01/05/2015

L'église au milieu du village

Cette note sera un billet d'humeur.

Au hasard de la navigation sur la toile, on peut lire de la part de certains internautes, qui se posent pourtant en admirateurs de la vie religieuse, des assertions aberrantes, des approximations ou des attitudes pas très catholiques.

 

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Pour commencer par celles-ci, je vais citer la page Facebook Crazy4nuns qui n'a aucun scrupule de taguer les photos qu'elle affiche sur son mur au nom de cette page alors que celles-ci sont extraites d'un ouvrage consacré aux vêtements religieux à savoir 't Zijn al geen heiligen die grote paternosters dragen. Le prêtre belge néerlandophone qui a publié cet ouvrage en 2002 y a publié des photos des costumes des différentes congrégations présentes en Belgique au XIXe et au XXe siècle. Au nom de quoi peut-on s'approprier son travail ?

 

Sur cette page, j'ai pu voir une personne s'indigner du fait que les carmélites ne vivaient plus dans les mêmes bâtiments que la petite Thérèse. En effet, la communauté lexovienne a fait bâtir une annexe toute neuve à côté des premières constructions. En lisant quelques publications consacrée à Thérèse Martin, j'ai appris que le carmel de Lisieux avait connu, dès le début, des problèmes de salubrité et d'humidité. La vocation des carmélites ne consiste pas à vivre dans un musée, ni à mourir de tuberculose. En effet, le bacille de Koch a fauché d'autres sœurs après Thérèse.

 

Une autre personne relève, de façon accusatrice, qu'elle a vu des carmélites hors de clôture. Gageons que cette personne n'a jamais lu Verbi Sponsa et n'a aucune idée de ce dont parle ce document. Si cela était le cas, elle saurait qu'il y a des circonstances où une moniale peut légitimement quitter la clôture.

 

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Passons maintenant aux blogs qui parlent de vie religieuse de manière péremptoire mais ne laisse pas aux lecteurs l'occasion de poster un commentaire. L'un d'eux s'est intitulé "sœurs de clôture" ce qui ne veut absolument rien dire dans le langage ecclésiastique. Le terme propre est moniale. L’Église catholique romaine n'emploie pas le terme "sœur" pour désigner les religieuses en général, elle emploie le terme "religieuse" tout simplement. Ce site fait beaucoup de publicité à un nombre restreint de familles religieuses. La plateforme à un frère jumeau "vocation-religieuse" qui reproduit les mêmes articles mais ne se limite plus à quelques contemplatives soumises à la clôture papale. Le premier blog met en avant l'habit à l'ancienne, la grille, l'office en latin, le chapitre des coulpes et le rit tridentin. Il confond allègrement ordre et congrégation, un indice assez fiable de profonde méconnaissance de la vie religieuse.

 

Il est assez cocasse qu'en guise de témoignage de la ferveur d'une de ces familles religieuses on y montre deux photos. En fait, l'un est un tableau et le second montre une scène qui aurait tout aussi bien être jouée par des comédiennes en costume. Une photo ne pourra jamais témoigner de la ferveur d'une communauté et la ferveur d'une communauté ne peut être jaugée par les habits qu'elle porte ni à d'autres signes extérieurs. L'institut en question se trouve également portée aux nues sur un forum sédévacantiste, ce qui lui fait une publicité malheureuse, il faut bien le reconnaître.

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Pour terminer, il y a un blog qui s'est constitué pour défendre la congrégation dont j'ai parlé dans le précédent billet : les petites sœurs de Bethléem. Alors que le site dénonçant les dérives sectaires offre la possibilité à l'internaute de laisser un commentaire qui n'ira pas forcément dans le sens de son propos, le blog qui veut lui répondre ne le permet pas. Un petit éventail de témoignages et quelques documents de la part des supérieurs de cette congrégation veulent répondre aux accusations posées contre elle. Or, ce faisant, ce comité se tire une balle dans le pied.

 

Dans sa réponse, la supérieure générale justifie des prises de position qui vont à l'encontre du code de droit canonique. La congrégation admet ne pas respecter les délais imposés par son Église en ce qui concerne le noviciat. Alors que le code de droit canonique demande à ce que le noviciat ne dure pas plus de deux ans, voire deux ans et demi sous certaines conditions très strictes, il n'est pas rare que cette période se prolonge de plusieurs années au-delà de ce terme dans cet institut. Ensuite, s'appuyant sur la tradition bénédictine, elle justifie des pratiques d'immiscion dans le for interne de ses membres.  Quelles que soient les bonnes raisons invoquées, aucune ne peut justifier qu'un institut s'autorise à contrevenir aux lois ecclésiastiques. Les ordres multiséculaires se réclamant de la règle de Saint Benoît respectent ces lois, au nom de quoi cet institut qui n'a pas un siècle d'existence se permet-il de les enfreindre ?

