30/11/2014

La famille monastique de Bethléem en question

Dans les premiers articles de ce blog, j'ai fait allusion aux nouvelles fondations en spécifiant bien que le fait de les citer ne voulait pas dire que je les cautionnais. Je citais parmi celles-ci les petites sœurs de Bethléem.

 

Il y a quelques années d'ici, une religieuse d'âge mûr, membre d'un ordre contemplatif sérieux, m'a fait état de sérieux dysfonctionnements au sein de cette jeune congrégation : pression sur les consciences, rythmes insoutenables, manipulation ... On me parlait de jeunes femmes qui quittaient la congrégation complètement détruites. D'autre part, tous les monastères de cette famille se présentaient de la même façon, avec le même texte policé et sans relief comme si on avait effacé toute personnalité, tout cachet aux communautés locales.

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J'ai cherché des témoignages allant dans ce sens sans en trouver, jusqu'il y a peu de temps. Mais dernièrement, un ancien moine de cette congrégation, qui y avait rempli de hautes fonctions, a publié depuis une description détaillée de choses fort peut reluisantes. Vous les trouverez sur ce site ou sur celui de l'AVREF.Fabio Barbero énumère l'absence d'un discernement digne de ce nom, le culte du secret, la défiance envers ce qui est extérieur à la congrégation, l'illusion d'appartenir à une élite, l'emprise sur les consciences, la culpabilisation, une christologie défectueuse, l'ingérence de la supérieure générale dans la congrégation masculine, son mode de vie fastueux en désaccord avec ses engagements religieux, etc.

 

Le prieur général ne s'est pas privé de son droit de réponse pour charger gravement son ancien collaborateur. Il le met au piloris et l'affuble d'épithètes peu glorieuses. Le contraste est assez frappant entre l'analyse posée du premier et la charge agressive du second. On n'y trouve ni charité, ni compassion, ni humilité ; le ton est passionnel, il n'y a pas de véritable remise en question.

 

Suite à cette publication, les témoignages d'anciens de Bethléem se succèdent les uns aux autres sur le premier site. Si deux de ces témoignages prennent la défense de la congrégation, les autres portent de graves congrégations contre elle.

 

Je n'ai pas rencontré personnellement d'anciens membres de cette congrégation. Les témoignages que j'ai lu ailleurs me semblent crédibles d'autant plus que mes soupçons avaient été éveillés il y a près de vingt ans par des personnes que j'estime fiables.

Je rappelle que nul ne sait ce qui se passe dans une communauté à part ceux qui y vivent. Les impressions d'amis, de familiers, de parents, etc. sont parfois trompeuses : quand une communauté dysfonctionne, elle essaie de préserver sa façade par tous les moyens.

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Au lecteur à se forger sa propre opinion. Pour ma part, je me borne à appeler à la plus grande prudence et à la vigilance. Il est souhaitable qu'un candidat à la vie religieuse puisse communiquer avec un accompagnateur spirituel, prêtre ou religieux, extérieur à sa congrégation surtout quand celle-ci prête le flanc à la critique.

 

Une forme de vie religieuse n'est pas supérieure à une autre, il n'y a pas d'ordres ou de congrégations plus purs ou plus parfaits que les autres : c'est une affaire d'appel, de vocation. L'esprit d'élitisme signe un orgueil larvé bien éloigné de l'idéal religieux. Un supérieur se doit avant tout de prêcher par ses actes, sa manière d'être, de se conduire et d'agir plutôt que par ses paroles. Humilier ses subordonnés et y montrer de la complaisance, manquer de charité dans ses paroles ou ses actes et ne pas en manifester de regret, appeler à l'humilité quand on se cache derrière sa mission pour refuser de se remettre en question sont des signaux sérieux de dérives.

 

Crédit photos : photos personnelles

16/04/2014

Chronique de dérives en cascade épisode 16. Errances

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, sœur orésienne depuis trente ans a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Des religieuses quiitent le couvent et se plaignent. Pourtant le monastère continue à en accueillir des novices, parfois sans réelle vocation,  qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Elle se révèle âpre au gain, agrandit et embellit exagérément les bâtiments et impose une liturgie fastueuse. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse et susceptible et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. À l'intérieur du couvent, il n'y a qu'une loi, la sienne, et elle varie selon ses sautes d'humeur. Mais les choses changent. Un indult de Rome ne lui permet plus d'assumer un nouveau mandat de supérieure. Elle a beau lutter et comploter, il faut bien accepter que Rome, nomme supérieure sœur Pauline. Mère Fausta, jalouse de son pouvoir, la persuade qu'elle n'est pas à la hauteur et la pousse à démissionner après six mois.  Une visite canonique a lieu . Un an après la nomination de Mère Pauline, le couperet tombe : sœur Fausta doit partir. Elle emmène avec elle sœur Pauline et sœur Alexandra, qui pourtant a plusieurs fois douté de sa vocation mais avec qui elle entretient une relation trouble. Plutôt que de se soumettre à ce qu'on demande d'elles, les trois nonnes se font séculariser et emménagent dans un lieu de pèlerinage. Un peu plus tard, les nonnes de Saint-Hilaire décident de fermer leur couvent et de se disperser. 

Errances

 

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Au sanctuaire de Wittekerk, les trois ex-nonnes continuent à porter indument leur habit. Elles font la cuisine, dressent les tables et nettoient pour les pèlerins qu'accueillent les pères souriceaux.  Un couple qui fréquentaient assidument Saint-Hilaire les prévient que Sœur Valérie cherche à les rejoindre. En effet, la jeune femme ne peut se faire à l'idée qu'elle n'a pas la vocation. Elle veut à tout prix être sœur orésienne et, puisque le couvent de Sainte-Barbe ne veut pas l'admettre à la profession perpétuelle, elle veut rejoindre son "Jésus vivant". Sœur Pauline va donc la chercher avec un membre de sa famille, là où elle est, c'est à dire dans un lieu de retraite spirituelle.

 

Dès qu'elle débarque, on la revêt de l'habit religieux. Mais la jeune femme doit rapidement déchanter. Dans cet endroit, les trois ex-nonnes ne vivent pas la vie des orésiennes. Elles s'entassent dans les deux pièces, sans porte ni fenêtre qu'on leur a concédées. Leur rythme et leur style de vie n'a rien de contemplatif. Valérie se rend compte qu'elle ne peut pas vivre dans ses conditions et elle cherche à s'en aller. Mais "sœur" Fausta fait pression sur elle. Partir serait trahir Jésus, comme divorcer d'avec lui. La jeune femme est épuisée, les conditions d'hébergement sont épouvantables, elle vit tout cela comme dans un brouillard.

 

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Les fausses religieuses cherchent un endroit et des fonds pour faire construire un monastère. Eh oui ! Même si elles sont plus orésiennes, elles veulent fonder un monastère de leur ordre. Elles ont déjà acquis l'évêque du lieu, Mgr Deschuur, à leur cause. A lui aussi, elles ont raconté qu'elles ont été chassées de chez elle par leur évêque. L'abbé Legris a bien contacté ce monseigneur pour lui faire part de ses inquiétudes, le prélat n'en a cure. L'ex-nonne ne l'a-t-elle pas présentée comme un empêcheur de tourner en rond, un de ces prêtres séculiers qui n'y connaissent rien en matière de vie religieuse et se mêle de choses qui ne comprennent pas ?

 

Fausta envoie Valérie se reposer dans un hôtel avec les cassettes audio des conférences du père Edouard-Philibert Auguste, pour mieux l'endoctriner. Durant ce temps, le trio trouve un autre endroit d'hébergement à la maison mère des pères souriceaux. Une bienfaitrice leur prête un chalet à la campagne. Si l'endroit est idyllique, les fausses nonnes n'y passent guère de temps, elles y sont juste pour dormir. Le reste de la journée, elles le passent sur les routes, visitant bienfaiteurs et bâtiments, pour pouvoir mener leur projet de fondation à bien.

