30/11/2014

La famille monastique de Bethléem en question

Dans les premiers articles de ce blog, j'ai fait allusion aux nouvelles fondations en spécifiant bien que le fait de les citer ne voulait pas dire que je les cautionnais. Je citais parmi celles-ci les petites sœurs de Bethléem.

 

Il y a quelques années d'ici, une religieuse d'âge mûr, membre d'un ordre contemplatif sérieux, m'a fait état de sérieux dysfonctionnements au sein de cette jeune congrégation : pression sur les consciences, rythmes insoutenables, manipulation ... On me parlait de jeunes femmes qui quittaient la congrégation complètement détruites. D'autre part, tous les monastères de cette famille se présentaient de la même façon, avec le même texte policé et sans relief comme si on avait effacé toute personnalité, tout cachet aux communautés locales.

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J'ai cherché des témoignages allant dans ce sens sans en trouver, jusqu'il y a peu de temps. Mais dernièrement, un ancien moine de cette congrégation, qui y avait rempli de hautes fonctions, a publié depuis une description détaillée de choses fort peut reluisantes. Vous les trouverez sur ce site ou sur celui de l'AVREF.Fabio Barbero énumère l'absence d'un discernement digne de ce nom, le culte du secret, la défiance envers ce qui est extérieur à la congrégation, l'illusion d'appartenir à une élite, l'emprise sur les consciences, la culpabilisation, une christologie défectueuse, l'ingérence de la supérieure générale dans la congrégation masculine, son mode de vie fastueux en désaccord avec ses engagements religieux, etc.

 

Le prieur général ne s'est pas privé de son droit de réponse pour charger gravement son ancien collaborateur. Il le met au piloris et l'affuble d'épithètes peu glorieuses. Le contraste est assez frappant entre l'analyse posée du premier et la charge agressive du second. On n'y trouve ni charité, ni compassion, ni humilité ; le ton est passionnel, il n'y a pas de véritable remise en question.

 

Suite à cette publication, les témoignages d'anciens de Bethléem se succèdent les uns aux autres sur le premier site. Si deux de ces témoignages prennent la défense de la congrégation, les autres portent de graves congrégations contre elle.

 

Je n'ai pas rencontré personnellement d'anciens membres de cette congrégation. Les témoignages que j'ai lu ailleurs me semblent crédibles d'autant plus que mes soupçons avaient été éveillés il y a près de vingt ans par des personnes que j'estime fiables.

Je rappelle que nul ne sait ce qui se passe dans une communauté à part ceux qui y vivent. Les impressions d'amis, de familiers, de parents, etc. sont parfois trompeuses : quand une communauté dysfonctionne, elle essaie de préserver sa façade par tous les moyens.

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Au lecteur à se forger sa propre opinion. Pour ma part, je me borne à appeler à la plus grande prudence et à la vigilance. Il est souhaitable qu'un candidat à la vie religieuse puisse communiquer avec un accompagnateur spirituel, prêtre ou religieux, extérieur à sa congrégation surtout quand celle-ci prête le flanc à la critique.

 

Une forme de vie religieuse n'est pas supérieure à une autre, il n'y a pas d'ordres ou de congrégations plus purs ou plus parfaits que les autres : c'est une affaire d'appel, de vocation. L'esprit d'élitisme signe un orgueil larvé bien éloigné de l'idéal religieux. Un supérieur se doit avant tout de prêcher par ses actes, sa manière d'être, de se conduire et d'agir plutôt que par ses paroles. Humilier ses subordonnés et y montrer de la complaisance, manquer de charité dans ses paroles ou ses actes et ne pas en manifester de regret, appeler à l'humilité quand on se cache derrière sa mission pour refuser de se remettre en question sont des signaux sérieux de dérives.

 

Crédit photos : photos personnelles

30/08/2012

Discernement ? Vous avez dit discernement ? 1

Je commence par une petite histoire. J'aurai l'occasion d'en racontrer d'autres. Et comme le dit l'expression consacrée:

L'histoire que vous allez lire est vraie. Seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents. 

 

 

Appelons-là Vera. Sa vie n'a pas vraiment commencé sous de bons auspices. Toute petite, elle a dû être placée dans un foyer d'accueil, où elle a grandi en compagnie d'une soeur d'adoption qui était dans un situation similaire. Sa santé a causé quelques soucis, l'école ne lui réussissait pas trop. Elle l'a quittée à l'âge de dix-huit ans avec un petit diplôme en poche.