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Enfin tout aussi inquiétant, des parents témoignent que leur fille a interrompu ses études pour entrer dans cet institut pour y rejoindre sa tante. Si l'on peut comprendre qu'un enthousiasme juvénile puisse mener une candidate à un acte aussi inconsidéré, on ne peut pas trouver la même excuse à des supérieurs religieux. Le bon sens et une saine prudence auraient dû, comme cela passe dans beaucoup d'autres instituts des plus fervents et des plus sérieux, leur faire postposer l'entrée au monastère jusqu'à l’obtention du diplôme. En agissant de sorte, les responsables supposent, de manière implicite, que la jeune fille restera de toute façon au monastère alors que la période de probation est là pour exercer un sain discernement. De plus la formation entreprise aurait pu, si elle avait été menée à son terme, être des plus utiles à la communauté. Qu'arrivera-t-il à cette jeune fille si elle ne persévère pas dans cette voie ? Il lui sera fort difficile de reprendre ses études là où elle les avait interrompues.

 

 

Crédit photos : montage personnels ; Thérèse, Alain Cavalier ; Histoire des ordres monastiques, Helyot

28/07/2014

Le moine dans la mythologie télévisuelle

Le moine dans la mythologie télévisuelle : le cinquième commandement- Ihr Auftrag, Pater Castell

 

 

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Une fois n'est pas commune, j'inverse la vapeur et je ne vous parle plus de nonne mais de moine à la télévision. Vous connaissiez déjà le moine des pubs pour camembert, savon liquide, rasoir et autres, voici le phantasme germanique du moine-soldat ou du jésuite-espion qui débarque sur nos écrans.

 

Dans Lasko le protecteur, nos voisins germaniques mettent en scène un ordre fantaisiste où l'on pratique les sports de combat — pour la bonne cause, ça va sans dire ! —  comme si les moines catholiques avaient gardé la nostalgie du moine-soldat ou louchaient sur les moines bouddhistes qui pratiquent les arts martiaux. Bien sûr, personne ne prend la série au sérieux puisqu'elle est davantage destinée à mettre les talents d'un (beau) cascadeur en valeur qu'à raconter une histoire qui se tienne. Le scénario pourrait avoir été écrit par un enfant de douze ans.

 

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Maintenant débarque une autre série allemande sur nos écrans qui a cessé faute d'audience et on le comprend " Le cinquième commandement", en allemand "Ihr Auftrag, Pater Castell". Elle met en scène un évêque jésuite formé à des techniques d'investigation et d'auto-défense digne d'un service de contrespionnage. Le fil scénaristique bourré d'invraisemblances n'est pas d'un niveau beaucoup plus élevé que la précédente.

 

Elle vaut autant pour l'historiette capillotractée qu'elle conte que pour son humour involontaire : poncifs, lieux communs et discours pontifiants, où l'on énonce avec assurance de nombreux à-peu-près et contrevérités. Ajoutez à cela un doublage tellement médiocre qu'il en devient comique. On se demande si la personne qui a traduit les dialogues a le français pour langue maternelle.  Un exemple profane ? Une date est énoncée mille sept cents au lieu de dix-sept cents. Je félicite la société de doublage pour les fréquents sourires amusés que me valent ses bourdes.

 

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Le père Castell s'adresse à un cardinal en l'appelant "Eminence", ce qui fait très cavalier, quand on s'on attendrait à  un "Votre éminence". Au passage, ce titre n'est plus employé de nos jours ; on dit "monsieur le cardinal". Mais dans le même registre, on entendra une domestique s'adresser à sa patronne en l'appelant "comtesse" au lieu de "madame la comtesse." Lorsqu'une phrase en latin est énoncée, elle l'est en suivant la prononciation allemande et non la prononciation ecclésiastique, un comble pour un prélat censé travailler à Rome. Autres erreurs de traduction : croix sacrée pour sainte croix, moyenâgeux pour médiéval.

 

Il serait fastidieux de relever toutes les âneries énoncées dans chaque épisode, je vais me limiter à celui qui met en scène des moines. Le père Castell est envoyé enquêter discrètement au sujet de la mort suspecte d'une moine. Pour ce faire, il s'adjoint les services d'une commissaire de police et la fait passer ... pour son épouse. Ils vont visiter un monastère qui contient "une croix de saint Joseph", comprenne qui pourra. Il y a des croix de saint Pierre, de saint André, mais je n'ai jamais entendu parler de croix de saint Joseph.  

 

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Le responsable de la bande son se croit obligé d'accompagner chaque apparition du père Castell du même passage du Veni Creator. Il doit s'agir sans doute du seul cantique qu'il ait pu trouver sur le marché. La porte du couvent s'ouvre sur un cistercien de carnaval. Il suffit de deux clics pour découvrir à quoi ressemble l'habit de cet ordre, il faut croire que le costumier de la série n'avait pas de réseau quand il a confectionné les costumes. Si l'habit est bel et bien blanc avec un scapulaire noir, on a affublé les comédiens d'un capuce blanc, de la plus haute fantaisie.

 

Le scénariste ignore superbement que la clôture existe aussi dans les monastères masculins. Jamais au grand jamais, un cistercien n'introduirait une femme en clôture (sauf motif professionnel). Donc on voit le moine faire entrer le faux couple dans l'enceinte du monastère jusqu'au réfectoire, où tout ce beau monde échange à voix haute. Dans la réalité, non seulement madame aurait été laissée dans le quartier qui lui était réservé — parce que cela est prévu— mais si monsieur avait été introduit en clôture, on aurait choisi un autre endroit que le réfectoire pour lui faire la causette.