 

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Valérie en a assez d'être si souvent trimballée en voiture. Si Fausta veut la convaincre qu'elle doit se renoncer pour Jésus, Pauline et Alexandra sont plus lucides sur l'état de la jeune femme. Elles convainquent leur "supérieure" de la laisser s'en aller. Elle veut l'envoyer à la maison mère des sœurs souricettes, mais Valérie refuse.  La jeune femme atterrit dans une petite communauté bénédictine. Un père belge de passage la prend en pitié. Il a entendu parler de Saint-Hilaire et lui déconseille fortement de retourner auprès de Fausta. Elle veut devenir orésienne ? N'y aurait-il pas, au pays, un couvent qui veuille l'accueillir ? Oui, il y a une communauté de quelques sœurs fort âgées qui veulent bien d'un renfort. Valérie va les rejoindre.

 

Les démarches des trois errantes finissent par aboutir. Elles se trouvent de riches bienfaiteurs pour mener à bien leur projet et arrivent à émouvoir les pères de l'Abbaye Mordicus Dei sur leur sort. Elles se trouvent une maison dans un petit village, à Rommelgem, et se font bâtir un monastère grâce aux fonds récoltés. Les pères souriceaux viennent leur dire la messe. Mais dans cet endroit reculé du monde, les réformes du concile Vatican II sont mal passées. Les prêtres célèbrent l'eucharistie en tournant le dos au peuple, les fidèles reçoivent la communion sur la langue, à genoux. Quant aux moines du Mordicus Dei, ils ont obtenu la permission de dire la messe en latin, à la mode de grand-maman. Mais qu'importe pour Fausta si le soutien vient des conservateurs, tant qu'elle a ce qu'elle veut : de l'argent pour se construire un couvent, même si elle n'est plus religieuse.

 

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La maison accueille maintenant deux vieilles nonnes d'âge canonique, puis une première novice. La jeune fille est abusée par les apparences et pense qu'elle est dans un véritable couvent, alors que la communauté n'est pas encore une association de fidèles. De plus, elle a déjà été refusée ailleurs à cause de sa mauvaise santé. Entre temps, Valérie a refait des vœux temporaires dans le monastère où elle a échoué. Mais les quelques vieilles soeurs qu'il compte encore meurent les unes après les autres et le couvent doit fermer. Sœur Valérie n'a pas oublié Fausta ; elle la hante encore et, malgré tout ce qu'elle a déjà essuyé d'elle, après toutes ces expériences négatives, le charme qu'exerce l'ancienne supérieure joue encore, la trentenaire qui veut à tout prix se cloîtrer s'en va la rejoindre.

 

Si l'aliénation affective est réelle, le malaise de sœur Valérie n'en est pas moins grand. Elle est bien cette fois, dans un véritable couvent avec un mode de vie plus contemplatif. Cependant, elle se sent de plus en plus mal dans sa peau, mal à l'aise dans son habit. Elle repense à ce que lui a dit Mère Louise et se rend compte qu'il y a du vrai : cette Fausta a beaucoup trop d'influence sur elle, pourtant elle ne parvient pas à trancher. La novice entrée avant elle sombre dans la dépression. Sœur Valérie est sur les nerfs et pense sérieusement à s'en aller, pour de bon, cette fois. Mais chaque fois qu'elle aborde la question avec la "supérieure", celle-ci la convainc avec des arguments de son industrie : Jésus a permis que tu sois la seule de Saint-Hilaire à me rejoindre, partir serait le trahir, je me battrai pour ta vocation etc. Un jour qu'elle confie ses doutes au confesseur, un père souriceau, Fausta, trouvant suspect que cette confession se prolonge, fait sortir sœur Valérie et se plaît à la culpabiliser un maximum.

 

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Sœur Valérie est au terme de sa profession temporaire mais, canoniquement, elle ne peut pas faire de vœux perpétuels en tant qu'orésienne. Elle est dans une association de fidèles, pas dans un vrai monastère orésien. Un évêque venu de l'extérieur a été dépêché pour le rappeler à Mgr Deschuur. Une chance, en vérité, car tout lui pèse : l'état de perpétuel chantier des bâtiments qui prennent des proportions démesurée, le fait de voir la novice, pas à sa place, dépérir, les pressions que Fausta exerce sur elle. Son mal-être s'accentue au point de la rendre très agressive. Elle prend en grippe l'autre novice ainsi que Pauline qui prend à chaque fois la défense de Fausta dès qu'une discussion s'engage. Seule Alexandra semble la comprendre. Un jour qu'elle se dispute pour la énième fois avec Fausta, parce que celle-ci ne veut pas la lâcher, Pauline intervient, une fois de plus, comme un toutou défend son maître. Excédée, sœur Valérie la gifle, puis, réalisant ce qu'elle vient de faire, fond en larmes.

 

 

C'est pourtant ce geste qui va la sauver. Fausta lui déclare que ce qui vient de se passer est trop grave, qu'il faut qu'elle s'en aille et qu'elle prenne du recul. On lui procure des vêtements civils et on la conduit très loin de là.  Au terme d'un long voyage d'un millier de kilomètres parcourus en une seule étape, Alexandra et Fausta la déposent chez le même couple par qui elle était venue les rejoindre. Le lendemain,  ces gens emmènent Valérie chez les pères souriceaux, en Belgique. Valérie se sent coupable, punie, comme en prison. Elle téléphone à Fausta pour lui demander pardon, mais celle-ci lui répond qu'elle doit d'abord expier sa faute.

 

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Le lendemain, le supérieur des souriceaux lui fait comprendre qu'il ne peut l'héberger que quelques jours et lui conseille de contacter ses parents qu'elle n'a plus vus depuis très longtemps. Ils viennent aussitôt la rechercher. Lorsqu'elle ouvre sa valise, elle voit que Fausta a mis dedans son habit religieux. La "supérieure" la recontacte pour le récupérer, l'assurant qu'elle n'est pas digne de le porter.

 

C'est une femme bouleversée, épuisée et complètement anéantie qui revient dans sa famille. Le père de Valérie entame des démarches pour récupérer la dot de sa fille. Elle lui est versée par petites mensualités et Fausta a soin de déduire les frais d'opticien et de dentiste ; c'est que les fausses nonnes n'ont pas de couverture sociale. Six mois plus tard, Fausta tente de faire revenir Valérie. Elle lui téléphone pour lui dire que le recul a été suffisant, qu'elle peut rentrer. Mais cette fois, cette femme proche de la quarantaine a définitivement tiré la leçon de ses aventures monastiques : elle n'a pas de vocation et, qui plus est, Fausta l'a manipulée. Elle a pris un nouveau départ dans la vie, elle suit des formations et s'est inscrite à un cours de secrétariat . Elle envoie rondement promener l'impudente. Valérie, elle aussi, finira à la longue par abandonner le catholicisme.  

 

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La jeune novice, restée à Rommelgem, continue à dépérir.  Elle va de plus en plus mal et ne reçoit pas les soins que sa santé nécessite. De plus, le doute s'installe sur l'opportunité de sa présence chez ces "soeurs". Ses parents s’inquiètent car le rythme des visites que Fausta leur impose, les coupe de leur fille. Lors de l'une de ces trop rares rencontres, ils parviennent à la persuader de s'en aller, ce qu'elle fait. Elle doit tout aussitôt être hospitalisée, car sa santé a été gravement négligée. Cela n'empêchera pas Fausta d'accepter d'autres candidates. Quelques années plus tard, sœur Alexandra meurt d'une grave maladie. 

