d'après capture d'écran.

 

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