 

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A l'arrière plan, on voit un figurant arborer une magnifique chevelure qui n'a plus vu de ciseaux depuis longtemps. Si les moines ne se tonsurent plus comme autre fois, ils se coupent les cheveux très courts. Le monastère est supposé être dépeuplé, mais l'on y voit quatre ou cinq moines s'activer dans ce même réfectoire. On se demande bien ce qu'ils ont à y faire. Voici le portier qui amène le faux couple à l'hôtellerie, là où, en temps normal il aurait dû les mener directement.  Il ne se prive pas de parler, toujours à voix haute, tout au long du chemin.

 

Le moine décédé est veillé à la chapelle, dans un cercueil découvert. Le hic, c'est que les cisterciens n'emploient pas de cercueil. Les corps sont exposés sur une litière et enterrés à même le sol, dans un linceul. Si les enquêteurs travaillent de nuit et si le frère chargé de veiller dort en ronflant, on n'en voit pas moins un moine se promener dans les couloirs alors qu'en bonne logique, il devrait se trouver au lit: les cisterciens vont dormir avec les poules parce qu'ils se lèvent très tôt.

 

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Qu'ai-je dit plus haut ? Que le faux couple était mené à l'hôtellerie ? Que nenni ! La cellule du frère décédé est contigüe à la chambre attribuée aux hôtes. Le scénariste ignore aussi le concept d'hôtellerie monastique. Le père Castell débarque à la chapelle, en pleine nuit, et déclare à haute voix qu'il cherche la cuisine et le frère ronfleur, à présent réveillé, lui répond, toujours à haute voix que la cuisine ne sera ouverte que le lendemain après "la prière matinale". Encore une traduction boiteuse. Mis à part ça, parler après les complies, la dernière prière du soir, vous oubliez ! surtout chez les cisterciens, champions du silence. Et parler à haute voix à la chapelle, vous oubliez aussi. Vous rangez ça dans le casier "contes de fées" entre Blanche Neige et le Petit Poucet.

 

Au petit matin, le faux couple débarque au réfectoire des moines — Ah, la bonne blague !— pour manger avec eux, en parlant bien fort, surtout la commissaire, car le Père Castell lui explique que les cisterciens ne parlent pas à table, c'est l'une de leurs habitudes. Ils ne parlent pas non plus dans les cloîtres, les couloirs, la chapelle et bien d'autres lieux encore. Il ne s'agit pas non plus de leurs habitudes mais de coutumes monastiques qui sont observées par d'autres ordres.

 

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Lorsqu'un frère fait une mauvaise chute, le jésuite déclare qu'il faut poser un garrot pour arrêter l'hémorragie. Décidément, les scénaristes ne sont pas non plus doués en secourisme. Le seul cas où le garrot se justifie c'est lorsqu'un membre est sectionné. Pour faire sérieux, on va utiliser le mot "profès", mais comme la société de doublage n'est pas plus douée en français et que les comédiens ne sont pas pressés de se renseigner sur sa prononciation, on les entend prononcer le S final, ce qui a un rare effet comique. Professe désigne une femme, une nonne. 

 

Autre effet comique, le papier peint au mur. Dans un monastère, vous trouverez des murs peints, pas du papier peint à fleurage, surtout pas chez les cisterciens. Enfin, on apprendra à la fin de l'épisode, que les moines avaient peur qu'une autorité supérieure ne ferme leur monastère à cause de difficultés financières. Faut-il, une nouvelle fois, rappeler, que c'est rarement une cause de fermeture ? Le dépeuplement, le manque de vocations en seraient de plus sérieux et réalistes. Et, encore une fois, à moins d'une situation extrême, ce n'est pas "l'autorité supérieure" qui ferme un monastère, ce sont les conventuels qui décident de dissoudre la communauté.

 

Mais naturellement, il serait naïf d'attendre, d'une telle série de la cohérence et de la vraisemblance.

 

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22/04/2014

Echanges à propos de différents instituts et discernement.


 

 

Bonne Pâque à vous :)

J'apprécie beaucoup votre blog très instructif ! connaissez vous le site de la pastorale Nouvelle Croyance et Dérive sectaire ? Cela devrait vous intéresser. Beaucoup de documents intéressants.

Est ce que vous avez une avis/quelque chose à faire partager au sujet de la fraternité de Thibériade et de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre ? J'ai deux amis différents d'un groupe de discernement de vocation qui sont intéressés par eux, j'aimerai me faire une opinion d'un point de vue extérieur.

Écrit par : Colombe | 19/04/2014

 

 Interview du fondateur de Tibériade

 


Je ne connaissais pas ce site. Je viens d'y faire un tour. Il y a de bonnes choses et d'autres desquelles je me démarque.
Je pense qu'une instance catholique devrait se limiter à un seul terrain :soit lutter contre les mouvements sectaires à l'intérieur de son Eglise soit à l'extérieur de son Eglise, mais pas les deux à la fois.


Je ne connais la communauté de Tibériade que par ouï-dire, même si j'ai eu l'occasion de rencontrer son fondateur ou quelques uns de ses membres.
La fondation se situe dans la mouvance du renouveau charismatique, avec un accent franciscain. Il y a un désir de retour à la nature, à un certain dépouillement, à la simplicité. Un autre aspect est celui du témoignage et de l'évangélisation en empruntant un langage actuel et accessible.