 

Lorsqu'elle était prieure à Saint-Hilaire, Fausta recevait parfois la visite d'un fermier des environs qui emmenaient sa fille de huit ans avec lui, Hermine. Comme beaucoup de petites filles de son âge dans un tel environnement, Hermine déclare qu'elle aussi se fera nonne. La petite passe quelques jours à l'hôtellerie du couvent aux environs de sa communion solennelle. Soeur Pauline l'engage comme aide-sacristine et lui décerne ensuit une joli diplôme, pour la forme. Mais Hermine grandit et son attrait d'enfant ne se mue pas pour autant en vocation. Le temps passe, elle se marie et elle devient mère à son tour. Voici qu'elle passe, bien des années plus tard, dans la région où se sont installées les fugitives. Elle leur rend visite, enceinte jusqu'aux yeux, en emmenant son mari et la petite dernière. Fausta la reçoit très mal.  A la fin de la visite, elle pousse l'impudence jusqu'à reprocher au mari d'avoir dévoyé Hermine de la voie que Dieu lui destinait. Aux yeux de Fausta, n'importe quelle envie de couvent, même celle d'un mioche est une vocation et le mariage, bien qu'il soit un sacrement, est une mauvaise chose.

 

 

Mgr Deschuur décède et Mgr Buizerd lui succède. Ce qui se passe à Rommelgem, est revenu à ses oreilles. Il n'est pas enclin à autant d'indulgence que son prédécesseur. Il reste prudent, prend ses renseignements et reçoit des avis défavorables concernant la communauté. Pas question pour lui de permettre à cet étrange couvent de se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Mais la situation brumeuse dans laquelle se trouve la communauté ne rebute pas certaines jeunes femmes qui y entrent malgré tout.

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Si les pseudo-nonnes ne sont plus en odeur de sainteté dans le diocèse, elles n'en gardent pas moins des appuis dans les milieux conservateurs. Ainsi, l'abbé Onnozelaar est un des fervents partisans du couvent. Il le fréquente assidument et, avec l'aide des Mordicus Dei qui ont pris la communauté sur leur aile, il cherche un autre statut pour les pseudo-religieuses. Il n'est pas le seul. Si le couvent recrute, c'est aussi grâce à l'abbé Résina, un prêtre à la piété passéiste, très actif dans la pastorale des jeunes. Mgr Onnozelaar est bien vu en haut lieu. Il finit par devenir évêque dans un autre diocèse. Peu après, les couventines quittent Romelgem.

 

Le nouvel évêque de Nergens l'accueille à bras ouvert à Stillenburg, un petit village au milieu de nulle part. Il s'arrange pour leur donner un nouveau statut. Avec l'appui de ses relations romaines, il parvient à faire rentrer la petite communauté dans la congrégation des Stanislawa. Si le charme de Fausta a joué jusqu'ici, l'épisode du déménagement va écorner son image. Les bénévoles qui s'échinent à l'aider gracieusement sont traités avec peu d'égard, à un point tel que la sainte nonne tombe de son piédestal. Le couple si proche de Fausta et qui avait joué les chauffeurs pour amener et reconduire Valérie va devoir lui aussi déchanter. Lorsque le mari décède de maladie, la supérieure ne veut plus rien savoir de la veuve et la rejette "comme une vieille chaussette" pour reprendre l'expression de l'intéressée. Quoi d'étonnant ? Un même missionnaire à la retraite, à Saint Hilaire, était déclaré saint ou parasite selon que la supérieure avait ou non besoin d'un prêtre pour dire la messe en l'absence du chapelain.

 

 

 

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Comme toujours, Fausta se projette dans les bâtiments. L'ancienne ferme et ses dépendances qu'on leur a concédés vont subir de telles transformations que les gens du village en sont choqués. Il ne s'agit plus seulement d'aménager un corps de logis pour en faire un couvent. La bâtisse prend des allures cossues qui s'accordent mal avec le vœu de pauvreté. D'ailleurs Fausta ne se prive de commenter les dots qu'apportent les candidates devant le maïeur qui en est estomaqué. Les dons que font les familles des jeunes filles au couvent semblent lui importer davantage que les dons naturels des postulantes.

 

C'est ainsi que les faits m'ont été rapportés et c'est ici que s'achève cette chronique, du moins pour le moment. Là où elle se trouve, Fausta continue à exercer son charme et son emprise sur son entourage proche ou moins proche. Certes, elle prend de l'âge, mais elle ne semble pas encline à céder son poste à une autre nonne. Elle continue son mode de vie, chapeautée et entourée d'un univers conservateur, propre à ce coin reculé d'Europe continentale. Dans un tel étouffoir, il sera plus difficile aux jeunes sœurs en proie au doute de quitter leur communauté. Quant aux autorités ecclésiastiques locales, elles sembleraient plus soucieuses de sauvegarder les apparences que d'exercer une saine surveillance objective. Une communauté religieuse fervente qui recrute de nombreuses candidates est une excellente façade pour le traditionalisme en vogue dans la région.

 

 Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15, épisode 16 ,appendice

31/03/2014

Chronique de dérives en cascade épisode 15. Le coup d'état

 

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,  épisode 13, épisode 14

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, sœur orésienne depuis vingt-cinq ans a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques quand des candidates quittent le couvent. Pourtant le monastère continue à en accueillir d'autres, parfois sans réelle vocation,  qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Âpre au gain, lancée dans un programme d'embellissement et d'agrandissement des bâtiments, elle développe aussi une liturgie splendide mais trop lourde pour la communauté. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse et susceptible et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. À l'intérieur du couvent, il n'y a qu'une loi, la sienne, et elle varie selon ses sautes d'humeur, comme elle peut se montrer tour à tour ouverte ou conservatrice. Mais les choses changent. Un indult de Rome ne lui permet plus d'assumer un nouveau mandat de supérieure. Elle a beau lutter et comploter, il faut bien accepter que Rome, suite à une enquête ecclésiastique, nomme supérieure sœur Pauline. Mère Fausta, jalouse de son pouvoir, la persuade qu'elle n'est pas à la hauteur et la pousse à démissionner après six mois. L'évêque, d'une part, et les deux nonnes, d'autre part, demandent une visite canonique. C'est le père Judicaël qui en est chargé, mais il se garde de livrer ses impressions. Un an après la nomination de Mère Pauline, un coup de fil leur annonce la visite du vicaire épiscopal et d'un père orésien.

 

 

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Le coup d'état

Vingt ans plus tard, c'est toujours ainsi que les anciennes de Saint-Hilaire, aujourd'hui quinquagénaires, appellent ce fameux jour de septembre. La supérieure du couvent a reçu un coup de fil annonçant la prochaine visite de l'Abbé Legris et du Père Bénigne. "Alors nous pouvons chanter Alléluia ?" demande Mère Pauline, au téléphone. Le Père Bénigne lui répond qu'il ne peut rien dire avant d'être sur place. Mis au courant de la démarche de son confrère, le père Bavo s'exclame "Heureusement qu'il y a des grilles au parloir !" Faut-il le préciser ? Le père de Saint-Orès connaît trop bien le caractère orageux de la nonne flamande. Il sait que derrière ses airs doucereux, elle est capable de crises de furie qu'elle a l'audace d'appeler des saintes colères.

 

Ce lundi-là, les nonnes vaquent à leurs occupations habituelles. Deux novices ont pris un jour de récollection. La supérieure et son conseil sont appelés au parloir dans la matinée, pour rencontrer les deux ecclésiastiques. Elles ne paraissent ni à l'office du milieu du jour, ni au repas de midi. Sœur Martine croise Mère Pauline dans l'après-midi. Elle lui dit : "Tu sais ce qui se passe ? Je ne suis plus supérieure, Mère Fausta doit quitter Saint-Hilaire et c'est Mère Louise de Sainte-Barbe qui est nommée à ma place." La jeune nonne rencontre l'ancienne supérieure au réfectoire, en allant prendre sa tasse de café. "On me chasse, lui dit-elle, toi, sois une bonne religieuse." Mère Fausta va aussi annoncer la nouvelle aux novices en prière. Elle se place debout, face à Valérie, qui fait une heure d'adoration, tournant le dos au tabernacle entrouvert, comme si elle était Jésus lui-même.