 

 

Persuadée que Dieu l'appelait à la vie religieuse, elle s'est présentée dans un couvent d'un ordre contemplatif les soeurs de Ste Frangrance. Les soeurs frangrancines l'ont accueuillie malgré son jeune âge et son inexpérience de la vie. Elle y est restée une année et puis a décidé de ne pas y prendre l'habit. La communauté se disait contente d'elle mais elle n'y trouvait pas le genre de vie qu'elle recherchait. Il faut dire que la jeune postulante était souvent livrée à elle-même et que celles qui étaient chargées de sa formation étaient surchargées de travail. Vous l'aurez compris, pour ne pas jeter le discrédit sur toute un ordre, à cause d'erreur d'appréciation d'un de ses monastères, j'ai remplacé aussi les noms des ordres par des appelations fantaisistes.

 

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Elle est donc retournée chez ses parents adoptifs, mais toujours avec le projet de devenir religieuse. Peu de temps après avoir quitté la première communauté, elle est allée voir des soeurs de St Orès. Les nonnes de ce monastère se sont renseignées chez leurs consoeurs fragrancines. L'écho était positif mais certaines religieuses orésiennes ont tout de même objecté que Véra était fort jeune. Elles lui ont donc demandé de travailler un peu avant de commencer son postulat.

 

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La branche dans laquelle Véra était qualifiée est toujours en manque d'effectifs. Il ne lui a pas été très difficile de dégotter un emploi. Par contre, y persévérer était autre chose. Elle se plaignait du rythme de travail, des trajets qu'elle faisait en vélo. Les plus âgées des soeurs orésiennes ont pensé que trois mois d'expérience en milieu professionnel, au lieu des six prévus, étaient suffisants et le chapitre a décidé de l'accueillir parmi elles.

 

Véra était une jeune fille charmante et attentionnée, jamais un mot plus haut que l'autre. Seulement au bout d'un an, un constat s'imposa  : elle était immature, s'arrangeait pour ne faire que ce qui lui plaisait et se portait malade lorsqu'on la contrariait. Elle se comportait comme un enfant. On décida de lui laisser une seconde chance en prolongeant de six mois sa période d'essai.

 

Rien ne changea et l'idée fit son chemin que Véra, en voulant se faire religieuse, cherchait un refuge parce qu'elle se sentait désarmée face à la vie. La jeune fille dut rentrer chez ses parents d'adoption, qui ne comprenaient pas très bien pourquoi elle était refusée à la prise d'habit. La supérieure tâcha de leur expliquer que la jeune fille devait encore mûrir avant de penser à un engagement quelconque. Suite à cet incident, les nonnes orésiennes décidèrent de ne plus accepter de candidate aussi jeune avec aussi peu d'expérience de la vie.

 

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Seulement Véra était bien décidée à entrer coute que coute dans un cloître. Elle se rendit dans un autre couvent de l'ordre de St Orès, qui connaissait son parcours. La supérieure l'engagea à suivre les recommandations de la communauté d'où elle était sortie, et d'attendre un peu, avant de repenser à la vie religieuse. Rien n'y fit. Véra finit par trouver une oreille attentive auprès d'un cloître de l'ordre de Ste Chorophyle.

 

Les ordres de Ste Fragrance, de St Orès et de Ste Chlorophyle sont tous des ordres contemplatifs mais avec des spiritualités différentes. C'est à dire que si le fondement est la vie prière, des accents sont mis sur des aspects particuliers: simplicité ou faste liturgique, vie en communauté ou vie en solitude, méditation personnelle ou long office divin. Les jeunes femmes sont souvent attirées par tel ou tel type de piété, au sein même d'une vie de prière. Véra n'a jamais montré d'importance à ces accents particuliers qui déterminent pourtant une vocation. Ce qui l'intéressait, c'était d'entrer dans un cloître quelque soit l'ordre, Ste Fragrance, de St Orès, de Ste Chlorophyle, de St Oxymore, ou de Ste Bergamote...

 

Le couvent des chlorophylites où s'est présentée Véra comptait peu de sœurs et pour la plupart très âgées. L'arrivée de Véra fut une aubaine. On l'accepta tout de suite et sans condition, au grand dam des autres monastères chlorophylites qui n'étaient pas dupe des intentions de la jeune fille.  

 

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Vera a pris l'habit et est devenu Soeur Euphrosyne, puis elle a prononcé des voeux. Quand les soeurs chlorophylites de différentes communautés tenaient leurs réunions, elles voyaient Mère supérieure et Soeur Euphrosyne se tenant par la main comme une grand-mère et sa petite fille. Peu de sœurs très âgées pour la plupart, une recrue sans vocation. Si les aînées meurent les unes après les autres et que d'autres novices ne suivent pas, ce qui arrive souvent, il faudra fermer le couvent. Les autres communautés chlorophylites accueilleront chez elles celles qui restent et parmi elle, une femme qui n'a cherché dans un monastère qu'un refuge contre une vie qu'elle n'arrivait pas à assumer.

 

Crédits de photos: eBay, fr,  Photobucket, The Sound of Music. Photograph: Jonathan Hordle/Rex Features