Tout n'a pas été rose dans les débuts. Le fondateur a dû faire face à de nombreuses défections, il y a vingt-cinq ans. Mais il a eu la sagesse de se faire aider.
D'autres religieux, d'instituts plus anciens, se sont proposés pour prendre en charge la formation des nouveaux membres et cela a donné des bases plus solides.
Je ne peux vous en dire davantage.

Je ne connais pas l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre. Je viens de faire un tour sur la toile pour me renseigner et je vois qu'il s'agit d'un de ces mouvements qui se situent dans la vague restauratrice, pour laquelle je n'ai aucune sympathie.

Bonnes fêtes de Pâques.

Écrit par : chélidoine | 19/04/2014

 Témoignage d'une soeur de Tibériade
 

 

 

 

Merci pour les commentaires :)

J'avais jeté un coup d'oeil sur les adoratrices du coeur royal etc... parce que j'ai une grande affection pour St François de Sales. Mais leur vision de la liturgie n'est pas/plus la mienne, je resterai fidèle aux visitandines et aux oblates de St françois de sales :-) (mes excuses à tous les autres instituts salésiens que j'oublie !)

Sainte fête de pâques !

Écrit par : Colombe | 20/04/2014

 

Autant je peux situer les Visitandines, autant l'institut que vous venez de citer semble s'évertuer à rester translucide sur la toile. Un nom à rallonge, un habit très voyant ... serait-ce tout ce dont le surfeur lambda est autorisé à savoir ? J'ai bien fini par trouver une "interview" sur une vidéo d'une jeune novice mais on n'en apprend pas plus.
Ce qui est mis en avant, ce n'est pas le charisme de l'institut (contemplatif ? missionnaire ? horaire type ? ) mais des saints patrons et des dévotions assez en décalage avec notre époque.
Saint François de Sales vivait avec son époque et la fondation des Visitandines était aussi bien de son temps. Le nom "Visitation" fait référence à une péricope biblique. C'est ancré dans l'évangile.
Maintenant, je ne présume pas de la sincérité ni de la qualité de vie de prière des membres de ce nouvel institut ; je ne les connais pas.
Mais je ne peux que regretter qu'après la redécouverte de la bible par les catholiques amorcée dans la dernière moitié du siècle dernier, on en retourne à des pratiques fondées sur des révélations privées, fussent-elles reconnues comme fiables par les instances ecclésiastiques. Pour rappel, même approuvée, une révélation privée n'est pas article de foi.

Écrit par : chélidoine | 21/04/2014

 

Leur site est plutôt complet, non ? La page du diocèse d'Evry est plutôt bien faite aussi : http://evry.catholique.fr/Oblates-de-St-Francois-de-Sales . Le charisme de l'institut est plutôt clair, apostolique, dans les écoles et maisons de retraites. Il est plutôt normal de mettre le fondateur en avant. Il y a une "journée type" sur le site ( http://sosfs.com/~oblatess/fr/vie-communautaire.html ).
Que je sache, elle n'est pas fondée sur une révélation privée. Ou alors on ne m'en a pas parlé.
Je ne suis pas du genre à aimer le traditionalisme, ni les révélations privées (Ni des révélations tout court. si vous avez entendu parlé de l'abbé de Nantes et de la Contre Réforme Catholique, j'ai grandit dedans - à vous dégoûter du chapelet, de la messe, de la religion, de tout. C'est un mouvement sectaire traditionaliste. Un institut dont vous parlez (de la sainte face, je crois, avec l'habit blanc + coeur de Charles de Foucault), est issus de ce mouvement. J'ai eu la chance d'avoir un accès à la vie normale (école publique, amies, etc...), ce qui m'a épargné de croire ou de me faire avoir par ses stupidités. L'ambiance des mariophanies, apocalyptiques à la Medjugorge, Menduria, et hagiographies sans fin de femmes toutes plus stigmatisées les unes que les autres, je connais, et non merci.
Lorsque j'ai rencontré ses soeurs, elles m'ont semblées être des soeurs apostoliques "classique", j'y ai retrouvé le même esprit que chez les soeurs de Saint Joseph ou les Salésiennes de Don Bosco chez qui j'ai fait quelques séjours. Elles n'étaient pas non plus comme certains instituts recruteurs ("Finissez vos études, même si ça doit vous prendre 6 ans, vous aurez un diplôme... Prenez votre temps, discernez, attendez." ont elles dit). il y a l'habit, juste, que je trouve dommage. J'ai tendance à penser qu'une chemise, une jupe, et une croix suffisent, comme chez les deux instituts cités plus hauts (qui m'attireraient, mais je crains que ce ne soit pas possible avec ma très mauvaise santé).

 Écrit par : Colombe | 22/04/2014

 

 

Une fois n'est pas coutume, je reviens sur cet échange de commentaires pour approfondir la question.

Quand je parlais d'institut translucide, d'absence de journée type et de e révélations privées, je ne faisais pas allusion aux oblates de St François de Sales que je ne connaissais pas, mais de l'institut au sujet duquel j'avais été consulté en premier lieu : les adoratrices du coeur royal.