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La cloche sonne pour rassembler la communauté . Les sœurs prennent place dans l'immense salle de conférence fraîchement construite. Mère Fausta, assise dans le fond, tient la tête baissée et inclinée et les mains jointes, doigts entrecroisés, comme elle le fait toujours quand elle veut signifier qu'on l'a chagrinée. Sœur Alexandra qui est revenue au monastère depuis quelques mois, serrent les poings et les dents. Le Père Bénigne et l'Abbé Legris s'assoient et donnent lecture du rescrit de Rome. Le saint-siège a accepté la démission de Mère Pauline. Mère Fausta doit se retirer dans un monastère de son choix. Mère Louise est nommée supérieure.  Sur ce, l'abbé Legris se lève et quitte la pièce. Mère Pauline prend la parole et demande sur un ton assez agressif :" Où est allé l'abbé Legris ?" Le père Bénigne est un homme d'une très grande douceur, mais cela ne l'empêche pas, le cas échéant de faire preuve de fermeté. "Soeur Pauline, on ne parle pas comme ça à un supérieur! " gronde-t-il. "Père Bénigne, par respect pour la communauté, pouvez-vous nous dire où est allé l'abbé Legris ? reprend-elle." "Eh bien, vous avez une nouvelle supérieure, il est allé la chercher."

 

De fait, le vicaire épiscopal revient avec une religieuse orésienne d'une soixantaine d'années. Elle ne porte pas la guimpe comme à Saint-Hilaire, mais un col blanc avec un voile court, si bien que sœur Marie-Noëlle ne se gêne pas pour murmurer "Elle n'est même pas comme nous !". Pris de court par le tour des événements et sans avoir pu préparer la cérémonie, les deux ecclésiastiques installent la supérieure comme ils le peuvent, en récitant plutôt qu'en chantant un Te Deum. Pour le coup, la cérémonie a quelque chose de triste et de boiteux. Durant des années, Mère Fausta a décrié Mère Louise, elle parlait d'elle en termes méprisants, avec condescendance, laissant entendre qu'elle était limitée, sans intelligence et sans instruction. Pour les plus jeunes, c'est comme si on avait nommer le diable lui-même à cette place.

 

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Quand les deux prêtres se sont retirés, la nouvelle supérieure demande à rencontrer les sœurs dans un endroit plus convivial. Les nonnes se rendent en salle de communauté. Mère Louise se montre très affable et compatissante, car les sœurs étaient loin de s'attendre à une telle décision. Elle essaie de les rassurer comme elle peut. Le lendemain Mère Fausta fait le tour avec elle de tout le couvent en la met brièvement au courant des choses des plus importantes concernant la communauté, y compris la comptabilité. Mais le soir-même, au grand étonnement de toutes, ce n'est pas seulement Mère Fausta qui s'en va. Sœur Pauline et sœur Alexandra la suivent. Une voiture envoyée par une abbaye amie vient les chercher.

 

Saint-Hilaire se retrouve décapité, comme disent sœur Denise et sœur Agnès. Les anciennes revivent le drame qui les frappées vingt ans plus tôt. Infantilisées jusque là, sœur Marie-Noëlle et sœur Martine se trouvent propulsées tout d'un coup à d'autres responsabilités. Sœur Valérie sombre dans une sorte de dépression. Mère Louise l'envoie souvent dormir plus tôt, d'ailleurs, elle n'hésite pas à donner du repos à toute la communauté, la dispensant de la célébration commune de certains offices.

 

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Le Père Bénigne ne manque pas d'expliquer aux sœurs déboussolées que jamais le rescrit de Rome n'a demandé à sœur Pauline de partir ; on attendait d'elle qu'elle assiste la nouvelle supérieure. Quant à sœur Alexandra, si son retour récent à Saint-Hilaire allait à l'encontre de l'indult qui la concernait, il lui avait conseillé de rester et d'attendre une décision la concernant, vu que la situation avait changé. En effet, c'était son rapport avec sœur Fausta qui avait été épinglé.  Le père orésien s'explique, en privé, auprès des sœurs de Saint-Hilaire. S'il a parlé durement à sœur Pauline, c'est qu'il était énervé après l'entrevue houleuse qu'il avait eu avec ces sœurs au parloir dans la matinée. Lui aussi s'emploie à rassurer, à réconforter et à encourager.

 

Mère Louise rassure tout de suite les nonnes : elle ne changera rien à leur manière de fonctionner. S'il y a des changements à faire, ce sont elles qui les feront. Pour la première fois depuis dix-huit ans, Saint-Hilaire commence à fonctionner comme tout monastère devrait le faire. Les capitulantes prennent la parole, tour à tour, dans les réunions communautaires, la supérieure les écoute et tient compte de leur avis.

 

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Les trois sœurs parties séjournent un temps à l'hôtellerie d'un monastère. Elles racontent aux moines qu'elles ont été chassées de leur couvent par l'évêque. Ensuite, elles quittent le pays et se rendent dans un monastère de leur ordre à l'étranger. Elles sont reçues par Mère Euphémia, la supérieure de Mestwalle, mais elles n'acceptent pas les conditions d'hébergement. Avec une voiture prêtée par la famille de l'une d'elle, elles font le tour de différents monastères et s'y présentent comme trois nonnes chassées de leur monastère par leur évêque. Naturellement, les supérieures de ces couvents se renseignent auprès de la présidente de l'association orésienne et entendent un autre son de cloche.

 

A Saint-Hilaire, lentement mais sûrement, les langues se délient. Les sœurs viennent se confier à Mère Louise qui écoutent, horrifiées, le mode de vie que leur imposait sœur Fausta. Des écailles tombent des yeux de certaines qui réalisent qu'elles ont vécu, dans ce monastère, comme dans une secte, sous l'égide d'un gourou. C'est bien le sentiment du père Judicaël, au terme de sa visite. La conduite anormalement respectueuse et louangeuse de sœur Pauline envers sœur Fausta, les proportions anormales des bâtiments construits et le fait que toutes les sœurs chantent à l'unisson la même chanson lui a fait prendre conscience que les nonnes avaient perdu leur liberté intérieure. Sœur Martine a renommé l'ancienne supérieure Faussenana et sœur Marie-Noëlle, ravie, adopte ce surnom

 

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Averti de l'attitude de sœur Fausta, le père Matthéo, supérieur général des orésiens, envoie une lettre bien sentie à Mère Euphémia et aux trois fugitives. A la première, pour l'informer de la réelle situation des nonnes qu'elle héberge et aux trois nonnes pour leur intimer de s'en tenir au rescrit et à observer la clôture.  Qu'elles se retirent dans un monastère de l'ordre et qu'elles n'en bougent plus. Une copie de la lettre qui les concerne est aussi envoyée à Mère Louise qui la lit au chapitre. Que les sœurs se rendent compte que sœur Fausta est en faute.

 

Les trois mousquetaires, comme on les appelle familièrement, quittent Mestwalle et se rendent à Wittekerk, un lieu de pèlerinage. Au lieu de rejoindre un couvent de leur ordre, elles préfèrent rester ensemble, sous l'égide d'un vieux chanoine régulier, le père Edouard-Philibert Auguste. Le vieil homme a lui-même fondé une nouvelle congrégation, les pères souriceaux. Ceux-ci tiennent le sanctuaire et prêtent deux pièces aux nonnes.  En dehors de l'obéissance, toutes les trois, elles préfèrent sauter avant qu'on ne les pousse. Elles demandent leur sécularisation. Elles ne sont plus religieuses même si elles en gardent les apparences et se présentent comme telles.

 

 

Durant ce temps, les sœurs de Saint-Hilaire ont fait du chemin. Elles ont d'elles-mêmes repris un style de vie plus conforme avec le charisme de leur ordre, revu leur horaire et abandonné les fastes liturgiques. Mère Louise a trouvé une comptabilité dans un état déplorable. Elle intervient à temps pour éviter un scandale financier. Elle fait de son mieux pour trouver un vrai statut à Caroline qui travaille depuis trop longtemps comme "jeune fille au paire" à plus de quarante ans, sans aucune cotisation pour sa retraite.