Faute d'en savoir plus, je dois me baser sur les seuls éléments visibles : un institut féminin fondé au début de ce siècle qui adopte un habit imité de celui des visitandines (XVIIe siècle) avec un manteau d'un bleu plutôt vif ; qui suit le rite tridentin (XVIe siècle) qui ne dit à peu près rien de lui (charisme, horaire ?) et qui semble resté dans l'ombre de la branche masculine.

Le nom de l'institut ne se réfère pas à un saint fondateur, un lieu, une péricope biblique, mais à une pratique de dévotion héritée des révélations de Marguerite Alacoque (sacré coeur) avec des accents propres au XIXe siècle. (coeur royal)

Dans une vidéo de prise d'habit d'une jeune novice, on l'entend dire qu'elle est un "rien" qui prie pour les prêtres. On apprend aussi qu'elle salue une statue de Jésus avant d'aller travailler. Quel travail effectue-t-elle ? ! Alors que le prêtre appelle cette statue "sacré-coeur", la petite nonne le reprend et dit "coeur royal" car Jésus est "le roi de la maison". Pour information, la fête du Christ-Roi a été instituée en 1925.

N'en sachant pas davantage, je ne m'étendrai pas là-dessus.

Je viens d'aller consulter le site des Oblates de Saint François de Sales. L'institut paraît sain et solide. Il a gardé l'empreinte de son origine monastique. L'habit reste classique, sans être suranné, mais il est compatible avec l'exercice d'un apostolat. 

 

J'ai eu l'occasion de rencontrer un autre institut salésien qui était présent dans ma paroisse d'origine pendant mon adolescence : les sœurs salésiennes missionnaires de Marie immaculée. Il s'agit à l'origine d'un institut de catéchistes, fondés au XIXe siècle dans la spiritualité salésienne. Les sœurs que j'ai connues portaient une robe chasuble grise, une croix en sautoir, avec un chemisier blanc.

Demander à une candidate de finir ses études, d'obtenir un diplôme ou une aptitude professionnelle, de prendre le temps de discernement est un indice de fiabilité.

 

Concernant les révélations privées, les mystiques stigmatisés et thaumaturges, etc. des saints canonisés ont refusés de se déplacer pour aller voir certains de ces "phénomènes", arguant qu'ils trouvaient davantage Dieu dans la prière que dans des manifestations extraordinaires.

 

Medjugorje mériterait un billet à lui tout seul. Je vais me contenter de dire que les gens de l'endroit ni croient plus depuis belle lurette et que l'attitude des "voyants" y est pour beaucoup. Il est navrant de voir des prêtres et des prélats sauter à pieds joints au-dessus des directives de l'évêque du lieu sous de "pieux" prétextes.    

31/03/2014

Chronique de dérives en cascade épisode 15. Le coup d'état

 

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,  épisode 13, épisode 14

Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

 Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

 

Épisodes précédents : Sr Fausta, sœur orésienne depuis vingt-cinq ans a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques quand des candidates quittent le couvent. Pourtant le monastère continue à en accueillir d'autres, parfois sans réelle vocation,  qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Âpre au gain, lancée dans un programme d'embellissement et d'agrandissement des bâtiments, elle développe aussi une liturgie splendide mais trop lourde pour la communauté. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse et susceptible et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. À l'intérieur du couvent, il n'y a qu'une loi, la sienne, et elle varie selon ses sautes d'humeur, comme elle peut se montrer tour à tour ouverte ou conservatrice. Mais les choses changent. Un indult de Rome ne lui permet plus d'assumer un nouveau mandat de supérieure. Elle a beau lutter et comploter, il faut bien accepter que Rome, suite à une enquête ecclésiastique, nomme supérieure sœur Pauline. Mère Fausta, jalouse de son pouvoir, la persuade qu'elle n'est pas à la hauteur et la pousse à démissionner après six mois. L'évêque, d'une part, et les deux nonnes, d'autre part, demandent une visite canonique. C'est le père Judicaël qui en est chargé, mais il se garde de livrer ses impressions. Un an après la nomination de Mère Pauline, un coup de fil leur annonce la visite du vicaire épiscopal et d'un père orésien.

 

 

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Le coup d'état

Vingt ans plus tard, c'est toujours ainsi que les anciennes de Saint-Hilaire, aujourd'hui quinquagénaires, appellent ce fameux jour de septembre. La supérieure du couvent a reçu un coup de fil annonçant la prochaine visite de l'Abbé Legris et du Père Bénigne. "Alors nous pouvons chanter Alléluia ?" demande Mère Pauline, au téléphone. Le Père Bénigne lui répond qu'il ne peut rien dire avant d'être sur place. Mis au courant de la démarche de son confrère, le père Bavo s'exclame "Heureusement qu'il y a des grilles au parloir !" Faut-il le préciser ? Le père de Saint-Orès connaît trop bien le caractère orageux de la nonne flamande. Il sait que derrière ses airs doucereux, elle est capable de crises de furie qu'elle a l'audace d'appeler des saintes colères.