 

 

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Elle se rend compte qu'aucune des  sœurs en formation n'a de réelle vocation et le poids de la communauté repose désormais sur trois personnes, la prieure et deux sœurs d'à peine trente ans. Celles-ci sont épuisées physiquement et nerveusement. Elles craquent l'une après l'autre. Sœur Marie-Noëlle n'a qu'une hâte, quitter cet endroit où elle a tant souffert. Elle finit par se retirer dans un autre monastère. Sœur Martine essaie de tenir le coup, mais il faut l'envoyer, elle aussi, en repos quelques semaines. La décision s'impose : il faut fermer et revivre ailleurs.  Sœur Valérie le vit très mal, car elle ne peut admettre que sœur Fausta n'est pas la sainte qu'elle s'imagine.

 

La jeune nonne est envoyé en stage dans une autre communauté. C'est là que le père Innocent la contacte. La supérieure réagit mais trop tard. Sœur Valérie a eu le temps d'expliquer que Saint-Hilaire va fermer. Le religieux s'empresse d'aller tout raconter à sœur Fausta. Du coup, les trois mousquetaires envoient des lettres au couvent pour réclamer le remboursement de soins médicaux et du matériel : des chaises, des tables, des fers à repasser... Leurs familles interviennent pour réclamer d'être rembourser de dons faits au monastère. L'abbé Legris, qui est aussi juriste de formation, met les points sur les i : ce qui est donné est donné. Les fugitives n'ont droit à rien, si ce n'est aux dédommagements des soins médicaux.

 

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Le couvent de Saint-Hilaire est fermé au mois de juin. Les nonnes sont réparties dans différents couvent de leur ordre. Les aînées sont accueillies dans des monastères où elles terminent leur vie, choyées, soignées, bien entourées. La novice a compris qu'elle n'a rien à faire dans la vie religieuse et retourne dans le monde. Les deux professes temporaires achèveront cette période dans un autre couvent de leur ordre mais ne seront pas admises à la profession perpétuelle, faute de vocation réelle. Les deux jeunes capitulantes seront admises dans d'autres communautés mais elles finiront par quitter les ordres et le catholicisme après quelques années.

 

Crédits illustrations :  Sister Act, capture d'écran;  film "Femme et religieuse" capture d'écran ;  montage personnel et illustrations libres de droits.

 

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15,  épisode 16 ,appendice

 

12/03/2014

Chronique de dérives en cascade épisode 13. Conservatisme ou ouverture ?

Episode 1 épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, soeur orésienne depuis plus de vingt ans, a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Quand des novices et une sœur conventuelle quittent le monastère, les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques.Pourtant le monastère continue à accueillir des candidates qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Âpre au gain, elle se lance dans des projets grandioses d'agrandissement et embellissements des bâtiments. Elle développe une liturgie splendide mais trop lourde pour le mode de vie du couvent. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse de ses jeunes candidates et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. Les personnes qui se présentent au noviciat sont accueillies avec complaisance et sans trop de discernement quant à leurs aptitudes et leurs motivations. C'est qu'à l'intérieur du couvent, il n'y a qu'une loi, la sienne et elle varie selon ses sautes d'humeur.

 

Conservatisme ou ouverture ?

 

À l'époque où Mère Fausta réside au monastère de St Hilaire, l'ordre est traversé par une crise. En effet, suite au concile Vatican II, les constitutions des orésiennes ont été mises à jour. Un groupe de religieuses polonaises les trouvent trop laxistes et se réclament de la sévérité de leur fondatrice, sainte Bertrade. Sous l'égide de Mère Leokadia, supérieure du couvent de sainte  Stanislawa, elles rédigent un directoire à adjoindre au texte approuvé par le saint siège. Ces orésiennes rencontrent un vif succès en Europe centrale et des contrées conservatrices.  On appelle familièrement ce mouvement "les  Stanislawa". Leur but est de faire approuver le directoire et de le rendre contraignant. La majorité des soeurs orésiennes le rejettent, le trouvant obsolètes et peu adapté au temps actuels. 

 

Enfin de compte, on laisse le choix aux différents couvents orésiens. La plupart ne veulent rien adjoindre aux constitutions, une minorité opte pour le directoire de Stanislawa et forme une nouvelle congrégation au sein de l'ordre. Mère Fausta a une position claire depuis le départ. Elle se démarque ouvertement du conservatisme, des us et coutumes auxquelles elle a été contraintes durant sa formation, les génuflexions, les courbettes, les grilles garnies de piques, les tours, ces armoires cylindriques pivotant sur un axe qui servaient à faire passer des objets de l'autre côté de la clôture. Elle s'en moque et s'en rit. Ce n'est pas pour notre temps, affirme-t-elle. Son couvent ne rejoindra pas les Stanislawa.

 

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Ce conservatisme, Mère Fausta le décrie également quand un groupe de prêtres s'installe dans la région, arborant des soutanes et des usages disparus depuis une vingtaine d'années. Mère Fausta s'en rit et plaint les curés des environs. Pourquoi rendre la religion rébarbative en prenant des airs compassés et en déterrant des rites surannés. Cela ne peut qu'éloigner les gens de la pratique, cela ne va pas remplir les églises, assure-t-elle.

 

Elle invite les membres du conseil de l'association orésienne de la province à tenir l'une de leur réunion à St Hilaire. Mère Euphrasie, supérieure de Sainte-Gudule s'étonne de ne pas voir de grilles au chœur, pas même une barrière. Elle ne manque pas de rapporter l'incident en communauté pour s'en moquer. Quand paraît un nouveau document sur la clôture qui demande une séparation matérielle entre le chœur des sœurs et le reste de la chapelle, elle fait mettre une barrière ... entre les fidèles et le sanctuaire (l'endroit où se tient le prêtre pour dire la messe). Pas question de revenir au temps où l'on assistait à l'eucharistie à travers une grille et un voile.

 

Cependant tel  Janus, Mère Fausta affiche un double visage. Lentement mais sûrement, elle rétablit certaines cérémonies vieillottes, qui avaient été supprimées une quinzaine d'années auparavant. Ainsi, les sœurs devront s'agenouiller avant l'office et baiser la terre au signal donné, avant de se relever pour prier la liturgie des heures. Elle impose aux novices de rester le premier quart d'heure à genoux, sans pouvoir s'asseoir sur les talons lors de la méditation. On voit les colonnes vertébrales se tordre durant cet exercice d'un autre âge et la plupart des jeunes nonnes sont davantage distraites par cette position inconfortables qu'appliquées à la méditation.

 

Aux mêmes novices, elle loue discrètement les anciennes pratiques d'ascèse comme le port d'instrument  de pénitence : croix à pointes et même chaîne de fer. Elle vante si habilement les vertus de la discipline qu'on ne se donne plus à St Hilaire depuis belle lurette, que les jeunes nonnes se pensent obligées de lui en réclamer une pour se l'administrer.

 

 

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Durant un carême, elle persuade les nonnes de reprendre les pénitences au réfectoire. Les plus âgées qui n'ont plus la souplesse nécessaire à la gymnastique se contenteront de porter, tour à tour, symboliquement une croix grandeur nature en bois léger. Les plus jeunes baiseront les pieds de toutes les sœurs. Fort heureusement, elle ne réitérera pas l'expérience l'année suivante, sans doute consciente que les nouvelles recrues, d'un âge plus mûr serait rebutées par ce genre de pratiques.

 

Par contre, elle remet en usage, à la même période liturgique, l'usage du chemin de croix. A chaque novice de proposer tour à tour, au noviciat, une méditation pour chaque station. Celle-ci sera pompée de l'un ou l'autre livre de piété obsolète. Quand sœur Martine propose de simples phrases de l'évangile ou de la bible, elle se fait fusiller du regard.

 

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D'ailleurs, se montrer trop appliquée à nourrir sa foi de livres solides est considéré comme de la présomption et de l’orgueil. Elle interdit à une novice de lire les pères de l’Église. Qu'elle attende donc d'être capitulante, qu'elle se contente de livres qui s'étalent dans une piété mièvre et sentimentale. Ce genre de bouquins, achetés régulièrement en grand nombre, remplissent la bibliothèque qu'on a bien eu soin d'agrandir. Les ouvrages traitant de révélations privées, dans la vague charismatique s'accumulent d'ailleurs sur les rayonnages.

 

Les apparitions de la vierge dans le village yougoslave sont tenues pour argent comptant. C'est sur cette base que Mère Fausta "propose" un jour de jeûne par semaine à toute la communauté, où l'on ne prendra que de la soupe et du pain sec. Seule sœur Jacinthe se rebiffe et réclame son assiette. Mais comme elle est âgée, Mère Fausta la fait passer pour à moitié sénile et lui accorde un repas normal. Quand la conférence des évêques décrétera que rien ne permet de tenir pour surnaturel ce qui se passe dans ce coin de Bosnie-Herzégovine, Mère Fausta dira à la communauté qu'ils ont reconnu les apparitions.

 

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Quoiqu'il en soit, Mère Fausta se pense investie de la mission de relever l'esprit de l'ordre à saint Hilaire et elle ose dire des autres couvents de la province qu'ils n'ont pas compris quel était son charisme. Elle est convaincue d'incarner ce charisme et de savoir comment mener sa barque pour faire de son couvent un vrai monastère de St Orès.

 

 Crédits photos : photos personnelles, discipline : dessin d'après capture d'écran.

 

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05/03/2014

Chronique de dérives en cascade, épisode 12. La loi, c'est moi !

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire estvraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, soeur orésienne depuis plus de vingt ans, a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Des novices et une sœur conventuelle préfère quitter le monastère et les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques.Pourtant le monastère continue à accueillir des candidates qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Âpre au gain, elle se lance dans des projets grandioses d'agrandissement et embellissements des bâtiments. Dans un jeu de séduction larvée envers l'une de ses premières novices, elle développe une liturgie splendide mais trop lourde pour le mode de vie du couvent. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse de ses jeunes candidates et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. Les personnes qui se présentent au noviciat sont accueillies avec complaisance et sans trop de discernement quant à leurs aptitudes et leurs motivations.

 

La loi, c'est moi !

Mère Fausta est quelqu'un avec qui on ne sait jamais sur quel pied danser. Une fois la période de séduction terminée, elle révèle son vrai visage : susceptible, versatile, paranoïaque.

 

Une postulante l'accompagne jusqu'à un atelier. Pour se faire, elles doivent toutes les deux traverser un endroit où travaillent sœur Pauline et sœur Agnès. Celles-ci travaillent ensemble et doivent se donner des consignes et des renseignement l'une à l'autre. Il se fait que sœur Agnès vient juste de terminer sa phrase quand Mère Fausta ouvre la porte. Mère Fausta accuse aussitôt sœur Agnès de s'être tue en la voyant arriver et la soupçonne d'avoir parler de choses futiles ou médisantes. Sœur Agnès a beau protester d'avoir juste terminer sa phrase alors qu'elle parlait travail, Mère Fausta n'en démord pas et lui reproche de montrer le mauvais exemple à la postulante, qui elle, ne voit pas où est le mal, mais est trop impressionnée par sa supérieure pour le lui dire.

 

Sœur Martine est de cuisine, elle prend un carton d’œufs pour les faire frire mais constate que ceux-ci sont avariés. Certains sont cassés et des vers s'y sont développés. Une odeur nauséabonde s'en dégage. Elle avertit Mère Fausta qui lui répond qu'elle fera le nécessaire pour rendre la denrée récemment livrée au fournisseur. Caroline, qui s'occupe aussi bien de l'accueil que des fournisseurs, passant par là, sœur Martine lui montre le carton d’œufs et lui explique la situation. Mère Fausta l'apprend et en prend ombrage. Sœur Martine n'avait pas à en parler à Caroline, c'est à elle que revient ce rôle. Puisqu'il en est ainsi, que la novice se charge donc de régler le problème avec le fournisseur et avec Caroline ! Le carton d’œufs restera donc quelques jours dans le couloir, à y répondre son odeur pestilentielle, car sœur Martine n'ose sans défaire jusqu'au prochain passage du fournisseur. Il va de soi que la novice n'a pas accès au numéro de téléphone de celui-ci, c'est Caroline qui se chargera de le contacter.

 

Pendant la méditation du matin, on laisse la porte qui donne sur le jardin grand ouverte, pour aérer. C'est un peu frisquet pour sœur Valérie qui met donc un gilet. Mesurant les autres à son aune, Mère Fausta décrète qu'elle n'en a pas besoin et, plutôt que d'attendre pour lui faire la remarque, le lui ôte du dos alors que la novice est en pleine méditation. Elle ne manque de lui dire qu'elle n'est pas digne d'être l'épouse du Christ qui en a supporté bien plus pour nos péchés. Tant pis pour le grand silence et ne parlons pas du respect pour la prière d'autrui. La jeune novice ne manque pas de lui faire remarquer que sœur Agnès porte, elle aussi, un gilet. Non, la supérieure ne répond pas que sœur Agnès en besoin en raison de son âge, elle lui déclare que sœur Agnès est une mauvaise religieuse.

 

 

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Mère Fausta n'envoie pas ses sœurs en session de formation, même quand celles-ci sont organisées par leur ordre ou par l'union des contemplatives de la région. Mais pour assurer cette formation, elle fait venir des prêtres et des religieux donner des conférences. Celles-ci sont données sur le temps de travail, un travail démesuré par rapport aux effectifs. Mais l'opération de séduction envers le clergé des environs joue aussi. Elle se doit de passer pour une bonne personne chez un grand nombre d'ecclésiastiques qu'elle tâche de rallier à sa cause. Et cela peut marcher envers certains.

 

Un jour que le père Louis passe prêcher une retraite, Mère Fausta invite de manière pressante les sœurs à aller se confesser chez lui. Le confesseur régulier passe tous les quinze jours, les nonnes n'ont pas grand chose à raconter comme peccadilles et peu s'inscrivent sur la liste. Au réfectoire, elle hausse le ton et se plaint amèrement ... du prix que ça coûte, de faire venir un prédicateur. "Je vous laisse libres, dit-elle, mais ça fait du bien d'aller se confesser près du prédicateur." Du coup quelques sœurs se laissent convaincre, davantage pour ne pas déplaire à la supérieure que pour soulager leur conscience. Car la liberté que leur laisse la supérieure c'est de faire le choix qu'elle agrée.

 

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L'irréductible sœur Jacinthe n'est pas du nombre. Alors que sœur Martine conduit l'ancienne au chœur en chaise roulante, pour épargner son cœur fragile, Mère Fausta l'arrête en plein cloître, au mépris des usages religieux, et insiste lourdement. "Ça fait du bien, de se confesser pendant une retraite, mais je te laisse libre ...""Je me suis déjà confessée au père Adalbert" réplique sœur Jacinthe qui ne déviera pas d'un pouce. Si elle la laissait libre, pourquoi venait-elle insister pour qu'elle aille se confesser ? De plus, en contrevenant au silence qu'on doit garder dans les lieux réguliers.

 

Mère Fausta fait toujours le service de table, ça lui donne un regard sur ce que mange les sœurs. Elle a d'ailleurs tendance à les bourrer. Il faut dire qu'elle trouve les filles enrobées plus appétissantes... du moins c'est le sentiment qu'elle prête aux hommes. Un soir, elle "laisse le choix" à une novice entre deux mets, l'un est un reste, l'autre est du jour. Elle explique bien la situation à la sœur, mais elle "la laisse libre", elle lui laisse le choix, assure-t-elle. La novice la prend au mot et choisit le met plus frais. Mère Fausta l'appellera par la suite dans son bureau pour lui en faire reproche. Et quand la jeune nonne objecte naïvement qu'elle lui a laissé le choix, la supérieure hausse le ton, se fâche et la traite de grossière : si elle l'a laissée libre c'est pour qu'elle fasse le bon choix, c'est à dire le sien.