 

Ce lundi-là, les nonnes vaquent à leurs occupations habituelles. Deux novices ont pris un jour de récollection. La supérieure et son conseil sont appelés au parloir dans la matinée, pour rencontrer les deux ecclésiastiques. Elles ne paraissent ni à l'office du milieu du jour, ni au repas de midi. Sœur Martine croise Mère Pauline dans l'après-midi. Elle lui dit : "Tu sais ce qui se passe ? Je ne suis plus supérieure, Mère Fausta doit quitter Saint-Hilaire et c'est Mère Louise de Sainte-Barbe qui est nommée à ma place." La jeune nonne rencontre l'ancienne supérieure au réfectoire, en allant prendre sa tasse de café. "On me chasse, lui dit-elle, toi, sois une bonne religieuse." Mère Fausta va aussi annoncer la nouvelle aux novices en prière. Elle se place debout, face à Valérie, qui fait une heure d'adoration, tournant le dos au tabernacle entrouvert, comme si elle était Jésus lui-même.

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La cloche sonne pour rassembler la communauté . Les sœurs prennent place dans l'immense salle de conférence fraîchement construite. Mère Fausta, assise dans le fond, tient la tête baissée et inclinée et les mains jointes, doigts entrecroisés, comme elle le fait toujours quand elle veut signifier qu'on l'a chagrinée. Sœur Alexandra qui est revenue au monastère depuis quelques mois, serrent les poings et les dents. Le Père Bénigne et l'Abbé Legris s'assoient et donnent lecture du rescrit de Rome. Le saint-siège a accepté la démission de Mère Pauline. Mère Fausta doit se retirer dans un monastère de son choix. Mère Louise est nommée supérieure.  Sur ce, l'abbé Legris se lève et quitte la pièce. Mère Pauline prend la parole et demande sur un ton assez agressif :" Où est allé l'abbé Legris ?" Le père Bénigne est un homme d'une très grande douceur, mais cela ne l'empêche pas, le cas échéant de faire preuve de fermeté. "Soeur Pauline, on ne parle pas comme ça à un supérieur! " gronde-t-il. "Père Bénigne, par respect pour la communauté, pouvez-vous nous dire où est allé l'abbé Legris ? reprend-elle." "Eh bien, vous avez une nouvelle supérieure, il est allé la chercher."

 

De fait, le vicaire épiscopal revient avec une religieuse orésienne d'une soixantaine d'années. Elle ne porte pas la guimpe comme à Saint-Hilaire, mais un col blanc avec un voile court, si bien que sœur Marie-Noëlle ne se gêne pas pour murmurer "Elle n'est même pas comme nous !". Pris de court par le tour des événements et sans avoir pu préparer la cérémonie, les deux ecclésiastiques installent la supérieure comme ils le peuvent, en récitant plutôt qu'en chantant un Te Deum. Pour le coup, la cérémonie a quelque chose de triste et de boiteux. Durant des années, Mère Fausta a décrié Mère Louise, elle parlait d'elle en termes méprisants, avec condescendance, laissant entendre qu'elle était limitée, sans intelligence et sans instruction. Pour les plus jeunes, c'est comme si on avait nommer le diable lui-même à cette place.

 

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Quand les deux prêtres se sont retirés, la nouvelle supérieure demande à rencontrer les sœurs dans un endroit plus convivial. Les nonnes se rendent en salle de communauté. Mère Louise se montre très affable et compatissante, car les sœurs étaient loin de s'attendre à une telle décision. Elle essaie de les rassurer comme elle peut. Le lendemain Mère Fausta fait le tour avec elle de tout le couvent en la met brièvement au courant des choses des plus importantes concernant la communauté, y compris la comptabilité. Mais le soir-même, au grand étonnement de toutes, ce n'est pas seulement Mère Fausta qui s'en va. Sœur Pauline et sœur Alexandra la suivent. Une voiture envoyée par une abbaye amie vient les chercher.

 

Saint-Hilaire se retrouve décapité, comme disent sœur Denise et sœur Agnès. Les anciennes revivent le drame qui les frappées vingt ans plus tôt. Infantilisées jusque là, sœur Marie-Noëlle et sœur Martine se trouvent propulsées tout d'un coup à d'autres responsabilités. Sœur Valérie sombre dans une sorte de dépression. Mère Louise l'envoie souvent dormir plus tôt, d'ailleurs, elle n'hésite pas à donner du repos à toute la communauté, la dispensant de la célébration commune de certains offices.

 

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Le Père Bénigne ne manque pas d'expliquer aux sœurs déboussolées que jamais le rescrit de Rome n'a demandé à sœur Pauline de partir ; on attendait d'elle qu'elle assiste la nouvelle supérieure. Quant à sœur Alexandra, si son retour récent à Saint-Hilaire allait à l'encontre de l'indult qui la concernait, il lui avait conseillé de rester et d'attendre une décision la concernant, vu que la situation avait changé. En effet, c'était son rapport avec sœur Fausta qui avait été épinglé.  Le père orésien s'explique, en privé, auprès des sœurs de Saint-Hilaire. S'il a parlé durement à sœur Pauline, c'est qu'il était énervé après l'entrevue houleuse qu'il avait eu avec ces sœurs au parloir dans la matinée. Lui aussi s'emploie à rassurer, à réconforter et à encourager.