 

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Mère Fausta n'établit pas de menu à l'avance pour la communauté. Chaque matin, elle passe à la cuisine, ouvre le frigo, décrète ce qu'il faut faire des restes et donne le menu à la cuisinière du jour car chaque sœur à son jour de cuisine. Mais parfois, Mère Fausta arrive en retard et la cuisinière ne peut pas commencer sans elle. Elle voit son précieux temps s'écouler sans pouvoir y faire. Voici la supérieure qui s'amène, de mauvaise humeur. Elle toise la sœur de cuisine et lui reproche ... de rester là, les bras ballants. Elle va même jusqu'à prendre la même pose, en la singeant vulgairement, jusqu'à faire la grimace. La nonne la regarde avec des yeux ronds comme des soucoupes. La supérieure vient de laisser là ses manières compassées pour sombrer dans le granguignolesque de mauvais goût.

 

Un jour qu'elle est en récollection, c'est à dire un jour de désert où elle n'a pas d'autre contact avec la communauté que la messe hebdomadaire, elle fait appeler une de ses novices et lui reproche de ne pas lui avoir rendu un rouleau de papier adhésif qu'elle lui a prêté. La jeune nonne lui répond, étonnée, qu'elle n'a jamais eu ce rouleau. Mère Fausta hausse le ton, se fâche, se répand en reproches. Par acquit de conscience, la sœur va regarder dans son atelier pour voir s'il ne serait pas dans une de ses armoires. Évidemment, elle ne le trouve pas, puisqu'elle ne l'a pas eu en prêt. Elle retourne là où elle a laissé sa supérieure mais elle n'y est plus. Enfin, celle-ci revient et lui lance, furieuse : "Il était chez sœur Pauline. Tu vois ce que c'est de ne pas rendre ce qu'on a prêté!" Puis elle tourne les talons et plante là la novice, sans même s'excuser de l'avoir accusée à tort.

 

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Lorsque Mère Fausta se fâche, ce sont de "saintes colères" s'il faut l'en croire. Les indignations de ses sœurs, quand celles-ci font surface, ne sont que des manques de foi, de la grossièreté. Quand une nonne lui dit que quelque chose va contre sa conscience, elle lui reproche de dire "des gros mots". Elle regarde les sœurs qui lui font des objections, droit dans les yeux et les fixe pour les rendre mal à l'aise.  Elle les accuse de manque de foi, puisque ce qu'elle dit est "parole de Dieu". Une sœur ayant été confessé ce péché inventé par la prieure se voit expliquer par le régulier, le religieux, qui la confesse que cela n'en est pas un. Et quand elle essaie d'aborder la question avec Mère Fausta, celle-ci lui fait comprendre que le père Adalbert n'est pas un bon religieux. Lorsqu'elle fait des reproches, elle n'hésite pas à dire à ses sœurs : "Tu flagelles Jésus en moi" ou "Tu crucifies Jésus à travers moi."  Si la sœur a du mal a reconnaître une faute imaginaire dont elle l'accuse, si elle ne voit pas en quoi elle a manqué ou ne peut en conscience admettre avoir fait des choses qu'elles n'a pas faite et se permet de le lui faire respectueusement remarquer, Mère Fausta lui dit qu'elle a une langue de serpent.

 

Mère Fausta est quelqu'un avec qui il faut se sentir coupable. Une nonne a posé son balai momentanément contre un mur. Le manche glisse et laisse une trace sur le mur qui vient juste d'être repeint. Mère Fausta agonit la sœur de reproches. Elle lui dit qu'elle va être très gênée d'annoncer ça aux peintres présents dans le bâtiment. La petite nonne culpabilise et la supérieure, toujours prête à scruter le moindre des sentiments de ses ouailles la voit se décomposer tout le weekend. Elle s'en enquiert et puis s'en moque ouvertement : pourquoi autant de scrupules ? Les peintres doivent, de toute façon, mettre une seconde couche.

 

Elle trouve un moyen de rendre sœur Valérie très scrupuleuse au niveau de la chasteté. La jeune nonne ayant un jour déclaré qu'il n'y a pas de tentation au couvent puisqu'il n'y a pas d'homme, la maîtresse des novices vient la trouver à plusieurs reprises pour lui expliquer avec une lourde insistance qu'on peut très bien pécher avec soi-même, par exemple en faisant sa toilette et que de succomber à de telles tentations est aussi grave que de forniquer, c'est "tromper" Jésus comme on trompe un mari. A force d'entendre ce discours, la novice s'imagine avoir toute sorte de tentations et voit le péché partout. Elle se croit obligée d'en parler à la supérieure qui l'envoie "se purifier dans le sang du Christ" en allant confesser des péchés imaginaires. Dès que le chapelain met le pied dans la sacristie, pour la messe quotidienne, sœur Valérie accourt pour lui avouer ses troubles. Mais un jour, le chapelain a du retard, elle ne peut le faire. Lorsqu'elle s'avance pour aller communier, Mère Fausta la tire pas le bras et lui dit qu'elle n'en est indigne.

 

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Mère Fausta et sœur Martine déplace une table. Pour éviter que l'on se cogne, la jeune nonne dépose un instant la table et va voir si le chemin est libre, si la porte est ouverte. La supérieure lui reproche son manque de foi car elle avait dégagé le chemin. Si sœur Martine n'y avait pas pensé et que le chemin s'était trouvé encombré, Mère Fausta l'aurait accusé d'imprévoyance.

 

Une des spécialités de Mère Fausta est de culpabiliser les sœurs à cause de leurs mouvements premiers, c'est à dire le sentiment qu'elles éprouvent en premier lieu, face à l'un ou l'autre événement. Si la nonne éprouve de l'étonnement, c'est qu'elle manque de foi, si elle éprouve de la tristesse, c'est qu'elle manque de reconnaissance, si elle éprouve de la colère, c'est qu'elle est jalouse, impatiente, etc. Ce premier mouvement, Mère Fausta est prompte à le percevoir et à en faire reproche à celle qui l'éprouve. Or, personne n'est responsable de ses sentiments, on n'est responsable que de la façon de les assumer.

 

Par contre, Mère Fausta n'a aucun scrupule à se montrer irrascible et rancunière. Car quand elle reproche quelque chose à quelqu'un, elle ne se contente pas de le lui dire une fois, il faut qu'elle revienne sans cesse là-dessus, jusqu'à ce que son vis-à-vis soit totalement écrasé par sa prétendue culpabilité. Et lui demander une fois pardon ne suffit pas non plus. Il faut bien deux à trois jours pour se faire pardonner d'une faute qui souvent n'en est pas une.

 

 

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Peu habituée au travail physique, sœur Martine s'épuise. Parallèlement Mère Fausta lui promet des entretiens spirituels qu'elle post-pose indéfiniment, lui posant lapin sur lapin. La jeune nonne sombre dans la dépression et a la larme facile. Elle s'arrête près du bénitier, avant d'entrer au chœur, le temps de sécher ses larmes. Mère Fausta ne manque pas de le relever et s'en moque peu charitablement : "On se serait cru au mur des lamentations", raille-t-elle avec dédain.

 

Au mépris de la plus élémentaire discrétion, Mère Fausta accable de reproches une sœur âgée fort scrupuleuse en plein milieu d'un couloir, puis elle blâme une sœur qui passait par là de le faire afin d'écouter la conversation.  Elle ne se remet pas en question, c'est la sœur qui aurait dû faire un détour parce que sa prieure parlait dans un endroit qui ne convenait pas.