 

Mère Louise rassure tout de suite les nonnes : elle ne changera rien à leur manière de fonctionner. S'il y a des changements à faire, ce sont elles qui les feront. Pour la première fois depuis dix-huit ans, Saint-Hilaire commence à fonctionner comme tout monastère devrait le faire. Les capitulantes prennent la parole, tour à tour, dans les réunions communautaires, la supérieure les écoute et tient compte de leur avis.

 

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Les trois sœurs parties séjournent un temps à l'hôtellerie d'un monastère. Elles racontent aux moines qu'elles ont été chassées de leur couvent par l'évêque. Ensuite, elles quittent le pays et se rendent dans un monastère de leur ordre à l'étranger. Elles sont reçues par Mère Euphémia, la supérieure de Mestwalle, mais elles n'acceptent pas les conditions d'hébergement. Avec une voiture prêtée par la famille de l'une d'elle, elles font le tour de différents monastères et s'y présentent comme trois nonnes chassées de leur monastère par leur évêque. Naturellement, les supérieures de ces couvents se renseignent auprès de la présidente de l'association orésienne et entendent un autre son de cloche.

 

A Saint-Hilaire, lentement mais sûrement, les langues se délient. Les sœurs viennent se confier à Mère Louise qui écoutent, horrifiées, le mode de vie que leur imposait sœur Fausta. Des écailles tombent des yeux de certaines qui réalisent qu'elles ont vécu, dans ce monastère, comme dans une secte, sous l'égide d'un gourou. C'est bien le sentiment du père Judicaël, au terme de sa visite. La conduite anormalement respectueuse et louangeuse de sœur Pauline envers sœur Fausta, les proportions anormales des bâtiments construits et le fait que toutes les sœurs chantent à l'unisson la même chanson lui a fait prendre conscience que les nonnes avaient perdu leur liberté intérieure. Sœur Martine a renommé l'ancienne supérieure Faussenana et sœur Marie-Noëlle, ravie, adopte ce surnom

 

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Averti de l'attitude de sœur Fausta, le père Matthéo, supérieur général des orésiens, envoie une lettre bien sentie à Mère Euphémia et aux trois fugitives. A la première, pour l'informer de la réelle situation des nonnes qu'elle héberge et aux trois nonnes pour leur intimer de s'en tenir au rescrit et à observer la clôture.  Qu'elles se retirent dans un monastère de l'ordre et qu'elles n'en bougent plus. Une copie de la lettre qui les concerne est aussi envoyée à Mère Louise qui la lit au chapitre. Que les sœurs se rendent compte que sœur Fausta est en faute.

 

Les trois mousquetaires, comme on les appelle familièrement, quittent Mestwalle et se rendent à Wittekerk, un lieu de pèlerinage. Au lieu de rejoindre un couvent de leur ordre, elles préfèrent rester ensemble, sous l'égide d'un vieux chanoine régulier, le père Edouard-Philibert Auguste. Le vieil homme a lui-même fondé une nouvelle congrégation, les pères souriceaux. Ceux-ci tiennent le sanctuaire et prêtent deux pièces aux nonnes.  En dehors de l'obéissance, toutes les trois, elles préfèrent sauter avant qu'on ne les pousse. Elles demandent leur sécularisation. Elles ne sont plus religieuses même si elles en gardent les apparences et se présentent comme telles.

 

 

Durant ce temps, les sœurs de Saint-Hilaire ont fait du chemin. Elles ont d'elles-mêmes repris un style de vie plus conforme avec le charisme de leur ordre, revu leur horaire et abandonné les fastes liturgiques. Mère Louise a trouvé une comptabilité dans un état déplorable. Elle intervient à temps pour éviter un scandale financier. Elle fait de son mieux pour trouver un vrai statut à Caroline qui travaille depuis trop longtemps comme "jeune fille au paire" à plus de quarante ans, sans aucune cotisation pour sa retraite.

 

 

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Elle se rend compte qu'aucune des  sœurs en formation n'a de réelle vocation et le poids de la communauté repose désormais sur trois personnes, la prieure et deux sœurs d'à peine trente ans. Celles-ci sont épuisées physiquement et nerveusement. Elles craquent l'une après l'autre. Sœur Marie-Noëlle n'a qu'une hâte, quitter cet endroit où elle a tant souffert. Elle finit par se retirer dans un autre monastère. Sœur Martine essaie de tenir le coup, mais il faut l'envoyer, elle aussi, en repos quelques semaines. La décision s'impose : il faut fermer et revivre ailleurs.  Sœur Valérie le vit très mal, car elle ne peut admettre que sœur Fausta n'est pas la sainte qu'elle s'imagine.

 

La jeune nonne est envoyé en stage dans une autre communauté. C'est là que le père Innocent la contacte. La supérieure réagit mais trop tard. Sœur Valérie a eu le temps d'expliquer que Saint-Hilaire va fermer. Le religieux s'empresse d'aller tout raconter à sœur Fausta. Du coup, les trois mousquetaires envoient des lettres au couvent pour réclamer le remboursement de soins médicaux et du matériel : des chaises, des tables, des fers à repasser... Leurs familles interviennent pour réclamer d'être rembourser de dons faits au monastère. L'abbé Legris, qui est aussi juriste de formation, met les points sur les i : ce qui est donné est donné. Les fugitives n'ont droit à rien, si ce n'est aux dédommagements des soins médicaux.

 

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Le couvent de Saint-Hilaire est fermé au mois de juin. Les nonnes sont réparties dans différents couvent de leur ordre. Les aînées sont accueillies dans des monastères où elles terminent leur vie, choyées, soignées, bien entourées. La novice a compris qu'elle n'a rien à faire dans la vie religieuse et retourne dans le monde. Les deux professes temporaires achèveront cette période dans un autre couvent de leur ordre mais ne seront pas admises à la profession perpétuelle, faute de vocation réelle. Les deux jeunes capitulantes seront admises dans d'autres communautés mais elles finiront par quitter les ordres et le catholicisme après quelques années.

 

Crédits illustrations :  Sister Act, capture d'écran;  film "Femme et religieuse" capture d'écran ;  montage personnel et illustrations libres de droits.

 

Episode 1  , épisode 2, épisode 3, épisode 4, épisode 5, épisode 6, épisode 7, épisode 8épisode 9, épisode 10, épisode 11 , épisode 12,   épisode 13, épisode 14, épisode 15,  épisode 16 ,appendice

 

19/03/2014

Cisterciens et trappistes

En occident, la majorité des moines suivent la règle de Benoît de Nursie. Si cette règle a traversé les siècles, elle n'est pas l'apanage des seuls bénédictins car leur ordre a connu une multitude d'adaptation et de réformes à travers les siècles. L'une d'elle est la réforme de Bernard de Clairvaux. Si l'on veut être honnête, ce n'est pas lui qui a inauguré cette réforme. C'est l’œuvre de Robert de Molesme. Appelé à deux reprises pour devenir supérieur d'une communauté, il doit démissionner après un moment parce que les moines n'acceptent pas les réformes qu'il apporte, c'est à dire un retour à la simplicité première, au travail manuel, au silence et à la pauvreté, face aux fastes de Cluny.

 

 

Il finit par fonder, en 1098,  un nouveau monastère à Cîteaux, d'où le nom "cistercien". La nouvelle fondation attire des jeunes pleins d'idéal et parmi eux, un jeune noble, Bernard, que l'on envoie fonder ensuite, l'abbaye de Clairvaux. Les moines adoptent un habit non teint, blanc et deviennent un ordre à part. La branche féminine se fonde à partir d'un groupe de bénédictines en 1125. Le nouvel ordre prospère et se propage en Europe. Mais avec le temps, victime de son succès et des mutations sociétales, il voit sa sévérité première se relâcher. Pourtant certains veulent revenir à la sévérité des débuts et suivent la stricte observance.

 

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Une autre réforme voit le jour au XVIIe siècle, celle de l'abbé de Rancé, supérieur de la Trappe. L'abbé de Rancé est un prêtre séculier qui devient abbé commendataire. Cela signifie qu'il a le titre d'abbé, de supérieur, mais qu'il ne réside pas dans l'abbaye et qu'il en empoche les bénéfices. Ce système de la commende est responsable de la décadence de bien des monastères à l'époque. De fait, quand notre abbé mondain visite son abbaye, il la trouve en état de ruine et réalise qu'il en est aussi responsable. Cet événement marque un tournant dans sa vie. Il devient abbé pour de bon, fait venir des moines d'un autre monastère où l'on observe l'étroite observance et instaure des réformes. Mais il tombe d'un excès dans l'autre et passe d'une vie mondaine à une austérité poussée à l'absurde, il faut bien l'avouer. 

 

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Quand débute la révolution française, des moines quittent l'abbaye de la Trappe et essaiment un peu partout en Europe en fuyant les troupes révolutionnaires puis napoléoniennes. On les appelle les moines "Trappistes". Aux coutumes de ll'abbé de Rancé, s'ajoutent les règlements de leur chef de file, Augustin de Lestrange. C'est ainsi que naissent différentes congrégations cisterciennes qui prennent le nom de trappistes. Mais, le temps aidant, on revient de ces austérités déraisonnables qui abaissent dangereusement l'espérance de vie. Le saint siège demande aux différentes congrégations trappistes de trouver une voie vers l'unité. C'est chose faite en 1892 où ces congrégations fusionnent et forment l'ordre des cisterciens réformés de Notre Dame de la Trappe. Désormais, on cherche davantage à retrouver la vie des premiers cisterciens et on laisse peu à peu tomber les coutumes de Rancé. En 1902, le nom de la Trappe a perdu sa raison d'être, l'ordre s'appelle désormais Ordre Cistercien de la Stricte Observance.

 

Donc, de nos jours,  le mot trappiste ne peut plus s'utiliser qu'au féminin et pour désigner une variété de bière d'abbaye ! Pour s'appeler trappiste, la bière en question doit être brassée à l'intérieur d'un monastère de l'ordre cistercien de la stricte observance, mais pas nécessairement par les moines. En effet, ceux-ci sont souvent atteint par le phénomène de vieillissement des communautés et emploient du personnel laïque.

 

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Les cisterciens des deux observances portent une tunique blanche et un scapulaire noir avec un ceinture de cuir par dessus. Ils ont une coule blanche pour l'office. Les novices portent un scapulaire blanc ; ils reçoivent le noir à la profession temporaire. La coule se reçoit à la profession perpétuelle, avant cela, le moine ou le moniale en formation portent un manteau blanc, en forme de cape.