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Le mercredi est jour de boulangerie. Mère Fausta et Sœur Alexandra se lève plus tôt pour commencer le travail, elles sont rejointes par les novices, un peu plus tard. Sœur Alexandra a toujours trop chaud et ouvre souvent les fenêtres alors que sœur Marie-Noëlle  qui se retrouve dans le courant d'air, les referme. Il faut dire que là où elle travaille, elle est directement exposée au froid, tandis qu'Alexandra se trouve à un endroit plus chaud. Mère Fausta donne irrémédiablement raison à sœur Alexandra, en prétendant que l'aération de la pièce est nécessaire pour éviter la moisissure. Elle dit à sœur Marie-Noëlle de mettre un pull. Les incidents de ce genre se répètent régulièrement. Mais quand Alexandra part pour une année sabbatique, sœur Marie-Noëlle reprend la place de soeur Alexandra à la boulangerie. Elle se pense obliger d'ouvrir les fenêtres, elle aussi. C'est alors Mère Fausta qui les referme en se plaignant du froid. Quand Sœur Marie-Noëlle lui suggère de se couvrir, elle se vexe.

 

Un jour, Mère Fausta expose à la communauté le nouvel horaire qu'elle veut essayer.  Il n'y a pas sujet à discussion : elle le propose, la communauté doit s'y plier. Une jeune sœur nouvellement admise au chapitre consulte ses constitutions et voit qu'un horaire doit être voté. Elle donne un billet à la supérieure lui confiant quelque sujet spirituel puis conclut par la question de savoir quand l'horaire sera voter. Mère Fausta entre en colère, lui dit que son premier paragraphe ne l'intéresse pas et s'insurge qu'on ait pu vérifier dans les constitutions si ce qu'elle faisait était légitime ou non. De fait, ça ne l'était pas. Mais comme à son habitude, dans de pareils cas, la supérieure reprend son numéro d'être supra-naturel, fixe la nonne et lui sort d'une voix sépulcrale : "Je vois dans tes yeux que tu me juges".

 

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Lorsqu'il y a des élections tous les trois ans, Mère Fausta, sûre d'être réélue, fait le tour de la communauté et suggère aux soeurs qui elles doivent choisir comme conseillères. Il est vrai qu'aucun membre du conseil n'est véritablement consulté. La supérieure expose ses projets, elle ne demande pas l'aval du conseil. Celui-ci, craignant les esclandres, opine du bonnet. Il en est de même pour toute décision concernant la communauté. Il n'y a pas de discussion au chapitre : on écoute Mère Fausta qui, étant supérieure "connait l'ensemble de la situation" et qui "a la grâce de Dieu" pour décider. Le vote n'est là que pour la forme et les pseudo-décisions sont prises à l'unanimité. Pourtant, Mère Fausta prétend à qui veut l'entendre, que la décision vient de la communauté.

 

Sœur Marie-Noëlle se confesse de temps à autre au chanoine Fleuri qui vient donner des conférences au couvent. Sœur Martine désirerait en faire autant et en parle à Mère Fausta qui... la laisse libre mais ! Mais qui commence à dénigrer le chanoine, à laisser entendre que son caractère pétillant ne conviendra pas à la calme sœur Martine, qu'il lui arrive aussi de laisser transpirer des choses qu'il entend en confession. Ne lui aurait-il pas dit qu'on la trouvait sévère ? Et qui pourrait la trouver sévère si ce n'est sœur Marie-Noëlle ? Sœur Martine ne ferait-elle pas mieux de se confesser au chanoine Jambois ? La jeune nonne hésite mais l'argument de la discrétion a raison d'elle. Pourtant rien ne la pousse à aller se confier au chanoine Jambois.

 

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Jeter la suspicion sur la discrétion des confesseurs fait partie des sports favoris de la supérieure. Une sœur se plaint-elle d'être fatiguée ? La supérieure suppose ouvertement qu'elle en a dit un mot au père Adalbert. Car celui-ci ne lui a-t-il pas dit qu'on est bien sollicité par le travail en ces dernières semaines du carême. Puis elle reproche à la sœur de n'avoir pas su organiser ses grands nettoyages de printemps. Cette suspicion va aller crescendo lorsque approchera une période très tendue pour tout le monastère, la dernière année de Mère Fausta à Saint-Hilaire. On entendra à qui mieux mieux, le chanoine Fleuri n'est pas sûr, le père Forteroche n'est pas sûr, le père Louis n'est pas sûr, etc.

 

Au passage, Mère Fausta ne parle pas non plus en bien des autres communautés orésiennes. Chaque fois qu'elle reçoit leur courrier, à Noël, elle commente ironiquement leur carte de vœux. Les autres couvents sont dit jaloux de l'abondance des vocations à Saint-Hilaire, de ce que la communauté revit après avoir été mourante. Quand Mère Fausta se rend à l'assemblée de l'association orésienne de la région, pour en élire la présidente, elle emmène Soeur Alexandra avec elle et, lorsqu'elles sont de retour, Mère Fausta se répand en commentaires piquants sur les représentantes des autres communautés. Elle seule semble avoir compris ce qu'est le charisme orésien. Mère Fausta ne manquera pourtant pas d'inviter le conseil de l'association à se réunir à Saint-Hilaire, histoire de leur faire admirer son œuvre, ce qu'elle a fait de ce couvent.

 

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La supérieure ne s'embarrasse pas non plus de vérité et d'objectivité. Elle réécrit l'histoire quotidienne et gare à qui viendrait la contrarier. Un groupe de jeunes filles vient en visite au parloir pour un témoignage. Mal à l'aise quand Mère Fausta se met à prier à haute voix, elles répriment un sourire. Quand la nonne raconte l'incident en récréation, elle prétend que les jeunes filles ont ricané pour se moquer d'elle Un groupe de bénédictins d'une abbaye voisine rend visite au monastère et est même invité en clôture pour voir un atelier. L'un d'eux est américain. La supérieure le présente comme un dominicain. Le jeune religieux la reprend. N'est-il pas habillé de noir et non de blanc ? Qu'importe, Mère Fausta racontera qu'elle a reçu la visite d'un groupe de bénédictins et d'un dominicain. Et pour appuyer ses dires, elle prend à témoin les jeunes nonnes présentes qui n'osent pas la contredire. Le faire serait s'exposer à des reproches. Ce genre d'incidents se répètent pourtant régulièrement. La supérieure se trompe, invente, mais qui oserait le lui faire remarquer ? Mère Fausta en est au point de croire ses propres mensonges.

 

Si Mère Fausta proteste de son humilité quand elle apprend à ses novices à respecter la prieure, c'est à dire elle-même. Si elle prêche l'obéissance à celle que Dieu a accordé sa grâce pour guider la communauté, c'est à dire elle-même, on ne peut pas dire qu'elle montre le même respect pour ses supérieurs hiérarchiques. Mgr Noël, le prélat chargé de la communauté est souvent décrié pour ses manières, son prétendu antagonisme, etc. On ne parle pas de lui avec respect, on ne dit jamais de lui que Dieu l'a mis à cette place pour veiller au bien de la communauté. Au contraire les sœurs sont "invitées" à ne pas aller lui "confesser les péchés des autres". Mère Fausta fait d'ailleurs comprendre que ce que les sœurs confient au prélat finit par lui revenir aux oreilles. 

 

 

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Quand l'évêque du lieu atteint la limite d'âge, Mère Fausta fait prier la communauté pour que l'abbé Jambois, le frère du chanoine conférencier, soit choisi comme évêque et il en est ainsi. Elle l'invite, à plusieurs reprises, pour diverses cérémonies et lui offre l'hospitalité pour des vacances à l'hôtellerie du couvent. L'évêque qui apprécie autant une communauté priante, à l'ancienne, que d'être l'objet d'attentions tombe sous le charme. Mère Fausta ne tarit pas d'éloge à son sujet et le portrait de l'ecclésiastique trône sur l'étagère de son bureau. Quand l'évêque, alerté par un de ses vicaires se posera des questions sur le gouvernement de Mère Fausta et s'opposera à ses projets, il tombera de son piédestal et son portrait sera rangé dans un tiroir. Quel esprit de foi !

 

Crédits photos : Culture pub; La religieuse de Rivette; Santa Teresa de Jesus, Convicción TV; photos personnelles ou libres de droits.

 

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